Le 6 février 2026, la cathédrale Saint Patrick de Manhattan accueillait la messe d’installation de Monseigneur Ronald Hicks comme 11e archevêque de New York. Cette célébration solennelle marque la prise de possession officielle du siège archiépiscopal et constitue un moment majeur pour l’Église locale.Dans les grandes métropoles américaines, la présence du maire à ce type d’événement relève généralement du respect institutionnel. À New York, l’archidiocèse affirme servir environ 2,5 millions de catholiques, et diverses études estiment qu’environ un tiers des habitants de la ville se déclarent catholiques. L’installation d’un archevêque dépasse donc le seul cadre interne de l’Église.Pourtant, le maire de New York, Zohran Mamdani, était absent.
Plusieurs médias locaux, dont le New York Post, ont souligné cette absence inhabituelle. La mairie a évoqué un conflit d’agenda et indiqué qu’un représentant municipal était présent. Le média amNewYork a rapporté qu’une rencontre ultérieure avec le nouvel archevêque était envisagée. The Good Newsroom a précisé que le maire avait adressé un message de félicitations.Mais au-delà de l’argument du calendrier, le contexte politique rend cette absence particulièrement significative.
Quelques jours auparavant, Zohran Mamdani a annoncé l’ouverture prochaine de deux nouveaux centres municipaux destinés aux jeunes de 16 à 25 ans, baptisés « Elevate You ». Ces structures doivent être implantées au sein de NYC Health + Hospitals/Woodhull et de NYC Health + Hospitals/Queens.Ces centres proposeront des services de santé primaire, de santé mentale et ce que la communication officielle appelle des « reproductive care », expression que l’on peut traduire par « soins de santé reproductive », incluant explicitement l’avortement.
Des médias américains ont présenté cette initiative sous un angle nettement plus critique. Le site LifeNews a titré : « NYC Mayor Zohran Mamdani Will Open New Centers to Kill Babies in Abortions » : « Le maire de New York Zohran Mamdani ouvrira de nouveaux centres pour tuer des bébés par l’avortement ».L’article affirme que ces centres faciliteraient » la mise à mort d’enfants à naître », sous couvert de fournir des soins aux jeunes. Les critiques pro-vie estiment que l’intégration de l’avortement dans des structures destinées à la jeunesse banalise la suppression de la vie humaine avant la naissance au lieu de soutenir les mères et de promouvoir des alternatives.
Durant sa campagne, Zohran Mamdani s’était engagé à protéger les New-Yorkais des centres pro-vie d’aide à la grossesse qu’il accuse de diffuser des informations « fausses ou trompeuses ». Il a également promis de renforcer les financements municipaux en faveur de l’accès à l’avortement.Dans ce climat, l’absence du maire à l’installation d’un archevêque catholique prend une résonance particulière. L’Église catholique affirme de manière constante la défense de la vie humaine dès la conception. La doctrine catholique est claire et ne laisse aucune ambiguïté sur le rejet de l’avortement.Il est légitime de se demander si Zohran Mamdani, promoteur assumé d’un accès élargi à l’avortement financé en partie par des fonds publics, n’a pas préféré éviter un moment où le contraste entre son programme politique et l’enseignement moral de l’Église aurait été particulièrement visible. Certains observateurs estiment que son absence évite une image symboliquement forte, celle d’un maire ouvrant de nouveaux centres pratiquant des avortements quelques jours avant de s’asseoir au premier rang d’une cathédrale où l’on proclame la dignité de toute vie humaine.
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De nombreux commentaires, notamment sur les réseaux sociaux, sont allés plus loin. Plusieurs intervenants ont souligné que le maire est de confession musulmane et ont avancé l’hypothèse qu’il n’aurait pas souhaité participer à une cérémonie catholique dans une église. Pour ces critiques, l’argument d’un simple conflit d’agenda paraît insuffisant et peu convaincant. Ils estiment qu’un maire d’une métropole pluraliste a le devoir de représenter tous ses administrés, indépendamment de sa foi personnelle.Certains y voient une forme de distance assumée vis-à-vis de l’institution catholique, voire un malaise à apparaître publiquement dans un lieu de culte chrétien à un moment où ses choix politiques, notamment en matière d’avortement, sont en opposition frontale avec l’enseignement de l’Église.
L’absence ne serait pas neutre, mais révélatrice d’un positionnement idéologique et religieux qui tranche avec la tradition de représentation interreligieuse observée par nombre de responsables municipaux avant lui.
Le débat a également été alimenté par une publication du maire de Panama City, Mayer Mizrachi, qui a écrit : « I’m Jewish and Mayor of Panama City and I make it a non-negotiable to participate in Catholic and Christian events. » :« Je suis juif et maire de Panama City, et je considère comme non négociable le fait de participer aux événements catholiques et chrétiens. »Cette déclaration a été interprétée par de nombreux internautes comme un rappel que la fonction municipale implique un devoir de représentation et de respect institutionnel, indépendamment des convictions personnelles.
Au-delà d’un simple problème d’agenda, l’épisode met en lumière une tension plus profonde. D’un côté, une administration municipale qui fait de l’expansion de l’accès à l’avortement un axe politique affirmé. De l’autre, une Église catholique qui défend publiquement la vie humaine à naître.L’absence du maire à la messe d’installation de Ronald Hicks peut ainsi être perçue non comme un incident protocolaire isolé, mais comme le symptôme d’un éloignement croissant entre l’Hôtel de Ville et une part significative de la population new-yorkaise attachée à la défense de la vie.Reste à savoir si la rencontre annoncée entre le maire et le nouvel archevêque permettra d’apaiser ces tensions, ou si cet épisode marque le début d’une relation plus conflictuelle entre la municipalité et l’Église catholique de New York.


