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Quand la foi entre en Bourse : la Banque du Vatican lance deux indices fondés sur la doctrine sociale de l’Église

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La Banque du Vatican propose une approche explicitement enracinée dans la doctrine sociale de l’Église, héritière notamment de Rerum Novarum et développée par le magistère au fil des pontificats

Ce mardi 10 février 2026, au Vatican, l’Institut pour les Œuvres de Religion a annoncé le lancement de deux nouveaux indices boursiers, l’un consacré aux États-Unis, l’autre à la zone euro. Conçus selon des critères inspirés de la doctrine sociale de l’Église, ces indices entendent offrir aux investisseurs une alternative clairement enracinée dans une vision morale stable, alors que les approches dominantes d’investissement responsable, souvent regroupées sous l’acronyme ESG (environnement, social, gouvernance), traversent une période de remise en question et de sorties de capitaux.

L’institution, qui gère des actifs pour le compte du Saint-Siège et de nombreuses réalités ecclésiales à travers le monde, entend ainsi articuler plus explicitement foi et responsabilité économique.

Les deux indices comprennent chacun cinquante entreprises de moyenne et grande capitalisation. L’indice américain intègre notamment des acteurs majeurs du marché comme Meta Platforms et Amazon. Du côté européen, l’indice de la zone euro compte parmi ses principales positions ASML et Deutsche Telekom. La présence de ces groupes internationaux montre que la démarche ne consiste pas à se retirer du monde économique contemporain, mais à y exercer un discernement éthique précis.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis plus d’une décennie, une grande partie de l’investissement dit responsable s’organise autour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ces critères visent à évaluer l’impact écologique des entreprises, leurs pratiques sociales et la qualité de leur gouvernance interne. Toutefois, ces dernières années, ces approches ont suscité des critiques croissantes, tant pour l’hétérogénéité de leurs méthodes que pour l’ambiguïté de certains critères sociaux. Plusieurs fonds ESG ont enregistré des sorties de capitaux, signe d’un débat plus large sur la finalité réelle de cette finance dite durable.

Face à ces interrogations, la Banque du Vatican propose une approche explicitement enracinée dans la doctrine sociale de l’Église, héritière notamment de Rerum Novarum et développée par le magistère au fil des pontificats.

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Rerum Novarum est une encyclique promulguée le 15 mai 1891 par le Leo XIII. Considérée comme le texte fondateur de la doctrine sociale moderne de l’Église, elle traite de la condition des ouvriers à l’époque de la révolution industrielle.Face aux tensions sociales croissantes, au développement du capitalisme industriel et à la montée du socialisme, Léon XIII propose une voie proprement chrétienne. Il défend à la fois le droit à la propriété privée, contre les thèses socialistes, et la dignité des travailleurs, en affirmant leur droit à un salaire juste, à des conditions de travail humaines et à la formation d’associations professionnelles.

Rerum Novarum pose ainsi les principes essentiels de la pensée sociale catholique, la dignité de la personne, la primauté du bien commun, la justice dans les relations économiques et le rôle modérateur de l’État. Ce texte demeure aujourd’hui une référence majeure pour comprendre la position de l’Église sur les questions sociales et économiques.Il ne s’agit pas simplement d’intégrer des considérations environnementales ou sociales au sens large, mais de se référer à une vision cohérente de la dignité humaine, du respect de la vie, du bien commun et de la subsidiarité.

Dans cette perspective, l’investissement n’est pas moralement neutre, il engage la responsabilité de celui qui place son capital et participe indirectement aux activités qu’il finance.

Il convient de rappeler que l’investissement inspiré par des valeurs catholiques n’est pas entièrement nouveau. Il existe déjà des produits financiers structurés autour de ces principes, notamment un fonds indiciel coté répliquant le S&P 500 Catholic Values Index, lui-même fondé sur le S&P 500. Toutefois, l’entrée officielle de l’Institut pour les Œuvres de Religion dans ce domaine confère à cette démarche une portée symbolique et institutionnelle particulière.En lançant ces deux indices, la Banque du Vatican affirme qu’il est possible de rechercher un rendement financier sans dissocier l’économie de l’éthique. Dans un monde où les marchés semblent souvent guidés par la seule logique du profit, cette initiative rappelle que la finance, elle aussi, relève d’un ordre moral. Pour l’investisseur catholique, la question n’est pas seulement de savoir combien rapporte un placement, mais ce qu’il soutient concrètement. À cet égard, le 10 février 2026 pourrait bien apparaître, avec le recul, comme une date importante dans la volonté de l’Église d’encourager une économie au service de la personne humaine et orientée vers le bien commun.

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