À Quelaines-Saint-Gault, le débat autour de la démolition de l’église Saint-Gault s’est intensifié ces derniers jours. Dans un courrier adressé à ses adhérents, la présidente d’Urgences Patrimoine explique avoir jugé nécessaire de « remettre l’église au milieu du village » après la publication d’articles de presse locale et d’un communiqué municipal accusant l’association de diffuser de « fausses informations ».En préambule, elle condamne fermement les agressions et menaces dont le maire serait victime, les qualifiant d’« actes inqualifiables, qui nuisent à notre travail ». L’association assure n’avoir « jamais invité quiconque à proférer des menaces » et rappelle que ce qu’elle fait « depuis bientôt 12 ans, en faveur du patrimoine menacé », elle l’a « toujours fait dans le fil du droit ». Elle dénonce également« les récupérations politiques de nos actions, qui elles aussi nuisent à notre travail ».
Sur le fond, Urgences Patrimoine conteste plusieurs affirmations municipales. Si l’église est effectivement fermée depuis vingt-cinq ans, l’association rappelle que « les communes ont obligation d’entretenir leurs églises d’après la loi de 1905 ». Elle estime que l’abandon prolongé ne peut constituer un argument suffisant pour justifier une démolition.Concernant l’état du bâtiment, elle réfute l’idée d’un édifice irrécupérable. Selon elle, « son état sanitaire et structurel est suffisant », et « la sauvegarde de l’église est possible ». Les travaux les plus urgents concerneraient le clocher et un pignon fragilisé par des infiltrations d’eau. La Fondation du Patrimoine et la Sauvegarde de l’Art Français auraient été disposées à accompagner un projet de restauration, démarches qui n’auraient pas été engagées par la commune.
La datation de l’église fait également débat. Alors que la municipalité évoque le XIXe siècle, l’association affirme qu’« elle a bien été construite au XIe siècle », malgré des remaniements ultérieurs. Elle ajoute que « quand bien même elle aurait été érigée au XIXe, cela ne justifierait pas sa démolition ».
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Le désaccord porte aussi sur les coûts. La commune évoque 600 000 euros pour la restauration complète. Urgences Patrimoine estime que « le chiffre de 600.000 euros est très exagéré » et avance un montant maximal de 290 000 euros sur la base de devis d’artisans locaux. La démolition et l’aménagement d’un « jardin du souvenir » représenteraient 120 000 euros. Selon l’association, « la restauration du clocher est chiffrée à 50.000 euros, et la vraie urgence est bien là ». Le reste des travaux pourrait se faire « par tranche, à l’aide de diverses souscriptions, et à l’aide de subventions publiques ».La présidente reconnaît enfin avoir parlé de « parking » dans une précédente communication et admet que « c’est un peu exagéré », préférant désormais parler de « placette végétalisée ». Elle maintient toutefois qu’« on peut appeler cela comme on veut, il n’en reste pas moins que détruire une église pour un tel aménagement peut susciter interrogation et même indignation ».
Les travaux étant actuellement suspendus à la suite des recours déposés, l’association dit « garder espoir » et « espérer avoir une réponse du ministère de la Culture suite à notre demande de mise en instance de classement d’urgence de l’église Saint-Gault ». Une décision favorable offrirait « un an de répit pour trouver une solution alternative à la démolition ».Elle conclut en rappelant qu’Urgences Patrimoine ne perçoit aucune subvention publique et appelle au soutien pour financer les recours engagés, affirmant que « le patrimoine ne peut pas lutter, ensemble, nous pouvons ».
Intégralité de la lettre d’Alexandra Sobczak-Romanski
« Chers adhérents, chers signataires, chers amis,
Compte tenu de la tournure que prennent les événements à Quelaines-Saint-Gault, et suite aux articles de la presse locale qui nous discréditent, ainsi qu’au communiqué de presse publié par la mairie hier, qui nous accuse publiquement de mentir, il m’a semblé important de « remettre l’église au milieu du village », si je puis me permettre l’expression.
Mais tout d’abord, je tiens à préciser que les agressions et menaces dont le maire semble être victime, sont des actes inqualifiables, qui nuisent à notre travail. Jamais Urgences Patrimoine n’a invité quiconque à proférer des menaces envers le maire et son conseil. Ce que nous faisons depuis bientôt 12 ans, en faveur du patrimoine menacé, nous l’avons toujours fait dans le fil du droit.
D’ailleurs, nous dénonçons également les récupérations politiques de nos actions, qui elles aussi nuisent à notre travail.
Urgences Patrimoine est une association citoyenne et apolitique, dont les membres et les soutiens sont issus de tous les horizons. Le patrimoine est un bien commun qui appartient à tous les français. Ce qui m’amène à publier cet extrait d’article de la presse locale, qui ose écrire, sans bien évidemment nous offrir un droit de réponse, que nous sommes « pilotés par des organisations politiques » et que nos actions sont anti-démocratiques. Cela nous choque et nous désole. D’autant que notre seul but est d’éviter que ne disparaisse un témoin de notre mémoire collective, et rien d’autre.

Avec cette polémique, nous avons l’impression que le but de la municipalité est maintenant de détourner l’attention du sujet principal, à savoir, la démolition de l’église, puisque la presse locale ne diffuse plus que des articles concernant les menaces dont est victime le maire, et profite de cela pour décrédibiliser nos actions.
Comme cela ne suffisait pas, la commune a envoyé un communiqué de presse le jeudi 5 février à l’ensemble des médias, dans lequel il y a un florilège de fausses informations – le statut d’élu du maire lui permettant de véhiculer de fausses informations en toute impunité apparemment.

