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La fin du « devoir conjugal » ou la fin d’un mariage fondé sur l’amour donné

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Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la fin du « devoir conjugal », présenté comme une avancée décisive en matière de consentement. Mais derrière cette clarification juridique se dessine une rupture plus profonde. En refusant désormais de reconnaître que le mariage puisse engager les époux jusque dans leur corps

Ce mercredi 28 janvier, à 106 voix contre 0, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi présentée comme une simple clarification juridique. Le texte affirme qu’aucune obligation sexuelle ne peut être déduite du mariage et qu’un refus de relations sexuelles ne saurait, en aucun cas, fonder un divorce pour faute. Les promoteurs de la loi ont parlé de la fin d’une « ambiguïté juridique » persistante dans le Code civil.

Encore faut-il dire clairement ce qu’était cette ambiguïté, et ce qu’elle n’était pas.

Contrairement à ce qui a été répété dans le débat public, le “devoir conjugal” n’a jamais figuré dans le Code civil. Aucune disposition légale n’a jamais imposé une obligation sexuelle aux époux. Le Code civil énumère seulement, à l’article 212, les devoirs du mariage, le respect, la fidélité, le secours et l’assistance, et à l’article 215, l’obligation d’une communauté de vie. Nulle part il n’est question d’un devoir d’avoir des relations sexuelles.L’« ambiguïté juridique » ne venait donc pas de la loi elle-même, mais de son interprétation. Pendant longtemps, certains juges ont assimilé la communauté de vie à une communauté de lit, estimant qu’un refus durable et injustifié de relations sexuelles pouvait constituer une faute matrimoniale au sens de l’article 242 du Code civil. C’est cette lecture jurisprudentielle, et elle seule, que le législateur a voulu verrouiller.

Il est essentiel de le dire, car le mot même de « devoir » a été volontairement brouillé :Dans son sens moral classique, le devoir ne désigne pas une contrainte imposée de l’extérieur. Il désigne une obligation née d’un engagement librement consenti. Le devoir n’existe que là où il y a eu promesse, alliance, choix volontaire. Il engage la conscience avant d’engager le droit. Il n’est pas un droit à exiger par la force, mais une fidélité à une parole donnée.

Appliqué au mariage, le devoir conjugal n’a jamais signifié un droit de contraindre. Il désignait la conséquence morale du consentement matrimonial, par lequel deux personnes acceptent librement de faire de leur vie, y compris de leur corps, un don réciproque et durable. Le devoir n’était pas opposé au consentement, il en était le fruit.

C’est précisément cette compréhension que le discours politique dominant refuse désormais. En assimilant toute notion de devoir à une violence potentielle, les promoteurs du texte ont opéré un glissement décisif. Le mariage n’est plus pensé comme une alliance engageante, mais comme une relation constamment révocable, où toute attente commune est suspecte.Le débat parlementaire l’a montré sans ambiguïté. Le texte a été porté par une coalition transpartisane, mais la logique la plus radicale est venue de la gauche idéologique. Les députés socialistes et ceux de La France insoumise ont tenté, sans succès cette fois, de supprimer la mention même de la fidélité parmi les obligations du mariage, au motif qu’elle pourrait être interprétée comme une contrainte sexuelle.

L’échec de cette tentative ne doit pas masquer son sens. Après l’effacement de toute signification charnelle du lien conjugal, c’est désormais la fidélité elle-même qui est perçue comme problématique.

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Cette logique est en rupture frontale avec la vision chrétienne du mariage. Dès l’Écriture, l’union de l’homme et de la femme est présentée comme une alliance totale. La Genèse parle d’une connaissance réciproque, qui engage les corps parce qu’elle engage d’abord les personnes. Le Nouveau Testament, tout en reconnaissant la blessure de la concupiscence, affirme que l’union charnelle vécue dans le mariage est un bien, ordonné à l’amour, à la fidélité et à la paix intérieure.L’enseignement de l’Église catholique est sans équivoque.Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que l’intimité corporelle des époux est « un signe et un gage de communion spirituelle » (§2360), que l’amour conjugal engage « toutes les composantes de la personne » (§2361), et que les actes par lesquels les époux s’unissent « sont honnêtes et dignes » (§2362). Autrement dit, l’amour conjugal est un amour incarné, qui ne se réduit ni à l’émotion ni à la négociation permanente.

En refusant désormais de reconnaître que le mariage puisse créer des obligations librement consenties, y compris dans l’ordre charnel, le droit civil adopte une anthropologie de la méfiance. L’homme et la femme ne sont plus considérés comme capables de se donner durablement, mais comme des individus qu’il faudrait protéger l’un de l’autre en neutralisant le lien lui-même. Ce qui a été aboli le 28 janvier 2026, ce n’est pas un devoir inscrit dans la loi. C’est le droit de penser le mariage comme une union d’amour engageante, fidèle et incarnée. C’est la possibilité de dire que l’amour véritable ne se contente pas de consentements fragmentés, mais qu’il se vit dans la durée, la responsabilité et le don réciproque.La fin du « devoir conjugal », telle qu’elle est proclamée aujourd’hui, ressemble moins à une victoire du consentement qu’à un aveu de renoncement. Renoncement à croire qu’un homme et une femme puissent librement s’engager l’un envers l’autre, avec leur cœur, leur parole et leur corps. Renoncement, au fond, à l’idée même d’un mariage d’amour.

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