Par cette lettre, Léon XIV inscrit la Journée mondiale des malades dans une continuité à la fois personnelle, ecclésiale et doctrinale. Le choix du lieu, Chiclayo, n’est pas seulement géographique. Il renvoie à une mémoire épiscopale assumée et à une relation spirituelle durable avec le peuple péruvien, placé sous la protection confiante de la Vierge Marie. Le pape rappelle ainsi que « les fidèles chrétiens, guidés par la piété et l’amour, se réfugient avec confiance sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie », soulignant d’emblée la dimension maternelle qui traverse tout le texte.Cette orientation mariale trouve son sens pastoral dans le regard porté sur la souffrance. Léon XIV s’adresse explicitement à ceux qui sont éprouvés par la maladie, la douleur et la fragilité, sans jamais édulcorer la réalité de l’épreuve. Il les invite cependant à un acte spirituel exigeant, rendu possible par la foi, lorsqu’il écrit : « Nous demandons à tous les fidèles qui souffrent de la faiblesse, de la maladie ou de la douleur que, soutenus par cette intercession maternelle, ils veuillent offrir avec bienveillance à Dieu miséricordieux, par Marie, toutes les difficultés de leur propre vie pour la paix dans ce monde. »
Cette phrase concentre une théologie de la souffrance fidèle à la tradition catholique. La douleur n’est ni glorifiée ni subie passivement. Elle est appelée à devenir offrande, non pour elle-même, mais orientée vers une finalité universelle, la paix. La souffrance personnelle, assumée dans la foi, est ainsi intégrée à une dynamique ecclésiale et missionnaire.
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Pour éclairer cette perspective, le pape convoque saint Augustin et rappelle une vérité fondamentale de l’anthropologie chrétienne : « le cœur de l’homme est sans repos, et ce n’est que dans l’amour ineffable de Dieu […] qu’il peut trouver un repos véritable et durable ». En citant les Confessions, Léon XIV recentre la réflexion sur la condition humaine blessée. La maladie révèle l’inquiétude profonde de l’homme, mais elle peut aussi devenir le lieu d’un retour à Dieu, seul capable de donner un repos qui ne soit ni illusoire ni passager.La lettre souligne également la dimension ecclésiale de cette Journée mondiale. En confiant une mission précise à son Envoyé spécial, le pape rappelle que la pastorale de la santé ne repose pas seulement sur l’organisation ou la proximité humaine, mais sur la consolation de l’Évangile. Il demande que soient fortifiés « les fidèles chrétiens rassemblés, parmi lesquels se trouvent en particulier tous les malades », par la certitude de la présence du Christ, fondée sur sa promesse : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Cette présence du Christ constitue le cœur de l’espérance chrétienne face à la souffrance. Elle n’abolit pas la douleur, mais elle la traverse et l’ouvre à une communion plus large. C’est dans cette logique que Léon XIV exhorte l’ensemble des fidèles à vivre une proximité authentique, rappelant que la loi du Christ s’accomplit lorsque « chacun porte le fardeau de l’autre ». La Journée mondiale des malades apparaît ainsi comme un appel adressé à toute l’Église, pour que la fragilité ne soit jamais isolée, mais portée dans la charité, la foi et l’espérance.
Lettre du Saint-Père à l’Envoyé spécial pour la 34ᵉ Journée mondiale du Malade
(Nuestra Señora de la Paix, diocèse de Chiclayo, 11 février 2026)
Depuis le moment où le Dieu de la Paix nous a appelés et établis sur le siège de saint Pierre, notre cœur et notre esprit se tournent souvent avec une vive affection vers cette terre bien-aimée du Pérou, dont les fidèles chrétiens, guidés par la piété et l’amour, se réfugient avec confiance sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie. En effet, depuis que, il y a douze ans, nous avons été élevés à l’ordre sacré de l’épiscopat pour notre très chère Église cathédrale de Chiclayo, dédiée à Sainte Marie, Mère de Dieu, nous n’avons cessé de confier avec ferveur à la très douce Bienheureuse Vierge tant notre ministère apostolique que le progrès dans la foi chrétienne du saint peuple de Dieu, et aujourd’hui plus encore toute l’Église.
Or il est arrivé, par divine providence, ce que souhaitait déjà le pape François de bienheureuse mémoire, à savoir que la XXXIVᵉ Journée mondiale du Malade soit célébrée précisément sur cette terre du Pérou, afin d’exprimer avec plus d’attention la sollicitude maternelle de la Bienheureuse Vierge Marie envers tous ceux qui sont touchés par les diverses formes de souffrance et de maladie. Accueillant avec gratitude cette intention, et après avoir reçu l’avis de la Conférence épiscopale péruvienne, nous confirmons volontiers cette décision, en établissant que ladite Journée mondiale de l’année 2026 ait lieu et soit solennellement célébrée au sanctuaire de Notre-Dame de la Paix, dans le diocèse de Chiclayo, où autrefois nous invoquions souvent Dieu dans la prière.
Ainsi, à l’occasion de cette date, alors que nous-mêmes, avec l’Église dans le monde entier, unissons nos prières de manière particulière pour les malades, nous demandons à tous les fidèles qui souffrent de la faiblesse, de la maladie ou de la douleur que, soutenus par cette intercession maternelle, ils veuillent offrir avec bienveillance à Dieu miséricordieux, par Marie, toutes les difficultés de leur propre vie pour la paix dans ce monde. Car saint Augustin enseigne très justement que le cœur de l’homme est sans repos, et que ce n’est que dans l’amour ineffable de Dieu, et dans son application à la vie quotidienne et spirituelle, qu’il peut trouver un repos véritable et durable (cf. saint Augustin, Confessions I, 1, 1).
Désireux d’accomplir avec vigilance la charge de pasteur de l’Église universelle, nous t’avons choisi, vénérable frère, pour représenter la personne du Successeur de Pierre et pour instruire avec soin le peuple rassemblé par la sagesse de l’Évangile. Par la présente lettre, nous te désignons donc comme notre Envoyé extraordinaire pour cet événement, qui devra être solennellement célébré le 11 février prochain, en la mémoire de la Bienheureuse Vierge Marie de Lourdes. Tu présideras les rites sacrés en notre nom, tu fortifieras et affermiras l’esprit des fidèles chrétiens rassemblés, parmi lesquels se trouvent en particulier tous les malades, par la consolation de l’Évangile fondée sur l’ineffable réciprocité du Christ, qui a promis d’être avec nous, en toutes circonstances, tous les jours jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20).
Enfin, vénérable frère, nous te prions instamment de saluer avec bienveillance tous les frères dans l’épiscopat présents sur place, les autorités civiles, les prêtres, les diacres, les membres de la vie consacrée, ainsi que les fidèles laïcs, et surtout tous les malades et ceux qui prennent soin d’eux, en leur manifestant notre bienveillance. Nous exhortons tous à rendre témoignage, du fond du cœur, aux vertus théologales, foi, espérance et charité, ainsi qu’aux relations de proximité humaine et chrétienne, dans lesquelles chacun porte le fardeau de l’autre et accomplit ainsi la loi du Christ (cf. Ga 6, 2).
En confiant ta mission, vénérable frère, à la protection de la Bienheureuse Vierge Marie de la Paix, nous t’accordons enfin de grand cœur notre bénédiction apostolique, messagère des grâces célestes, que nous voulons étendre à tous les participants de cette Journée mondiale du Malade.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 21 janvier de l’an 2026, première année de notre pontificat.
LÉON XIV, PAPE »
Source Vatican


