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Le cardinal Woelki estime en avoir terminé avec le Chemin synodal allemand

cardinal Woelki - DR
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" Nous ne pouvons pas voter pour savoir si Jésus est ressuscité d’entre les morts"

Parce qu’elle dispose de moyens financiers considérables, d’un poids institutionnel majeur et d’une influence historique sur la vie ecclésiale européenne, l’Église catholique en Allemagne est observée avec attention dans de nombreux pays, où son évolution est parfois perçue comme un possible précédent pour l’Église universelleC’est dans un contexte, aux enjeux dépassant largement le cadre national, que le cardinal Rainer Maria Woelki assume une prise de distance nette avec le Chemin synodal allemand, qu’il juge désormais achevé pour lui, au nom de sa compréhension du ministère épiscopal, de la synodalité et de la communion avec Rome.

Le cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, a annoncé qu’il ne participerait pas à la sixième assemblée du Chemin synodal allemand, qui s’ouvre le 29 janvier. Dans un entretien accordé à la radio catholique Domradio, il a résumé sa position de manière directe : « Pour moi, le Chemin synodal est terminé ». Il a rappelé que le processus prévoyait à l’origine cinq assemblées, auxquelles il a toutes pris part : « Cinq sessions avaient été convenues à l’origine, et j’y ai participé ».

Né à Cologne en 1956 dans une famille marquée par l’exil après la Seconde Guerre mondiale, Rainer Maria Woelki a grandi dans son diocèse d’origine, où il a été enfant de chœur avant d’y être ordonné prêtre en 1985 par le cardinal Joseph Höffner. Après des études de philosophie et de théologie à Bonn et à Fribourg-en-Brisgau, il obtient un doctorat en théologie consacré au rôle ecclésiologique de la paroisse. Il exerce d’abord un ministère paroissial, puis devient secrétaire particulier de l’archevêque de Cologne.Nommé évêque auxiliaire de Cologne en 2003, il est ensuite transféré à Berlin en 2011, avant d’être créé cardinal par Benoît XVI en 2012, devenant alors le plus jeune membre du Collège cardinalice. Depuis 2014, il est archevêque de Cologne, l’un des diocèses les plus importants d’Europe, tant par son histoire que par ses ressources financières issues notamment de l’impôt ecclésiastique. Il a participé aux conclaves de 2013 et de 2025, qui ont élu respectivement le pape Pope Francis et le pape Leo XIV, ce qui confère à sa parole une résonance particulière au-delà de l’Allemagne.

Le Chemin synodal allemand a été lancé en 2019 à la suite du rapport MHG sur les abus sexuels commis par des clercs entre 1946 et 2014. Initialement conçu comme un processus de deux ans, il a été prolongé en raison de la pandémie et s’est achevé formellement en 2023. Il avait pour objectif d’examiner plusieurs domaines jugés structurels, notamment l’exercice du pouvoir dans l’Église, la morale sexuelle, la vie sacerdotale et la place des femmes.Si le cardinal Woelki reconnaît la gravité des questions posées et la nécessité de réformes, il estime aujourd’hui qu’une clarification théologique du processus est devenue indispensable.

« Je suis profondément convaincu que toutes les personnes impliquées, y compris celles du Chemin synodal, veulent en définitive ce qu’il y a de mieux pour l’Église », a-t-il déclaré, tout en ajoutant que « les chemins pour y parvenir sont perçus de manière différente ».

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Au fil des assemblées, le processus est devenu source de controverses croissantes, notamment en raison de résolutions appelant à des changements concernant l’homosexualité, l’ordination des femmes ou le célibat sacerdotal. Plusieurs évêques hors d’Allemagne ont mis en garde contre le risque de voir émerger un modèle ecclésial national susceptible de faire jurisprudence dans d’autres pays, en particulier là où les Églises locales sont confrontées à des pressions culturelles ou politiques comparables. En 2022, le Vatican a rappelé que le Chemin synodal ne disposait d’aucune autorité pour modifier la doctrine ou la gouvernance de l’Église. Le pape François avait lui-même exprimé de sérieuses réserves, évoquant un processus influencé par des logiques idéologiques plutôt que par l’écoute de l’Esprit Saint.

