Depuis 2000 ans

Sainte Scholastique

DR
DR
« Que Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur ! Qu’as-tu fait là ! »

Sainte Scholastique, vierge consacrée et sœur de saint Benoît (+ 543)

Le 10 février, l’Église fait mémoire de sainte Scholastique, vierge consacrée, sœur jumelle de saint Benoît, morte vers 543. Sa figure, discrète dans les sources, demeure inséparable de celle du patriarche des moines d’Occident. La tradition la présente comme consacrée à Dieu dès son enfance, vivant dans une proximité spirituelle profonde avec son frère, au point que la liturgie affirme qu’ils n’eurent « qu’un seul cœur en Dieu ».Alors que saint Benoît fondait et organisait la vie monastique au Mont-Cassin, sainte Scholastique établit sa demeure non loin de là, dans un monastère féminin situé au pied de la montagne. Une fois l’an, le frère et la sœur se retrouvaient dans une maison à mi-chemin de leurs communautés respectives. Ils y passaient la journée dans la louange de Dieu et les entretiens spirituels.

Ces rencontres annuelles disent l’essentiel de leur relation, une fraternité transfigurée par la grâce, ordonnée non à l’affection naturelle seulement, mais à la recherche commune de Dieu. Dans une époque marquée par les troubles politiques et les incertitudes de l’Italie du VIe siècle, leur dialogue s’inscrivait dans la stabilité de la vie monastique, centrée sur la prière, l’écoute de la Parole et la conversion du cœur.L’épisode le plus connu de la vie de sainte Scholastique est rapporté par saint Grégoire le Grand dans ses Dialogues. Trois jours avant sa mort, lors de leur rencontre annuelle, elle demanda à son frère de prolonger la conversation toute la nuit, afin de parler encore « des joies de la vie céleste ». Fidèle à sa règle, saint Benoît refusa de passer la nuit hors du monastère.C’est alors que sainte Scholastique, selon le récit, joignit les mains et pria. Un orage d’une violence soudaine éclata, empêchant saint Benoît de reprendre le chemin du Mont-Cassin. Devant son étonnement, elle répondit par ces mots demeurés célèbres :

« Que Dieu tout-puissant te pardonne, ma sœur ! Qu’as-tu fait là ! »
« Voilà, je t’ai prié, tu n’as pas voulu m’entendre. J’ai prié mon Seigneur, et il m’a écoutée. »

Saint Grégoire commente cet épisode en soulignant que celle qui aima davantage obtint davantage. Ce récit, loin d’opposer obéissance et charité, manifeste la primauté de l’amour dans la vie chrétienne. L’orage, signe extérieur, devient le symbole d’une prière confiante et d’une union intime avec Dieu.Trois jours plus tard, saint Benoît eut la vision de l’âme de sa sœur montant au ciel sous la forme d’une colombe. Il fit porter son corps au Mont-Cassin et l’ensevelit dans le tombeau qu’il avait préparé pour lui-même. Ainsi, ceux qui avaient été unis dans la vie monastique le furent aussi dans la mort.

La mémoire liturgique de sainte Scholastique rappelle cette unité spirituelle exceptionnelle, vécue dans la simplicité d’une vie consacrée. Elle demeure un modèle pour les moniales bénédictines, mais aussi pour tous les fidèles appelés à chercher Dieu d’un cœur indivis.Sainte Scholastique est également patronne de la ville du Mans, où son culte s’est développé au fil des siècles. Sa figure y est associée à la prière pour l’unité, la paix et la fidélité dans la vocation.À travers son existence cachée, l’Église contemple une sainteté sans éclat extérieur, fondée sur la constance dans la consécration et la confiance absolue en Dieu. Dans la tradition bénédictine, elle demeure le visage féminin d’un même idéal, la recherche de Dieu dans la stabilité, le silence et la charité fraternelle.

Avec nominis

Recevez chaque jour notre newsletter !