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[ VIDEO ] Du silence du couvent aux millions de vues : les sœurs Ravasco des Abruzzes conquièrent les réseaux sociaux par la foi, le sourire et l’ironie

Capture écran
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Les abonnés se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers.Ce qui frappe, au fil des vidéos, c’est la liberté avec laquelle les sœurs parlent de leur relation à Dieu

D’un petit couvent niché au cœur des Abruzzes aux écrans de millions d’internautes, l’itinéraire des sœurs Ravasco de Raiano a tout d’une surprise. Dans cette localité de la province de L’Aquila, la maison de la Congrégation des Filles des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie est devenue, en l’espace de quelques mois, un lieu familier pour un public bien plus large que celui des fidèles habituels. La vie simple et discrète d’un groupe de religieuses âgées s’y est transformée en un témoignage suivi, partagé et commenté sur Instagram et Facebook.

À l’origine de cette présence numérique se trouve sœur Nayiby Jimenez, religieuse d’origine hispanique installée à Raiano depuis plus de dix ans. Chargée de l’accueil et du soin d’une dizaine de consœurs âgées, souvent non autonomes, elle a eu l’intuition d’ouvrir les portes du couvent à travers les réseaux sociaux. Il y a environ un an, elle lance les comptes « Suore Ravasco Nayiby », en publiant de courts formats vidéo montrant la vie quotidienne de la communauté : moments de prière, gestes de tendresse, souvenirs partagés, paroles simples empreintes de foi.

Très vite, ces images circulent largement. Les algorithmes font leur œuvre, mais c’est surtout l’authenticité qui touche. Les vidéos ne sont ni scénarisées ni lissées : elles montrent des religieuses âgées, souvent nonagénaires, vivre leur vocation dans la simplicité, entre chapelet quotidien, entraide fraternelle et sourire offert à qui regarde. Les abonnés se comptent aujourd’hui par dizaines de milliers, mais les vues dépassent largement ce chiffre, signe d’un intérêt qui va bien au-delà du cercle des followers.

Parmi les figures les plus appréciées, sœur Italia occupe une place particulière. À près de cent ans, elle est devenue l’un des visages les plus reconnaissables de la communauté. Ses paroles, toujours directes et pleines de bon sens, abordent aussi bien l’amour, le respect que la persévérance dans l’épreuve. Même un incident banal, comme une chute dans l’escalier rapidement surmontée, s’est transformé en message de résilience : tomber n’est pas l’essentiel, se relever l’est toujours. Certains de ses reels ont dépassé les 160 000 à 180 000 vues.

La profondeur de ces contenus se manifeste aussi dans des gestes silencieux, parfois plus éloquents que de longs discours.

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L’un des moments les plus partagés montre la caresse d’une religieuse sur le ventre d’une femme enceinte, devenue pour beaucoup une bénédiction muette, capable de toucher bien au-delà des mots. Des milliers de commentaires témoignent de l’émotion suscitée par cette scène de tendresse.Autre figure marquante, sœur Maria Chiara, âgée de 99 ans, consacre ses journées à la prière pour le monde entier. Elle invite celles et ceux qui le souhaitent à lui confier leurs intentions, promettant de les porter devant Dieu. La vidéo dans laquelle elle l’explique a cumulé, à elle seule, près de 3,8 millions de vues, signe d’une soif de prière et d’écoute souvent sous-estimée.

La notoriété des sœurs de Raiano a fini par attirer l’attention des médias nationaux. Un reel récent montre une religieuse tenant le micro du journal télévisé de la Rai, annonçant un reportage qui leur est consacré. Les chiffres sont parlants : environ 15 000 abonnés sur Facebook, plus de 30 000 sur Instagram, et des millions de vues cumulées, bien supérieures au nombre de suiveurs.

Ce qui frappe, au fil des vidéos, c’est la liberté avec laquelle les sœurs parlent de leur relation à Dieu.

Elles expliquent que la prière n’est pas un discours préparé, mais un dialogue vivant, né du cœur, nourri par l’amour et la confiance. Même dans les moments de fatigue ou d’agacement, confient-elles, ce dialogue reste un lieu d’écoute et de paix retrouvée.La joie n’est jamais absente. Parmi les vidéos les plus légères, l’une montre les consœurs jetant par la fenêtre des cartons sur lesquels sont inscrits « stress », « angoisse », « indifférence », « égoïsme ». Un geste symbolique, presque enfantin, pour rappeler que la foi invite aussi à se libérer des poids intérieurs et à accueillir la joie comme un don.

Cette présence sur les réseaux est devenue, pour la communauté, une véritable forme d’apostolat. Une manière nouvelle d’ouvrir le couvent, de rejoindre ceux qui cherchent un réconfort, une parole simple ou simplement un sourire. Les commentaires, souvent plus de 450 par publication, expriment reconnaissance, affection et parfois une foi ravivée.Depuis Raiano, ce petit village des Abruzzes, les sœurs Ravasco montrent que la foi peut emprunter le langage des réseaux sociaux sans perdre son âme. Leur témoignage discret mais puissant rappelle que la spiritualité, vécue avec sincérité, demeure un pont capable de relier des générations et des vies éloignées. Et qu’il serait bien hâtif d’affirmer qu’il n’y a plus de religion.

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