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« Ô Timothée, garde le dépôt qui t’a été confié » : le pape Léon XIV exhorte à garder une Parole portée par la Tradition dans un monde changeant

Le pape Léon XIV - capture écran
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Face aux « coordonnées changeantes de l’histoire ... La sainte Tradition et la sainte Écriture constituent un seul dépôt sacré de la Parole de Dieu confié à l’Église" - Pape Léon XIV catéchèse du 28 janvier 2026 ( texte intégral )

Ce mercredi 28 janvier 2026, au cours de son audience générale, le pape Léon XIV a repris sa catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum, en s’arrêtant longuement sur le rapport entre la Sainte Écriture et la Tradition. Dans un monde marqué par l’instabilité doctrinale, les mutations culturelles rapides et une conception évolutive de la vérité, le pape a rappelé avec netteté que la mission de l’Église n’est pas de s’adapter au monde, mais de garder fidèlement le dépôt qui lui a été confié, afin d’éclairer l’histoire à la lumière d’une Parole qui la dépasse.S’appuyant sur l’exhortation de l’apôtre Paul à son disciple, « Ô Timothée, garde le dépôt qui t’a été confié » (1 Tm 6,20), Léon XIV a replacé cette injonction au cœur de la responsabilité ecclésiale. Le terme même de dépôt, issu du langage juridique, implique une obligation stricte : conserver intact ce qui a été remis, sans l’altérer ni le diluer. En rappelant que « la sainte Tradition et la sainte Écriture constituent un seul dépôt sacré de la Parole de Dieu confié à l’Église », le pape a souligné que l’Église n’est ni propriétaire ni arbitre de la Révélation, mais sa gardienne.

Face à un monde qui change, parfois jusqu’à perdre le sens de la vérité objective, Léon XIV a pris soin de préciser que cette fidélité n’est pas synonyme de rigidité morte. « La Parole de Dieu n’est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique, qui se développe et croît dans la Tradition », a-t-il affirmé. Cette affirmation, loin de justifier une adaptation doctrinale aux courants du temps, en exclut précisément l’idée. Le développement évoqué n’est pas un changement de contenu, mais un approfondissement homogène d’une vérité immuable, reçue une fois pour toutes dans la Révélation.

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La Tradition, dans cette perspective, n’est pas le lieu d’une réinvention de la foi, mais celui de son intelligence toujours plus profonde. Le pape a rappelé que « la Tradition d’origine apostolique progresse dans l’Église avec l’assistance de l’Esprit Saint », progression qui s’opère par la réflexion des croyants, par une intelligence plus profonde des réalités spirituelles et, surtout, par la prédication des successeurs des apôtres, détenteurs d’un charisme certain de vérité. Il s’agit donc d’un développement sous garde, encadré par le magistère, et non d’une évolution dictée par les transformations sociales ou culturelles.Léon XIV a ainsi opposé implicitement deux logiques irréconciliables. D’un côté, celle d’un monde mouvant, changeant, souvent tenté de soumettre la vérité à l’histoire, de faire de la doctrine le produit d’un consensus temporaire ou d’une sensibilité dominante. De l’autre, celle de l’Église, qui reçoit une Parole éternelle et immuable dans son contenu, mais vivante dans sa transmission.

La Parole de Dieu ne vit pas en se conformant au monde, mais en l’éclairant, en le jugeant et en l’orientant vers sa fin ultime.

En rappelant que la Sainte Écriture et la Tradition sont « tellement liées et unies entre elles qu’elles ne peuvent subsister indépendamment l’une de l’autre », le pape a également rejeté toute opposition artificielle entre fidélité au texte et fidélité à l’histoire. La Tradition n’ajoute rien à la Révélation, elle en est le milieu vital. C’est en elle que la Parole est comprise, gardée et incarnée, non pour suivre les « coordonnées changeantes de l’histoire », mais pour y introduire une lumière qui ne change pas.Dans cette catéchèse, Léon XIV a ainsi réaffirmé une vision fidèle au sens théologique du terme : conserver pour transmettre, transmettre pour sauver. La doctrine de l’Église ne se maintient pas vivante en se transformant selon le monde, mais en demeurant fidèle à ce qu’elle a reçu, sous l’action de l’Esprit Saint. Dans un temps marqué par le relativisme et l’instabilité, cette fidélité apparaît non comme un refus du réel, mais comme la condition même pour que le monde puisse être éclairé par la vérité qui ne passe pas.

Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II. Constitution dogmatique Dei Verbum.
Le rapport entre l’Écriture et la Tradition

( Traduction Tribune Chrétienne)

« Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

En poursuivant la lecture de la Constitution conciliaire Dei Verbum sur la Révélation divine, nous réfléchissons aujourd’hui au rapport entre la Sainte Écriture et la Tradition. Nous pouvons prendre comme toile de fond deux scènes évangéliques. Dans la première, qui se déroule au Cénacle, Jésus, dans son grand discours-testament adressé aux disciples, affirme :
« Je vous ai dit ces choses pendant que je demeure encore avec vous. Mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. […] Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 14,25-26 ; 16,13).

La seconde scène nous conduit, en revanche, sur les collines de la Galilée. Jésus ressuscité se manifeste aux disciples, qui sont surpris et hésitants, et leur confie une mission :
« Allez, de toutes les nations faites des disciples, […] leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28,19-20).
Dans ces deux scènes, le lien intime entre la parole prononcée par le Christ et sa diffusion au long des siècles apparaît clairement.

C’est ce qu’affirme le Concile Vatican II en recourant à une image suggestive :
« La sainte Écriture et la sainte Tradition sont étroitement unies et communiquent entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent au même but » (Dei Verbum, 9).
La Tradition ecclésiale se déploie au fil de l’histoire à travers l’Église, qui garde, interprète et incarne la Parole de Dieu. Le Catéchisme de l’Église catholique (cf. n. 113) renvoie, à ce propos, à une formule des Pères de l’Église :
« La Sainte Écriture est écrite dans le cœur de l’Église avant de l’être sur des supports matériels », c’est-à-dire dans le texte sacré.Dans le sillage des paroles du Christ que nous avons citées plus haut, le Concile affirme que
« la Tradition d’origine apostolique progresse dans l’Église avec l’assistance de l’Esprit Saint » (DV, 8).
Cela se réalise par une compréhension plus pleine, grâce à « la réflexion et l’étude des croyants », à travers l’expérience qui naît « d’une intelligence plus profonde des réalités spirituelles » et, surtout, par la prédication des successeurs des apôtres, qui ont reçu « un charisme certain de vérité ». En résumé,« l’Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle est, tout ce qu’elle croit » (ibid.).

Célèbre est, à cet égard, l’expression de saint Grégoire le Grand :
« La Sainte Écriture grandit avec ceux qui la lisent ». [1]
Et déjà saint Augustin affirmait que
« un seul est le discours de Dieu qui se déploie dans toute l’Écriture, et un seul est le Verbe qui résonne sur la bouche de nombreux saints ». [2]
La Parole de Dieu n’est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique, qui se développe et croît dans la Tradition. Celle-ci, grâce à l’Esprit Saint, la comprend dans la richesse de sa vérité et l’incarne dans les coordonnées changeantes de l’histoire.

Dans cette perspective, ce que proposait le saint Docteur de l’Église John Henry Newman dans son ouvrage intitulé Le développement de la doctrine chrétienne est particulièrement suggestif. Il affirmait que le christianisme, tant comme expérience communautaire que comme doctrine, est une réalité dynamique, selon la manière indiquée par Jésus lui-même avec les paraboles de la semence (cf. Mc 4,26-29) : une réalité vivante qui se développe grâce à une force vitale intérieure. [3]

L’apôtre Paul exhorte à plusieurs reprises son disciple et collaborateur Timothée :
« Ô Timothée, garde le dépôt qui t’a été confié » (1 Tm 6,20 ; cf. 2 Tm 1,12.14).
La Constitution dogmatique Dei Verbum fait écho à ce texte paulinien lorsqu’elle affirme :
« La sainte Tradition et la sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu confié à l’Église », interprété par « le magistère vivant de l’Église, dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ » (n. 10).
Le terme « dépôt » est, dans son origine, de nature juridique et impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui est ici la foi, et de le transmettre intact.

Le « dépôt » de la Parole de Dieu est aujourd’hui encore entre les mains de l’Église, et nous tous, dans les divers ministères ecclésiaux, devons continuer à le garder dans son intégrité, comme une étoile polaire pour notre chemin au cœur de la complexité de l’histoire et de l’existence.

En conclusion, bien-aimés, écoutons encore Dei Verbum, qui exalte l’entrelacement entre la Sainte Écriture et la Tradition : elles sont, affirme-t-elle, tellement liées et unies entre elles qu’elles ne peuvent subsister indépendamment l’une de l’autre, et ensemble, chacune selon son mode propre, sous l’action d’un unique Esprit Saint, elles contribuent efficacement au salut des âmes (cf. n. 10).

Notes

[1] Homiliae in Ezechielem I, VII, 8 : PL 76, 843D.
[2] Enarrationes in Psalmos 103, IV, 1.
[3] Cf. J. H. Newman, Le développement de la doctrine chrétienne, Paris, 2003, p. 104.

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