L’annonce de prochaines consécrations épiscopales au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X a suscité une réaction nette de deux associations internationales de fidèles attachés à la liturgie traditionnelle, Una Voce International et la Latin Mass Society. Toutes deux ont fait part de leur inquiétude après la déclaration du Supérieur général de la FSSPX, le père Davide Pagliarani, annonçant que des consécrations épiscopales auront lieu le 1er juillet prochain.
Ces deux organisations représentent des fidèles laïcs engagés, insérés dans la vie ecclésiale et désireux de promouvoir l’accès à la messe selon le missel traditionnel dans un cadre pleinement reconnu par l’Église. Una Voce International est une fédération mondiale fondée en 1967, regroupant des associations nationales présentes sur plusieurs continents. Elle agit comme interlocuteur auprès des évêques et des autorités romaines pour défendre l’accès à la liturgie traditionnelle, en se situant explicitement dans une démarche de fidélité canonique. La Latin Mass Society est l’association historique britannique de ce mouvement. Implantée au Royaume-Uni depuis plusieurs décennies, elle œuvre à l’obtention d’autorisations diocésaines pour la célébration de la messe traditionnelle et entretient un dialogue constant avec la hiérarchie locale.
Dans leur réaction commune, ces deux associations expriment d’abord un souhait partagé par de nombreux catholiques attachés à la tradition, celui de la régularisation canonique de la FSSPX, condition jugée nécessaire pour que ses nombreuses œuvres puissent porter pleinement du fruit au sein de l’Église.
Elles estiment que l’annonce de nouvelles consécrations épiscopales sans mandat pontifical éloigne cet objectif et laisse entendre que les perspectives d’un accord avec Rome sont désormais plus lointaines qu’elles ne l’ont été ces dernières années.
Si Una Voce International et la Latin Mass Society affirment partager avec la FSSPX le désir que la liturgie traditionnelle de l’Église soit accessible au plus grand nombre pour le salut des âmes, elles marquent cependant une divergence de fond quant à l’analyse de la situation ecclésiale. Elles rappellent que, dans de nombreux pays, des catholiques peuvent encore assister à la messe traditionnelle grâce aux autorisations accordées par la hiérarchie, rendant inutile, selon elles, le recours à des cadres informels ou irréguliers.
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Les deux associations reconnaissent toutefois une réalité pastorale plus préoccupante dans certains diocèses. Elles soulignent que, dans plusieurs régions, l’accès à la messe traditionnelle est devenu extrêmement difficile, et ce malgré la disponibilité de prêtres qualifiés et parfois même la volonté de l’évêque local de l’autoriser. Ce constat les conduit à reconnaître que ces situations donnent du crédit à l’argument d’un état d’urgence avancé par la FSSPX.Dans ce contexte, Una Voce International et la Latin Mass Society lancent un appel direct aux évêques et, plus particulièrement, à Sa Sainteté le pape Léon XIV, les exhortant à prendre en compte ces réalités pastorales avant qu’une crise plus profonde ne se développe, dont les conséquences seraient imprévisibles pour l’unité de l’Église.
Enfin, leur prise de position s’inscrit explicitement dans la continuité du magistère récent. Elles rappellent que l’attachement des fidèles à l’ancien missel n’a jamais été présenté comme une nouveauté ni comme une pratique nuisible. Elles citent saint Jean-Paul II, qui qualifiait ce désir d’aspiration légitime, ainsi que Benoît XVI, qui voyait dans ce missel une source de richesses pour l’Église. Un rappel destiné à souligner que leur démarche se veut ecclésiale et respectueuse de l’enseignement pontifical, tout en exprimant une inquiétude réelle face à l’évolution actuelle de la situation.
Texte intégral de la déclaration
« Una Voce International et la Latin Mass Society ont appris avec inquiétude l’annonce du Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX), le père Davide Pagliarani, selon laquelle la FSSPX procédera à des consécrations épiscopales le 1er juillet de cette année.
Notre vœu le plus cher, partagé par de nombreux catholiques de bonne volonté, est la régularisation canonique de la FSSPX, qui permettrait à ses nombreuses œuvres de porter le plus grand fruit possible. Cette annonce indique que cet objectif est plus lointain qu’il n’y a paru ces dernières années.
Nous partageons l’objectif de la FSSPX, à savoir que la liturgie traditionnelle de l’Église soit accessible au plus grand nombre pour le salut des âmes. Nous ne partageons cependant pas l’analyse de la FSSPX concernant la crise de l’Église dans son ensemble. Nous savons notamment que de nombreux catholiques peuvent assister à la messe traditionnelle grâce aux autorisations nécessaires de la hiérarchie ecclésiastique, et qu’il leur est donc inutile de la rechercher dans un cadre informel.
Nous savons cependant que pour d’autres, assister à la messe traditionnelle est devenu très difficile : dans certains endroits, malgré le désir de prêtres qualifiés de la célébrer pour les fidèles, et même la volonté de l’évêque local de l’autoriser. Ce contexte donne du crédit à l’argument de la FSSPX concernant l’état d’urgence.
Nous exhortons nos évêques, et surtout Sa Sainteté le pape Léon XIV, à prendre en compte ces réalités pastorales qui, en ce moment même, précipitent une crise dont personne ne peut prévoir les conséquences.
Ce que les catholiques associaient au désir de l’« ancien missel » n’était pas une forme liturgique nuisible ou nouvelle. Le pape saint Jean-Paul II a qualifié notre désir pour ce missel d’« aspiration légitime » (Ecclesia Dei, 1988), et plus tard, le pape Benoît XVI l’a décrit comme une source de « richesses » (Lettre aux évêques, 2007).
Le moment d’agir, c’est maintenant.
Joseph Shaw : Président d’Una Voce International et président de la Latin Mass Society
Monika Rheinschmitt : vice-présidente et trésorière, Una Voce International
Andris Amolins : Secrétaire, Una Voce International
David Forster : Trésorier, Société de la Messe latine
Selina Fang : Secrétaire, Société de la messe latine »


