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François Villeroy de Galhau quitte la Banque de France pour présider les Apprentis d’Auteuil, entre héritage spirituel et interrogations contemporaines

François Villeroy de Galhau - Photo wikipedia
François Villeroy de Galhau - Photo wikipedia
En prenant la tête de la fondation, François Villeroy de Galhau hérite d’une institution marquée par la spiritualité de sainte Thérèse de Lisieux, mais aussi traversée par des interrogations sur une laïcisation accélérée

Le lundi 9 février, François Villeroy de Galhau a annoncé sa démission de son poste de gouverneur de la Banque de France. Il quittera ses fonctions le 1er juin 2026, après plus de dix années passées à la tête de l’institution monétaire.Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a salué « l’engagement et le sens du service » du gouverneur. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a évoqué « onze années de service loyal et dévoué au bien commun de la France et de l’Europe ».À 67 ans, il s’apprête à prendre la présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil, succédant à Jean-Marc Sauvé, dont le mandat, renouvelé en 2022, aura marqué une étape importante dans la gouvernance et le développement institutionnel de la fondation.

François Villeroy de Galhau, né le 24 février 1959 à Strasbourg, est issu d’une famille d’ancienne bourgeoisie lorraine et suit un parcours académique d’excellence. Ancien élève du lycée Saint-Louis-de-Gonzague, il intègre l’École polytechnique (promotion 1978), puis l’École nationale d’administration (promotion Louise-Michel, 1984), dont il sort inspecteur des finances. Il débute à la direction du Trésor avant de devenir conseiller auprès du ministre des Finances puis du Premier ministre Pierre Bérégovoy.

Sous le gouvernement Jospin, il est directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn puis de Christian Sautter, avant d’être nommé directeur général des Impôts de 2000 à 2003. Il rejoint ensuite le secteur privé comme président-directeur général de Cetelem, puis dirige la banque de détail de BNP Paribas en France avant de devenir directeur général délégué du groupe.

Nommé gouverneur de la Banque de France en novembre 2015, reconduit en 2021, il préside également l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et, depuis 2022, le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Marié à Florence Gilbert de Vautibault, il est père de cinq enfants. Ce père de famille nombreuse, habitué aux responsabilités publiques comme privées, revendique régulièrement l’importance de l’engagement et du sens du service, dimensions qui marquent à la fois son parcours professionnel et sa vie personnelle.

L’arrivée de François Villeroy de Galhau intervient dans une institution dont l’histoire est profondément enracinée dans la foi catholique.En mars 1866, l’abbé Louis Roussel fonde l’œuvre de la Première Communion au 40 rue Jean-de-la-Fontaine. L’association devient en 1871 les Orphelins Apprentis d’Auteuil. Les jeunes accueillis sont alors appelés les « petits Jésus », signe d’une spiritualité incarnée et assumée.En 1923, l’archevêque de Paris confie l’institution à la congrégation du Saint-Esprit. Le père Daniel Brottier, missionnaire au Sénégal et aumônier militaire de la Grande Guerre, en prend la direction. Il place l’œuvre sous le patronage de sainte Thérèse de Lisieux, convaincu de lui devoir sa protection.

La chapelle Sainte-Thérèse, inaugurée en 1925, est le premier sanctuaire dédié à la carmélite après sa béatification.Au cœur du 40 rue Jean-de-la-Fontaine, dans le 16e arrondissement de Paris, la chapelle Sainte-Thérèse rappelle donc que les Apprentis d’Auteuil sont nés d’un élan explicitement chrétien.

Elle conserve plusieurs de ses reliques et abrite la tombe du père Brottier, béatifié en 1984 par Jean-Paul II. Jusqu’aux années 1970, les Apprentis d’Auteuil reposent ainsi sur un socle spirituel solide porté par des prêtres, des hommes de Dieu qui ne séparent pas action éducative et proclamation du Christ.

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À partir des années 1970 s’ouvre l’ère des laïcs. La gouvernance sacerdotale laisse place à une direction principalement civile. En 2018, Jean-Marc Sauvé prend la présidence du conseil d’administration.Durant son mandat, l’on a eu l’impression d’assister à une laïcisation accélérée de l’institution. Officiellement, la fondation continue de se présenter comme « œuvre d’Église catholique et fondation reconnue d’utilité publique ». Mais dans les rapports d’activité et les communications publiques, la dimension explicitement christique apparaît plus discrète.La spiritualité est évoquée sous l’angle de la « découverte des grandes religions », de la quête d’intériorité ou du « penser et agir ensemble ». Les références directes aux Évangiles et à Jésus-Christ se font rares. La priorité donnée aux dispositifs financés par des fonds publics et européens, qui représentent plus de la moitié des ressources, nourrit également le sentiment d’un repositionnement stratégique.

Cette impression s’est cristallisée lors de certaines communications de Noël. À l’approche du 25 décembre , des observateurs ont relevé l’absence de référence explicite à la Nativité dans les publications et sur le site internet, remplacée par des messages de fraternité et des images festives. Pour les critiques, célébrer Noël sans mentionner la venue du Sauveur revient à réduire la fête à un simple événement matériel. La fraternité et la solidarité, privées de leur ancrage dans le Christ, ne seraient alors que des valeurs horizontales, déconnectées de la source qui leur donne sens.L’argument est théologique autant que symbolique : Noël n’est pas seulement une occasion de partager un repas ou d’organiser un temps festif. Il est la célébration de l’Incarnation. Sans la Nativité, la charité devient une compassion stérile, qui remplit les ventres mais laisse les âmes en marge.

D’autres voix estiment cependant que l’évolution est inévitable dans une société pluraliste et que l’accueil de jeunes de toutes confessions suppose un langage commun. Elles rappellent que l’œuvre demeure associée à la congrégation du Saint-Esprit et qu’une animation pastorale existe toujours.La question demeure posée : d’où une institution née d’un acte de foi tire-t-elle aujourd’hui sa légitimité spirituelle ? Peut-elle assumer pleinement ses racines chrétiennes tout en répondant aux exigences d’une gouvernance moderne et d’un financement largement public ? En prenant la tête des Apprentis d’Auteuil, François Villeroy de Galhau hérite de cette tension. Entre fidélité au testament spirituel des fondateurs et adaptation aux réalités contemporaines, la voie est étroite.Au cœur d’Auteuil, la chapelle Sainte-Thérèse reste le signe visible de l’origine de l’œuvre. Elle rappelle que les Apprentis d’Auteuil ne sont pas nés d’un simple projet social, mais d’une conviction : servir les plus fragiles au nom du Christ.

Beaucoup espèrent désormais que ce polytechnicien de haut niveau saura réinsuffler une dimension spirituelle et religieuse que nombre d’observateurs jugent affadie au cours des dernières années, et que la stature de ce haut fonctionnaire permettra de faire coexister la gestion au service du bien commun et un témoignage chrétien plus explicite.C’est à cette source que beaucoup continueront de mesurer l’authenticité de son engagement.

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