Mardi 27 janvier 2026 lors de l’ouverture du Conseil permanent de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Matteo Zuppi a tenu des propos particulièrement fermes contre toute légitimation juridique de l’euthanasie et du suicide assisté : « Nous revenons à exprimer une vive préoccupation face au débat sur la fin de vie », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « La réponse à la souffrance n’est pas d’offrir la mort. »
Le président de la Conférence épiscopale italienne a également mis en garde contre les conséquences sociales et politiques d’un tel choix législatif : « Des normes qui légitiment le suicide assisté et l’euthanasie risquent d’affaiblir l’engagement public envers les personnes les plus fragiles et vulnérables. »
Il a enfin insisté sur la nécessité de renforcer la protection de la vie dans le cadre juridique existant :
« Nous réaffirmons donc que, dans l’actuel cadre juridico-normatif, il faut choisir et renforcer, au niveau national, des mesures qui protègent de la meilleure manière possible la vie. »
Ces paroles interviennent à un moment politique particulièrement sensible. Le Parlement italien doit en effet reprendre, le 17 février prochain, l’examen du projet de loi 104, qui ouvrirait la voie à une reconnaissance légale de la mort médicalement assistée. Dans ce contexte, la prise de position du président de la Conférence épiscopale italienne constitue un signal clair adressé aux législateurs.
Toutefois, la fermeté affichée aujourd’hui par le prélat italien contraste avec certaines déclarations antérieures. En novembre dernier, lors de l’assemblée générale des évêques italiens à Assise, le cardinal Zuppi s’était exprimé de manière sensiblement différente. Il avait alors affirmé :« Ce qui nous préoccupe surtout, c’est l’autonomie différenciée sur le suicide assisté. » La préoccupation exprimée portait moins sur la légitimation du suicide assisté que sur le risque d’une réglementation variable selon les régions.Il avait également souligné : « Le débat en cours ne porte pas sur un droit, mais sur la dépénalisation, ce sont deux choses très différentes. »Une distinction qui laissait entendre que la dépénalisation de l’aide au suicide pourrait être éthiquement acceptable, dès lors qu’elle ne reconnaîtrait pas explicitement un droit à mourir.Or cette distinction demeure profondément contestable. Dans un ordre juridique, la dépénalisation d’un acte touchant directement à la vie humaine ne relève pas d’une simple neutralité pénale. Elle équivaut, dans les faits, à une forme de légitimation et affaiblit le principe selon lequel la vie de toute personne, y compris malade, dépendante ou en fin de vie, mérite une protection pleine et entière au nom du bien commun.
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De son côté, l’exécutif italien affiche une position constante et assumée sur ces questions. Lors de sa conférence de presse annuelle à la Chambre des députés, en juillet 2025, la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, s’est exprimée sans ambiguïté sur la question du suicide, qu’il soit assisté ou non :
« Le rôle de l’État n’est pas de faciliter le suicide, mais de lutter contre la solitude et l’abandon, d’investir dans les soins palliatifs et l’aide à domicile, et de soutenir concrètement les familles, à commencer par les aidants. »Elle ajoutait : « Nous sommes convaincus que la meilleure voie est celle-là : investir dans l’assistance, le soutien et l’accompagnement des personnes fragiles et malades. Il est nécessaire de mettre en place un réseau de soins palliatifs beaucoup plus efficace et étendu. »
Cette position repose sur une conception de la dignité humaine qui refuse de faire de la mort une réponse à la souffrance. Giorgia Meloni a également mis en garde contre les dérives observées dans certains pays, où la légalisation de l’euthanasie a conduit à sa banalisation et à une pression accrue sur les personnes âgées, malades ou dépendantes.Face à cette cohérence politique, les hésitations passées du cardinal Zuppi apparaissent plus nettement. Certes, sa déclaration du 27 janvier marque un refus explicite de toute légitimation de l’euthanasie et du suicide assisté, ce qui constitue un point positif. Mais elle pose aussi une question essentielle, celle de la cohérence dans la durée entre la parole ecclésiale et ses prises de position publiques successives.
À quelques semaines d’un vote parlementaire décisif, une chose est désormais claire. La Conférence épiscopale italienne affirme dire non à ce projet de loi. Reste à savoir si cette fermeté s’inscrit dans un alignement durable et sans ambiguïté sur la défense de la vie humaine, ou si elle demeurera une prise de position circonstancielle, dictée par le calendrier politique et la pression du débat public.


