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Les évêques espagnols demandent la régularisation des migrants, une prise de position qui divise

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Alors qu’un voyage du pape pape Léon XIV en Espagne a été annoncé sans que les dates n’aient encore été officiellement fixées, l’Église espagnole s'est positionnée en faveur d’une régularisation extraordinaire des migrants, ravivant les divisions et alimentant un malaise perceptible parmi les fidèles

Toujours dans l’attente des dates officielles de la venue du Saint Père dans la péninsule ibérique, une nouvelle prise de position est venue accentuer les tensions au sein de l’Église locale. Le 27 janvier 2026, plusieurs institutions ecclésiales espagnoles ont publiquement soutenu un projet de régularisation extraordinaire des migrants en situation irrégulière, présenté comme un « acte de justice sociale ».

Cette déclaration est notamment portée par la Conférence épiscopale espagnole, aux côtés de Caritas, de la Confer et du réseau Redes, dans le cadre d’une initiative populaire ayant recueillie plus de 600 000 signatures. Les institutions signataires précisent que cette régularisation exceptionnelle, encore en phase législative, se distingue du règlement sur l’immigration entré en vigueur en mai 2025, lequel encadre les voies ordinaires d’accès à la régularité administrative.Selon elles, ce règlement, bien qu’identifié comme une avancée, laisserait de côté de nombreux migrants en situation de vulnérabilité : personnes ne pouvant justifier une durée minimale de présence, travailleurs dépourvus de contrat formel, demandeurs de protection internationale déboutés, familles avec mineurs vivant dans l’irrégularité. Le IXᵉ rapport Foessa indique que 68 % des migrants en situation irrégulière vivraient aujourd’hui dans une situation d’exclusion sociale.

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Toutefois, cette prise de position institutionnelle ne fait pas l’unanimité au sein de l’Église d’Espagne. De nombreux fidèles, ainsi que plusieurs prêtres et responsables ecclésiaux, expriment un malaise face à un engagement jugé très direct dans un processus législatif précis. Si l’exigence évangélique d’accueil et d’assistance des plus fragiles n’est pas contestée, certains s’inquiètent d’une parole ecclésiale perçue comme insuffisamment nuancée et trop étroitement alignée sur une initiative politique particulière.Plusieurs voix rappellent que la doctrine sociale de l’Église ne saurait se réduire à une réponse exclusivement sociale ou administrative. Elle suppose également la prise en compte du bien commun, du respect de l’ordre juridique et de la responsabilité propre des autorités civiles dans la gestion des flux migratoires. Dans ce contexte, l’appel à une régularisation extraordinaire est perçu par une partie des catholiques comme une démarche généreuse, mais incomplète face à la complexité réelle de la situation espagnole.

Au-delà du débat migratoire, cette prise de parole du 27 janvier s’inscrit dans un climat ecclésial déjà marqué par des divisions internes et des choix épiscopaux contestés. Elle contribue à renforcer un malaise plus large au sein de l’Église espagnole, à un moment où la possible venue du pape Léon XIV est attendue comme une occasion de clarification, tant sur le plan pastoral qu’institutionnel.

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