Au-delà du symbole diplomatique, cette visite prendrait place dans un État où la religion catholique n’est pas seulement un héritage culturel, mais un principe constitutionnel structurant et un élément déterminant de l’identité nationale.Le 10 février 2026 , le Bureau de presse du Saint-Siège a indiqué que le pape Léon XIV « pourrait devenir le premier pontife en temps modernes à visiter Monaco ». Le voyage, actuellement à l’étude, aurait lieu à la fin du mois de mars et prendrait la forme d’un déplacement d’une seule journée. Aucune date précise ni programme détaillé n’ont encore été publiés.S’il est confirmé, ce déplacement constituerait le second voyage international du pontificat de Léon XIV, après son voyage apostolique en Turquie et au Liban du 27 novembre au 2 décembre derniers.
L’origine de cette possible visite remonte au 17 janvier 2026. Ce jour-là, le prince Albert II de Monaco a été reçu en audience privée par le pape dans la bibliothèque du palais apostolique. Les échanges ont porté sur plusieurs dossiers internationaux, notamment le respect de la vie, la protection de la famille, la dignité humaine, la paix et la sauvegarde de l’environnement, domaines dans lesquels la Principauté et le Saint-Siège ont régulièrement exprimé des positions convergentes.Au cours de cette audience, le prince Albert II a officiellement invité le pape à se rendre à Monaco. Il lui a offert une édition des Confessions de saint Augustin, datant de la fin du IVe siècle, ayant appartenu à Alfred de Vigny et annotée de sa main. Le pape a offert en retour un bas-relief inspiré de l’icône attribuée à saint Luc représentant Notre-Dame du Perpétuel Secours.La délégation monégasque comprenait notamment Lionel Beffre, ministre de l’Intérieur, ainsi que Philippe Orengo, ambassadeur de la Principauté près le Saint-Siège. La visite s’est poursuivie par un entretien avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État, puis par une réunion de travail avec Mgr Paul Richard Gallagher, chargé des relations avec les États et les organisations internationales, afin d’approfondir le dialogue bilatéral.
Pour comprendre la portée d’un tel déplacement, il faut rappeler la singularité religieuse de Monaco. L’article 9 de la Constitution dispose explicitement que « la religion catholique, apostolique et romaine est la religion d’État ». Cette mention n’est pas symbolique. Elle s’inscrit dans une continuité historique ancienne et fonde un cadre institutionnel particulier.
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La tradition rapporte que les reliques de sainte Dévote, martyre corse du début du IVe siècle, auraient abordé les rivages monégasques. Dès le XIe siècle, l’église Sainte-Dévote apparaît dans les sources historiques, attestant d’une communauté chrétienne organisée. Avant même l’installation définitive des Grimaldi, la présence chrétienne structure déjà la vie du territoire.Au XIIIe siècle, Monaco devient un bastion guelfe fidèle au pape dans le contexte des affrontements entre partisans du Saint-Siège et de l’Empire. En 1247, le pape Innocent IV autorise l’érection d’une chapelle sur le Rocher. En 1297, François Grimaldi s’empare de la forteresse, selon la tradition vêtu d’un habit franciscain, épisode devenu emblématique de l’enracinement religieux de la dynastie.Durant le Moyen Âge, les souverains entretiennent des relations suivies avec Rome, accueillent des légats pontificaux et participent aux grandes dynamiques religieuses de leur temps. À la Renaissance, les princes multiplient les pèlerinages à Rome et soutiennent les œuvres religieuses locales. Après les bouleversements révolutionnaires, une étape majeure est franchie en 1868 avec la création du diocèse de Monaco par le pape Pie IX. En 1981, celui-ci est élevé au rang d’archidiocèse immédiatement soumis au Saint-Siège, ce qui signifie qu’il ne dépend d’aucune province ecclésiastique régionale.
Aujourd’hui encore, la dimension religieuse structure la vie publique
Chaque 19 novembre, la fête nationale débute par une messe solennelle d’action de grâce en la cathédrale Notre-Dame-Immaculée, en présence du prince Albert II, de la famille princière et des autorités civiles et militaires. Le Te Deum y est chanté et une prière est dite pour le souverain. Cette liturgie ne constitue pas un simple élément protocolaire, elle exprime publiquement la reconnaissance nationale et l’unité autour de la dynastie.La Principauté compte une cathédrale, plusieurs églises et chapelles, ainsi qu’un réseau d’établissements catholiques, dont l’Institution François d’Assise – Nicolas Barré. Les traditions populaires, comme l’embrasement de la barque de sainte Dévote, les célébrations de la Saint-Jean ou les pèlerinages à Laghet, témoignent d’une foi enracinée dans la vie collective.
Cette cohérence institutionnelle s’est encore manifestée en 2025 lors du débat sur l’interruption volontaire de grossesse. Le 21 mai 2025, le Conseil national avait adopté, par dix-neuf voix contre deux, une proposition visant à légaliser l’IVG jusqu’à douze semaines, jusqu’à seize semaines en cas de viol, et à abaisser de dix-huit à quinze ans l’âge du consentement parental. Cette évolution aurait marqué un changement notable dans un pays où l’avortement demeure interdit sauf en cas de viol, de malformation grave du fœtus ou de danger vital pour la mère.Le 18 novembre 2025, dans un entretien accordé à Monaco Matin, le prince Albert II a annoncé qu’il ne serait pas donné suite à cette proposition. Il a précisé comprendre la complexité du sujet, tout en rappelant que le cadre existant correspond aux spécificités culturelles et religieuses de la Principauté, « au regard de la place qu’occupe la religion catholique dans notre pays ». Il a également indiqué que le ministre d’État présenterait des mesures d’accompagnement pour soutenir les femmes confrontées à des situations difficiles.
L’archevêque de Monaco, Monseigneur Dominique Marie David, avait auparavant exprimé ses inquiétudes, évoquant un changement profond de société. Il déclarait notamment que « sans le catholicisme, la Principauté ne possède plus tout son ADN ». Depuis 2009, l’IVG est autorisée dans les cas les plus graves, et la dépénalisation votée en 2019 protège les patientes contre d’éventuelles poursuites. Pour un avortement de convenance, les femmes se rendent généralement en France, notamment à Nice.Dans un paysage européen marqué par une libéralisation progressive de la législation sur l’avortement, Monaco a ainsi maintenu un cadre juridique cohérent avec son identité constitutionnelle.
C’est dans cette continuité historique, institutionnelle et morale qu’il faut situer la possible venue de Léon XIV. Une visite pontificale à Monaco ne serait pas seulement un événement diplomatique. Elle s’inscrirait dans une relation ancienne et directe entre la Principauté et le Saint-Siège, fondée sur une fidélité déclarée et assumée.
La confirmation officielle du programme est désormais attendue.


