Depuis 2000 ans

Affaire des Bénédictines de Montmartre : entre vérité nécessaire et surenchère accusatrice

credit sacre coeur montmartre
credit sacre coeur montmartre
Toujours plus de révélations, toujours plus de peur. À mesure que les témoignages, tribunes et mises en scène médiatiques s’accumulent, la quête légitime de vérité semble parfois céder la place à une logique de surenchère. Jusqu’où cette dénonciation sans limite veut-elle conduire l’Église ?

La publication du rapport de la commission présidée par Hervé Giaume constitue un travail considérable, rigoureux et douloureux, appelé à marquer durablement la vie des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre comme la réflexion de l’Église sur les dérives possibles de la vie consacrée. Par son ampleur, par ses cinquante-huit préconisations, par l’analyse méthodique de plusieurs décennies, ce rapport s’impose comme une étape majeure, que nul ne peut honnêtement minimiser ni balayer d’un revers de main. Mais cela ne semble pas suffire à certaines anciennes bénédictines, qui en veulent toujours plus, plus de révélations, plus de récits, plus de détails parfois morbides, comme si la vérité, pourtant déjà établie dans son principe, devait sans cesse être redoublée pour être jugée enfin suffisante.

Capture journal Le Parisien

La tribune publiée par La Croix le 28 janvier 2026 illustre parfaitement ce propos. Sous un titre reconnaissant que le rapport est « une étape essentielle », le texte se déploie presque entièrement sous le signe du manque et de l’insuffisance :

Il manquerait des psychiatres dans la commission, il manquerait des personnes extérieures à l’Église, il manquerait des religieux connaissant la réalité de la vie consacrée. Il manquerait des archives, notamment diocésaines, il manquerait la parole de nombreuses sœurs sorties, il manquerait une analyse de la période 2012-2025, il manquerait des réponses sur la prescription, il manquerait une reconnaissance explicite d’abus persistants, il manquerait une redéfinition claire du charisme, il manquerait enfin une mise en cause plus frontale encore de l’institution ecclésiale.

À lire cette accumulation, une impression s’impose, celle d’un texte qui ne se satisfait d’aucune réponse, d’aucune limite méthodologique, d’aucun travail accompli. Le rapport est salué dans ses premières lignes comme décisif, mais cette reconnaissance initiale sert surtout de prélude à une longue entreprise de disqualification, où chaque prudence devient suspecte et chaque borne méthodologique une faute morale.

Les abus décrits sont graves, réels, documentés. Les souffrances évoquées sont incontestables. Mais la logique à l’œuvre ne s’arrête pas à la reconnaissance des faits. La mise en cause répétée du cardinal Jean-Marie Lustiger est révélatrice de cette dérive. Son nom est cité comme celui d’un soutien indéfectible à mère Marie-Agnès, sans nuance, sans contextualisation, sans possibilité de contradiction. Le soupçon tient lieu d’argument, l’insinuation remplace l’analyse, et la mémoire d’un cardinal est ainsi exposée à un procès rétrospectif qui relève davantage de l’acharnement que de la justice.

Cette logique de surenchère ne se limite pas à la presse catholique. Elle trouve un écho amplifié dans la presse généraliste, notamment dansLe Parisien, dont le traitement de l’affaire relève de la rubrique  » faits divers «  et d’une mise en scène spectaculaire. Titres outranciers, vocabulaire sensationnaliste, descriptions quasi romanesques, accumulation de détails anxiogènes, tout concourt à transformer une enquête grave et douloureuse en récit de peur.

Lire l’article

La vie religieuse y est implicitement présentée comme un univers de domination et de violence, les congrégations comme des lieux clos où l’emprise serait la règle.

À partir d’un cas réel et documenté, le particulier devient symbole, l’exception devient norme. Ce traitement ne cherche pas à comprendre ni à prévenir, mais à frapper, à choquer, à nourrir un imaginaire déjà hostile à l’Église catholique. La souffrance réelle des victimes devient alors un carburant émotionnel, au service d’un récit calibré pour l’audience, au risque de déformer profondément la réalité de la vie consacrée et d’en disqualifier l’existence même.Pris isolément, chaque témoignage peut se comprendre. Pris ensemble, tribunes internes, entretiens, et récits médiatiques composent un véritable travail de sape, mené sous couvert de vérité, mais qui finit par produire une déconstruction globale de l’institution ecclésiale.

Il ne s’agit plus seulement de dénoncer des abus précis, situés et documentés, mais d’installer l’idée que rien, dans l’Église, ne serait réformable, fiable ou digne de confiance.

Or ce n’est pas en empilant les accusations ni en entretenant un climat de peur et de suspicion permanente que l’on soigne les blessures spirituelles. La haine et l’animosité n’ont jamais guéri personne. Elles figent la douleur, elles l’enracinent, elles l’étendent à tout ce qu’elles touchent. La guérison personnelle relève d’un chemin intérieur, long et exigeant. La purification institutionnelle relève, elle, d’un travail patient inspiré par la prière non par les modes de vie et les normes du monde.

L’on entre pas en religion par confort mais par don de soi et cela réclame des efforts et beaucoup d’humilité.

Ce qui compte, en définitive, ce ne sont pas l’accumulation des détails morbides ni la comptabilité précise des abus ( qu’il y en ait eu 1500 ou 1550.. ou autre ) , mais l’acte lui-même. Un acte unique, fût-il commis une seule fois, sur une seule sœur, constitue déjà un péché grave, une profanation de la conscience et de la dignité humaine.Le mal ne se mesure pas à la quantité, mais à l’intention de nuisance qu’il porte. À vouloir explorer avec une précision chirurgicale les zones d’ombre de l’Église, on entretient l’illusion que la lumière jaillira mécaniquement de l’obscurité. Or ce n’est pas ainsi que naît la vraie lumière, ni la guérison.Et toutes les idéologies qui agissent dans l’ombre sont pires que toutes les zones d’ombre de l’histoire de l’Église.

intégralité du rapport (CIASEP-BSCM)

Recevez chaque jour notre newsletter !