Depuis 2000 ans

SRI LANKA : six policiers toujours en détention après l’agression d’un prêtre catholique

Le  père Milan Priyadarshana - DR
Le père Milan Priyadarshana - DR
L’agression d’un prêtre catholique met en lumière la situation particulière des chrétiens au Sri Lanka, une minorité ancienne, numériquement limitée mais historiquement influente

Ce mercredi 28 janvier 2026, s ix policiers demeurent placés en détention provisoire à la suite de l’agression présumée d’un prêtre catholique dans le district de Gampaha, au Sri Lanka.Les faits se sont produits le samedi 24 janvier au soir. Le père Milan Priyadarshana, âgé de 33 ans, a été hospitalisé après avoir affirmé avoir été agressé par des membres d’une unité motocycliste de la police alors qu’il se rendait à moto à un office religieux. Selon son témoignage, il aurait été pris en chasse par des policiers, puis encerclé avant d’être frappé.

Les six agents mis en cause appartiennent à l’unité motocycliste opérationnelle du service des enquêtes criminelles de la division de Gampaha. Il s’agit de trois sergents et de trois agents de police. Présentés le lundi 26 janvier devant le tribunal de première instance de Gampaha, ils ont été placés en détention provisoire jusqu’au jeudi 29 janvier, date à laquelle une parade d’identification doit également se tenir. Les autorités policières ont par ailleurs annoncé leur suspension administrative.Selon la presse locale, l’incident serait survenu après que le prêtre a poursuivi sa route malgré des injonctions de la police. Une poursuite aurait alors été engagée, suivie d’une altercation verbale au cours de laquelle l’agression aurait eu lieu.Durant son hospitalisation, le père Milan Priyadarshana a reçu la visite du directeur national des communications catholiques, le père Jude Krishantha Fernando, ainsi que d’un député local. Une manifestation silencieuse s’est également tenue à Negombo, rassemblant prêtres et religieuses.

Sur le plan judiciaire, l’Église catholique au Sri Lanka a annoncé son intention de déposer une requête en droits fondamentaux devant la Cour suprême, une procédure constitutionnelle permettant de contester une violation des droits fondamentaux par les forces de l’ordre.

Pour comprendre la portée de cette affaire, il faut la replacer dans la longue histoire du christianisme au Sri Lanka. Bien avant l’arrivée des puissances coloniales européennes, des sources attestent de la présence de chrétiens dès l’Antiquité tardive. Des traces archéologiques et des écrits anciens évoquent l’existence de communautés chrétiennes d’origine perse, sans que l’on puisse toutefois établir une continuité ininterrompue jusqu’à l’époque moderne.L’implantation durable du christianisme commence au XVIe siècle avec l’arrivée des Portugais. Le catholicisme se diffuse alors largement, notamment sur les zones côtières, laissant une empreinte profonde dans la société sri-lankaise, encore visible aujourd’hui à travers les patronymes et certaines traditions culturelles. Cette expansion, étroitement liée au pouvoir colonial, suscite toutefois des résistances et alimente des tensions religieuses.

Les siècles suivants sont marqués par des périodes de répression, notamment sous la domination néerlandaise, lorsque le catholicisme est interdit et contraint à la clandestinité.

Lire aussi

Malgré l’expulsion des prêtres et l’interdiction des rites, une grande partie des fidèles reste attachée à sa foi, s’appuyant sur des réseaux familiaux et communautaires. Cette période voit émerger des figures marquantes du catholicisme local, comme le prêtre Joseph Vaz, qui contribue à la survie et à la réorganisation de l’Église catholique dans la clandestinité.Avec l’arrivée des Britanniques à la fin du XVIIIe siècle, la liberté de culte est progressivement rétablie. Le christianisme, catholique et protestant, bénéficie alors d’un accès privilégié à l’éducation et à l’administration coloniale. Cette situation confère aux chrétiens une influence sociale et culturelle notable, largement supérieure à leur poids démographique.Après l’indépendance du pays en 1948, cette position devient source de tensions. À partir des années 1950, la montée du nationalisme bouddhiste redéfinit l’identité nationale autour de la majorité cingalaise et du bouddhisme, reléguant les minorités religieuses à une position plus fragile. Chrétiens et Tamouls sont alors accusés de bénéficier d’héritages coloniaux jugés injustes.

La guerre civile, qui a ravagé le Sri Lanka de 1983 à 2009, est avant tout ethnique et territoriale, opposant la majorité cingalaise aux séparatistes tamouls. Les chrétiens, présents dans les deux communautés, se retrouvent souvent pris entre les camps. L’Église catholique adopte alors une posture de médiation et de défense des droits humains, renforçant son rôle moral mais l’exposant aussi à des critiques et à des pressions.

Aujourd’hui, les chrétiens représentent environ 7 à 10 % de la population sri-lankaise, dont une large majorité de catholiques. Ils sont présents dans toutes les régions du pays et disposent d’un réseau dense d’églises, d’écoles et d’institutions sociales. Numériquement minoritaire, l’Église catholique conserve une influence réelle dans le débat public.Depuis plusieurs années, toutefois, des responsables chrétiens et des défenseurs des droits humains signalent une multiplication d’actes d’intimidation, de perturbations de messes et de violences contre des églises. Ces incidents s’inscrivent dans un climat marqué par la montée de courants nationalistes bouddhistes radicaux et par une réponse institutionnelle souvent jugée insuffisante.

Les attentats du dimanche de Pâques 2019, qui ont visé des églises lors des célébrations pascales et fait plus de 300 morts, ont constitué un traumatisme majeur pour la communauté chrétienne et pour l’ensemble du pays.

Ils ont renforcé le sentiment de vulnérabilité des fidèles et mis en lumière les failles de l’État dans la protection des lieux de culte.Dans ce contexte, l’agression présumée d’un prêtre par des policiers prend une dimension particulière. Elle ravive des inquiétudes profondes quant à la capacité de l’État sri-lankais à garantir de manière impartiale la sécurité et les droits fondamentaux des minorités religieuses, y compris lorsque les forces de l’ordre sont mises en cause.

Recevez chaque jour notre newsletter !