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[ Diocèse de Sées ]Dans l’Orne, des « prêtres au service » devenus serveurs pour la Saint Valentin ?

Presbytère de Saint-Jean-Eudes - image google Street
Presbytère de Saint-Jean-Eudes - image google Street
Des prêtres en serveurs sous des cœurs en papier, un martyr du IIIe siècle réduit à un prétexte romantique, et le sacerdoce transformé en animation conviviale ...

Selon un article Ouest-France daté du 9 février 2026, la paroisse Saint-Jean-Eudes dans l’orne organise, le 14 février, un dîner de Saint-Valentin « romantique », servi par les prêtres eux-mêmes, dans une décoration « avec des cœurs », avec « à chaque plat une animation rigolote ».L’information pourrait prêter à sourire si elle ne révélait pas, une fois encore, une confusion plus profonde.

Saint Valentin, prêtre ou évêque du IIIe siècle selon les traditions, fut martyrisé à Rome sous l’empereur Claude II. Il aurait soutenu et béni des couples chrétiens malgré les interdictions impériales, et aurait payé de sa vie sa fidélité au Christ. Il est mort pour la foi. Les sources les plus anciennes, notamment le Martyrologe hiéronymien et le Sacramentaire gélasien, attestent sa mémoire au 14 février et situent sa sépulture sur la via Flaminia à Rome.Fêter saint Valentin pourrait être l’occasion d’un enseignement solide sur le mariage chrétien, sur son indissolubilité, sur la fidélité, sur la grâce sacramentelle. Une bénédiction des couples, une prière, un rappel de la vocation à la sainteté conjugale seraient pleinement cohérents.Mais ici, le registre choisi est celui d’une soirée « romantique », « ludique », avec « des animations et des jeux entre les plats.« 

Rappelons que le Christ a parlé du service. Mais le service sacerdotal n’est pas d’abord logistique ou festif. Le prêtre est alter Christus, configuré au Christ pour offrir le sacrifice eucharistique, enseigner, sanctifier et gouverner.Comme l’a encore rappelé le pape Léon XIV dans sa lettre au diocèse de Madrid du lundi 9 février 2026, le ministère sacerdotal ne peut être réduit à une fonction d’animation. Le service demandé par le Christ ne consiste pas à jouer les animateurs sous des guirlandes de cœurs, mais à conduire les âmes au salut.Le pape affirme qu’il ne s’agit pas « d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité que nous avons reçue », mais de « proposer à nouveau, avec une intensité renouvelée, le sacerdoce dans son noyau le plus authentique, être alter Christus ».Servir un repas peut être un geste humble. Mais intégré dans une mise en scène qui emprunte les codes d’une fete 100% commerciale c’est autre chose..; on est en pleine confusion.

« Une question d’interprétation » ?

Nous avons joint la responsable de la communication du Diocèse de Sées. Celle-ci a tenu à relativiser les critiques, affirmant que « la richesse de l’Église passe par cela aussi, c’est une question d’interprétation ». Elle évoque, par la voix de Violaine d’Allières, « une soirée conviviale qui est tout à fait à sa place », qualifiée tour à tour de « romantique » puis de « ludique ».Sur le lieu même, elle insiste : il ne s’agirait pas vraiment du presbytère, mais d’une « maison paroissiale ». l’acceuil de l’église Saint-Jean-Eudes nous a pourtant précisé que la « soiree rigolote  » serait organisée au presbytère..Là encore, « une question de perception ».Tout serait donc affaire de regard.

Mais précisément, en matière ecclésiale, la perception n’est pas secondaire. Les signes parlent. Les lieux parlent. Les prêtres qui servent à table sous des cœurs décoratifs parlent. Et ce qu’ils disent engage la compréhension même du sacerdoce.Nous avons demandé à être rappelé par le Père Pierre-Yves Émile, à l’initiative de la soirée. À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous n’avons reçu aucune réponse. L’échange avec la responsable de la communication s’est conclu de manière abrupte, celle-ci mettant fin à la conversation brutalement. Une manière de clore le débat qui ne dissipe pas le malaise.Disons que si cette soirée était explicitement centrée sur la figure du martyr saint Valentin, avec un contenu spirituel clair et engageant spirituellement , le curé pourrait véritablement apparaître comme un « serviteur utile » au sens évangélique.Mais mêler la figure d’un martyr à des codes festifs empruntés à une Saint-Valentin devenue produit de consommation, c’est courir le risque de banaliser le sacré et le sacerdoce. Ce n’est pas seulement transformer des prêtres en animateurs de soirée. C’est affaiblir la substance théologique d’une fête chrétienne en l’alignant sur l’imaginaire ambiant.

Toujours plus près du monde, pour toujours plus plaire au monde. La question demeure, grave et légitime : à force d’adopter ses codes, l’Église ne risque-t-elle pas d’oublier qu’elle n’est pas appelée à séduire le monde, mais à le convertir ?

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