« Je suis catholique, fièrement croyante, et comme des millions de Costariciens, j’assiste à la messe chaque dimanche et dès que je le peux. » Par ces mots, Laura Fernández Delgado affirme publiquement une foi vécue et assumée, au moment même où elle accède à la plus haute fonction de l’État.Le 2 février dernier, le Costa Rica a donc élu Laura Fernández Delgado présidente dès le premier tour de l’élection présidentielle. Candidate du Parti Pueblo Soberano, formation du président sortant Rodrigo Chaves, elle a obtenu près de 49 % des suffrages exprimés, franchissant largement le seuil constitutionnel de 40 % requis pour éviter un second tour. Le scrutin s’est déroulé dans un contexte de forte participation, avec environ 69 % des électeurs inscrits ayant pris part au vote, selon le Tribunal suprême électoral.
Avec plus de 93 % des bureaux de vote dépouillés, Laura Fernández Delgado a devancé nettement ses adversaires. Álvaro Ramos, du Parti de la libération nationale, est arrivé en deuxième position avec un peu plus de 32 % des voix, tandis que Claudia Dobles, candidate de la coalition Agenda Ciudadana, a recueilli environ 4,7 % des suffrages. Cette victoire nette confère à la présidente élue une légitimité politique solide dès l’ouverture de son mandat.

Âgée de 39 ans, Laura Fernández Delgado devient la plus jeune présidente de l’histoire du pays et la seconde femme à diriger la nation, après Laura Chinchilla Miranda. Elle entrera officiellement en fonction le 8 mai 2026 pour un mandat de quatre ans, qui s’achèvera en 2030. Son élection assure la continuité du projet politique engagé par l’administration Chaves, tout en ouvrant une nouvelle phase de réformes annoncées comme plus profondes et structurelles.Politologue de formation et enseignante universitaire, Laura Fernández Delgado a construit sa carrière au cœur de l’appareil d’État costaricien. Ancienne ministre de la Présidence et responsable de la planification et de la politique économique, elle est engagée au service des institutions publiques depuis 2006. Elle se définit elle-même comme une fonctionnaire publique de carrière, dotée d’une expérience à la fois au sein du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, ainsi que dans la recherche appliquée sur l’emploi public, l’investissement et la coopération internationale.
Dans son discours de victoire, Laura Fernández Delgado a donné une portée institutionnelle à son élection en évoquant l’ouverture d’une « Troisième République » au Costa Rica. Elle a déclaré : « Le changement sera profond et irréversible », promettant des réformes de l’État, un soutien renforcé à la libre entreprise, au commerce, ainsi qu’une attention particulière portée aux opportunités offertes aux jeunes et aux femmes. Cette vision s’inscrit dans une volonté de transformation durable, sans rupture avec le cadre constitutionnel existant.
Précisons que les résultats économiques récents ont occupé une place centrale dans ses prises de parole. Durant les années 2024 et 2025, le Costa Rica a enregistré une croissance soutenue, une baisse du chômage et une diminution de la dette publique.
Selon le rapport Estado de la Nación 2025, ces performances ont fait du pays l’économie à la croissance la plus rapide parmi les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Laura Fernández Delgado attribue ces résultats aux orientations du gouvernement sortant, qu’elle entend prolonger et consolider.
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Sur le plan parlementaire, le Parti Pueblo Soberano n’a pas atteint l’objectif de 40 sièges sur 57 à l’Assemblée législative. La présidente élue devra donc s’appuyer sur des alliances pour faire avancer son agenda de réformes. Elle a appelé l’opposition à exercer un rôle de contrôle démocratique « sans entraver la gouvernance », tout en défendant explicitement la liberté de la presse et en invitant les nouveaux députés à agir avec prudence et responsabilité dans le nouveau paysage politique.Le futur gouvernement devra également affronter des défis sécuritaires majeurs. Le Costa Rica a enregistré en 2025 un nombre élevé d’homicides, largement liés au narcotrafic et au crime organisé. Laura Fernández Delgado a reconnu la gravité de la situation et a souligné la nécessité de réponses fermes, coordonnées et respectueuses de l’État de droit.Sur le plan international, son élection a été saluée par plusieurs responsables étrangers, notamment le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a exprimé la volonté de Washington de travailler étroitement avec la nouvelle administration costaricienne sur des priorités communes telles que la lutte contre le narcotrafic, la sécurité régionale, la cybersécurité et le renforcement des liens économiques.
Rappelons qu’au Costa Rica, la religion occupe une place structurante dans la vie nationale, à la fois sur les plans historique, culturel, institutionnel et civique. Le catholicisme y est religion d’État, comme le stipule explicitement la Constitution, qui prévoit que l’État contribue à son maintien tout en garantissant pleinement la liberté de culte et le libre exercice des autres religions, dans le respect de la morale et des bonnes mœurs.

immeuble type de San José , la capitale du Costa Rica
Longtemps majoritaire à près de 85 % de la population, le catholicisme demeure aujourd’hui la confession principale du pays, avec un peu plus de 70 % de fidèles selon les données ecclésiales récentes. Cette présence se traduit par un maillage dense de paroisses, d’églises, de cathédrales et de sanctuaires répartis sur l’ensemble du territoire, chaque ville ou village possédant son église, aux styles architecturaux variés. Le centre institutionnel de cette présence est l’Archidiocèse de San José de Costa Rica, premier diocèse créé dans le pays en 1850 et élevé au rang d’archidiocèse métropolitain en 1921, qui coordonne aujourd’hui une vaste province ecclésiastique.
La vie religieuse est rythmée par de grandes célébrations populaires, notamment le pèlerinage du 2 août à la basilique Notre-Dame des Anges de Cartago, dédiée à la Vierge des Anges, dite « la Negrita », patronne du Costa Rica. Dans le contexte politique ayant précédé les élections de février 2026, les évêques catholiques avaient publiquement pris la parole pour rappeler l’importance de la participation électorale et des fondements moraux de la démocratie, face au risque d’abstention massive observé lors des scrutins antérieurs.
Sans jamais donner de consigne partisane, ils avaient souligné que le vote constitue « une expression concrète de la responsabilité civique » et un service rendu au bien commun.
Cette intervention illustre le rôle particulier que conserve l’Église catholique dans la société costaricienne, non comme acteur politique direct, mais comme référence morale et civique, au sein d’un pays marqué à la fois par un statut constitutionnel singulier du catholicisme et par une tradition ancienne de pluralisme et de tolérance religieuse.Dans ce contexte, la dimension spirituelle de Laura Fernández Delgado demeure un élément central de son identité publique. Cette foi, présentée comme une source d’équilibre personnel et de sens des responsabilités, n’est pas érigée en programme politique, mais apparaît comme un socle moral assumé.L’élection de Laura Fernández Delgado ouvre ainsi une nouvelle étape pour le Costa Rica, entre continuité démocratique, ambition réformatrice et affirmation publique de convictions personnelles vécues avec constance.


