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IRAN : l’enfer sanglant pour les chrétiens à l’ombre de la guerre

Le porte-avions USS Lincoln arrive au Moyen-Orient - capture écran
Le porte-avions USS Lincoln arrive au Moyen-Orient - capture écran
Alors que le porte-avions américain USS Abraham Lincoln se positionne dans le golfe Persique, la République islamique intensifie une répression sanglante contre sa population : les chrétiens d’Iran figurent parmi les victimes les plus exposées du massacre en cours

Alors que Washington affiche sa puissance navale au Moyen-Orient, l’Iran s’enfonce dans l’une des phases les plus sombres de son histoire récente : on estime à plus de 30.000 morts les conséquences de la répression du pouvoir tyrannique. Le déploiement du porte-avions américain USS Abraham Lincoln, officiellement destiné à « promouvoir la sécurité et la stabilité régionale », intervient au moment même où la République islamique écrase dans le sang un soulèvement populaire d’une ampleur inédite. À l’intérieur du pays, les témoignages qui parviennent malgré le blackout numérique décrivent un enfer où la mort est devenue omniprésente.

Rappelons que depuis la fin décembre, les manifestations déclenchées au Grand Bazar de Téhéran contre l’effondrement économique se sont étendues à l’ensemble du territoire. Universités, quartiers populaires et villes de province ont rejoint la contestation. La réponse du régime a été immédiate et brutale, tirs à balles réelles, arrestations massives, disparitions, pendaisons. Des médecins et infirmiers, défiant la censure et les menaces, documentent clandestinement les preuves d’un bain de sang que les autorités tentent de dissimuler.

Dans cette violence généralisée, les chrétiens d’Iran apparaissent comme des victimes silencieuses et particulièrement vulnérables. Déjà marginalisés, ils se retrouvent pris dans une mécanique de répression où leur appartenance religieuse devient un facteur aggravant.

Des sources ecclésiales et des organisations de défense des droits de l’homme font état de chrétiens tués, blessés ou arrêtés par les forces de sécurité, parfois simplement pour avoir participé aux rassemblements, parfois lors de descentes ciblées à leur domicile.Plusieurs citoyens iraniens d’origine arménienne auraient ainsi perdu la vie ces dernières semaines, tandis que d’autres ont été grièvement blessés à Téhéran ou à Chiraz. Dans le climat de paranoïa sécuritaire entretenu par le régime, toute allusion à des liens spirituels avec l’étranger suffit à transformer les chrétiens en boucs émissaires idéaux, accusés d’« influence étrangère » ou de soutien idéologique à la contestation.

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Le cas de Mohsen Rashidi, chrétien converti, incarne de manière tragique la cruauté de cette répression. Le 9 janvier 2026, lors d’un rassemblement de protestation dans le quartier de Baharestan à Ispahan, les forces de sécurité ont ouvert le feu à balles réelles. Son ami, Shahram Maghsoudlou, sportif de haut niveau, a été grièvement touché à la poitrine par des tirs de mitrailleuse. Mohsen Rashidi, âgé de 42 ans, s’est porté à son secours. Il a alors été violemment battu par les agents de sécurité, avant de réussir à s’enfuir. Après la dispersion des forces, il est revenu sur place pour tenter de sauver le corps de son ami. C’est à ce moment qu’il a été abattu par derrière, une balle atteignant sa cuisse.Les agents postés devant l’hôpital ont ensuite empêché son accès aux urgences. Privé volontairement de soins médicaux, Mohsen Rashidi est mort d’une hémorragie sévère. Pendant cinq jours, sa famille est restée sans aucune information sur son sort.

Mohsen Rashidi

Lorsqu’elle a finalement appris sa mort, les autorités ont tenté de lui faire signer un document affirmant qu’il appartenait aux forces du régime et qu’il avait été tué par des manifestants. La famille a refusé. Le corps n’a été restitué qu’en échange du paiement d’une somme considérable. Toute cérémonie funéraire a été interdite, de même que l’installation d’une pierre tombale.

Mohsen Rashidi laisse derrière lui une petite fille de quatre ans, ainsi que deux adolescentes issues d’un précédent mariage de son épouse, pour lesquelles il jouait également un rôle paternel. Son histoire s’ajoute à une liste déjà longue de chrétiens emportés par une répression aveugle.Malgré la terreur, une solidarité discrète s’organise. Des chrétiens distribuent nourriture et eau aux manifestants, soignent des blessés dans des maisons privées, à l’abri des regards des forces de sécurité. Ces gestes de charité, accomplis dans le secret, exposent pourtant leurs auteurs à des accusations graves et à des arrestations immédiates. Dans la province de Fars, au moins dix chrétiens ont ainsi été arrêtés lors de raids menés contre des domiciles privés, accusés d’avoir alimenté idéologiquement les manifestations.

La coupure quasi totale d’Internet constitue l’arme ultime du régime. Elle empêche toute vérification indépendante, favorise les arrestations arbitraires et les exécutions extrajudiciaires, et plonge la population dans un isolement total. Dans ce chaos organisé, les chrétiens figurent parmi les groupes les plus exposés.Alors que les porte-avions croisent au large et que la perspective d’un embrasement régional inquiète les chancelleries, à l’intérieur de l’Iran, le sang continue de couler. Celui des manifestants, mais aussi celui des chrétiens, pris au piège d’un régime qui n’hésite plus à transformer son propre pays en un enfer sanglant, sans témoins et sans sépulture.

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