Dans son entretien, le cardinal Woelki a confié avoir eu l’impression « qu’à partir d’un certain moment, le Chemin synodal en Allemagne visait principalement à mettre en œuvre certaines positions relevant de la politique ecclésiale ». Il a illustré cette dérive par une formule volontairement frappante : « Pour donner un exemple volontairement extrême, nous ne pouvons pas voter pour savoir si Jésus est ressuscité d’entre les morts ».Rappelant l’enseignement constant des derniers papes, il a souligné que « la synodalité est un processus spirituel, un instrument au service de l’évangélisation » et qu’« une synodalité sans évangélisation est tout simplement inconcevable ». Dans cette perspective, il estime que l’assemblée synodale « n’a pas pour mission d’évaluer ce qu’un évêque diocésain ou un diocèse particulier a mis en œuvre ou non à partir des décisions du Chemin synodal ».

Le cardinal a également précisé sa compréhension du rôle de l’évêque. Pour lui, la synodalité implique une écoute et un discernement communs : « S’écouter attentivement les uns les autres, chacun pouvant apporter son point de vue, et surtout écouter ensemble ce que l’Esprit Saint nous dit ». Toutefois, a-t-il rappelé, « la décision appartient en dernier ressort à celui à qui la fonction a été confiée ». Dans l’Église catholique, l’évêque dispose ainsi « d’un pouvoir décisionnel ultime pour son diocèse, un pouvoir conféré par le Christ lui-même ».

Au nom de ses engagements personnels, il a réaffirmé : « J’ai promis de protéger la foi de l’Église et de cheminer dans mon diocèse en unité avec le pape. J’entends continuer à tenir cette promesse ». Dans ce cadre, il a reconnu avoir « des difficultés à accepter l’idée de faire partie d’un organe dans lequel 27 évêques diocésains, 27 membres du Comité central des catholiques allemands et 27 autres membres encore à élire délibèrent et décident ensemble », estimant que cette logique constitue le cœur même du Chemin synodal, même si elle est parfois présentée autrement.Enfin, le cardinal Woelki a évoqué la polarisation actuelle au sein de l’épiscopat allemand, qu’il juge préoccupante. « Ces tensions me préoccupent, car je ne veux pas laisser entendre que quiconque ne chercherait pas ce qu’il y a de mieux », a-t-il déclaré, tout en soulignant l’importance du dialogue. Élargissant son propos au contexte international, il a mis en garde contre la brutalisation des sociétés lorsque « la force fait le droit », appelant à rétablir un socle commun fondé sur « le dialogue plutôt que la violence, la fiabilité, la protection des plus vulnérables, la solidarité et la justice ».

Rappelons que la sixième et dernière assemblée synodale, réunie à Stuttgart, a adopté une déclaration finale mettant en avant l’engagement de l’Église allemande en faveur de la transparence, de la prévention des abus et d’une plus grande participation des fidèles. Si le texte a été approuvé par une majorité, il a également mis en lumière des divisions persistantes, notamment sur les questions de morale sexuelle et sur certaines réformes structurelles jugées encore insuffisamment mûries. À plusieurs reprises, Rome a rappelé que certaines structures envisagées, en particulier la création d’un organe synodal permanent doté de compétences décisionnelles, ne sont pas compatibles avec la constitution et l’unité de l’Église universelle. Face aux critiques, le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Georg Bätzing, a assuré que la future Conférence synodale envisagée ne serait pas mise en place sans l’approbation explicite du Saint-Siège. Il a souligné qu’agir sans l’accord de Rome constituerait une provocation inutile et a exprimé sa confiance dans une autorisation à venir, espérant un démarrage de cette nouvelle instance à l’automne 2026.

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