Voici donc les preuves point par point que dans ce communiqué il n’y a pas que des vérités.
1/ L’église est fermée depuis 25 ans. VRAI, et de ce fait elle n’est plus entretenue, alors que rappelons le, les communes ont obligation d’entretenir leurs églises d’après la loi de 1905.
2/ L’église est dans un état très dégradé. FAUX
Il est certain qu’après des décennies d’abandon, elle a besoin de restauration, mais son état sanitaire et structurel est suffisant, comme l’atteste l’Architecte des Bâtiments de France.

Ou encore, la Directrice de la Direction Régionale des Affaires Culturelles qui écrit que la sauvegarde de l’église est possible.

Le plus urgent en termes de travaux serait de restaurer le clocher et un pignon fragilisé, probablement à cause des infiltrations d’eau.
Il est important de rappeler également, que la Fondation du Patrimoine ainsi que la Sauvegarde de l’Art Français, étaient prêts à soutenir le projet de restauration, mais la commune n’a jamais effectué les moindres démarches en ce sens.
3/ L’église date du XIXe et pas du XIe siècle. FAUX
L’église a certes subi des transformations et des restaurations importantes au XVIIIe et XIXe, mais d’après la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Mayenne, elle a bien été construite au XIe siècle.

Cela dit, quand bien même elle aurait été érigée au XIXe, cela ne justifierait pas sa démolition. Mais nous sommes en train d’approfondir nos recherches, afin que toute la lumière soit faite sur les datations. Quand bien même, si la commune avait fait réaliser une étude du bâti, comme le préconisaient l’ABF et la DRAC, il n’y aurait aucun doute possible, mais là encore, rien n’a été fait, ce qui laisse à croire que jamais il n’a été question de restaurer l’édifice.
4/ La commune a proposé de vendre l’église pour 1 euro symbolique à l’association locale. FAUX
L’association de sauvegarde de l’église Saint-Gault n’a jamais eu de proposition officielle de la commune. D’ailleurs, lorsqu’une commune souhaite vendre un bien, elle doit passer par une délibération du Conseil Municipal. Or visiblement, il n’y a aucune trace d’un quelconque projet de vente. Nous avons également cherché dans des articles de presse afin de savoir si cette option avait été évoquée officiellement, mais nous n’avons à ce jour rien trouvé.
5/ La commune a fait réaliser plusieurs études et devis. FAUX
À notre connaissance, la commune a fait réaliser un devis, sans même demander un phasage par tranches. Et en ce qui concerne les études de structures, aucune trace non plus.
Ce qui nous fait dire que le chiffre de 600.000 euros est très exagéré, d’autant plus que nous avons en notre possession des devis d’artisans locaux qui une fois additionnés, sont très loin de la somme annoncée par la municipalité, puisque pour la restauration complète, nous arrivons au maximum à 290.000 euros.
Sachant que la commune va dépenser 120.000 euros pour la démolition et la création de son « jardin du souvenir », ce montant pourrait largement couvrir les travaux d’urgence, puisque la restauration du clocher est chiffrée à 50.000 euros, et la vraie urgence est bien là.
Le reste des travaux pourraient sans problème se faire par tranche, à l’aide de diverses souscriptions, et à l’aide de subventions publiques, notamment grâce à La Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux (DETR)
Dernier point : puisque l’on nous accuse de mentir au sujet du « jardin du souvenir », je suis prête à accepter qu’effectivement, quand j’écris que l’église est détruite pour laisser place à un parking, c’est un peu exagéré.
J’aurai dû parler de « placette végétalisée » qui est la tendance du moment dans un grand nombre de commune. Mais on peut appeler cela comme on veut, il n’en reste pas moins que détruire une église pour un tel aménagement peut susciter interrogation et même indignation.
Je vous laisse juger.

En attendant, je souhaite que les choses s’apaisent un peu, car la situation risque de nuire fortement à la sauvegarde de cette pauvre église, qui espère juste un avenir différent que celui de finir en poussière.
Comme les travaux sont toujours à l’arrêt suite aux recours que nous avons déposé, nous gardons espoir, et espérons avoir une réponse du ministère de la Culture suite à notre demande de mise en instance de classement d’urgence de l’église Saint-Gault.
Si la réponse était favorable, nous aurions un an de répit pour trouver une solution alternative à la démolition, et peut-être, même si cela paraît difficile, rétablir le dialogue avec la municipalité pour le bien du patrimoine.
Enfin, contrairement à la commune de Quelaines-Saint-Gault, Urgences Patrimoine ne perçoit aucune subvention publique et compte sur votre soutien pour le financement de ses actions, en particulier, pour le financement des recours pour la sauvegarde de l’église Saint-Gault.
Merci à tous ceux qui ont fait un geste à l’annonce de l’arrêt du chantier de démolition dans notre mail envoyé mercredi, et merci à tous ceux qui le feront aujourd’hui, par le biais d’un petit don*, ou d’une adhésion.
Et surtout n’oubliez pas que : « le patrimoine ne peut pas lutter, ensemble, nous pouvons. »
Alexandra Sobczak-Romanski
Présidente d’Urgences Patrimoine »


