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Léon XIV : « Nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d’entre elles sont vides ! »

Le pape Léon XIV- DR
Le pape Léon XIV- DR
Dans un monde saturé de messages, le Pape a mis en garde contre la vacuité des idéologies et des slogans sans épaisseur, rappelant que seule la Parole de Dieu peut répondre à la soif profonde de l’homme et éclairer sa destinée ultime ( audience du 11 février 2026)

Lors de l’audience générale de ce mercredi 11 février, Léon XIV a poursuivi son cycle de catéchèses consacré à la constitution conciliaire Dei Verbum, proposant une méditation structurée sur la nature, la mission et la fécondité de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église.D’emblée, le Pape a posé un constat qui dépasse la simple observation sociologique : « Nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d’entre elles sont vides ! » Cette parole situe le problème au niveau spirituel. La prolifération des discours ne garantit ni vérité ni salut. L’inflation verbale de notre époque peut produire une saturation, mais non une lumière. Il ne suffit pas de parler pour révéler. Seule la Parole qui vient de Dieu porte en elle une densité ontologique capable de transformer l’existence.

Le Saint-Père précise : « Parfois nous écoutons aussi des paroles sages, qui cependant ne touchent pas notre destinée ultime. » Ici, la perspective devient explicitement eschatologique. La sagesse humaine peut orienter l’action morale ou la réflexion philosophique, mais elle demeure impuissante à répondre pleinement à la question du salut. La « destinée ultime » de l’homme, sa vocation à la communion éternelle avec Dieu, exige une révélation qui dépasse l’ordre naturel.

C’est pourquoi Léon XIV affirme : « La Parole de Dieu, en revanche, vient à la rencontre de notre soif de sens, de vérité sur notre vie. C’est l’unique Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d’offrir ses richesses. » Cette nouveauté n’est pas celle d’un contenu changeant, mais celle d’un mystère infini. Parce que Dieu dépasse toute compréhension créée, sa Parole demeure toujours actuelle, toujours capable d’éclairer des situations nouvelles sans se contredire. Elle est stable dans son contenu, inépuisable dans sa profondeur.Le Pape a ensuite souligné : « La Sainte Écriture, confiée à l’Église et par elle gardée et expliquée, joue un rôle actif : par son efficacité et sa puissance, elle donne soutien et vigueur à la communauté chrétienne. » Cette affirmation situe l’Écriture dans l’organisme vivant de l’Église. La Bible n’est pas un document autonome livré à des lectures fragmentaires, elle est confiée à une communauté qui la reçoit, la garde et l’interprète.« L’Église ne cesse jamais de réfléchir sur la valeur des Saintes Écritures », a-t-il encore déclaré, rappelant « le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l’Église ». Ce lien n’est pas simplement disciplinaire, il est théologique. L’Église naît de la Parole et la Parole édifie l’Église. Il existe une circularité vitale : la communauté ecclésiale transmet l’Écriture, et l’Écriture construit la communauté.

Dans cette perspective, Léon XIV a précisé : « Dans la communauté ecclésiale, l’Écriture trouve le cadre dans lequel accomplir sa tâche propre et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. » Le but de la Bible n’est pas d’abord l’érudition, mais la révélation du Christ. Toute lecture authentiquement ecclésiale est christocentrique.En citant saint Jérôme, le Pape a rappelé une formule devenue classique : « L’ignorance de l’Écriture est ignorance du Christ. » Cette affirmation concentre l’enjeu de toute la catéchèse. Si le Christ est le centre et l’accomplissement des Écritures, alors s’éloigner de la Parole revient à s’éloigner de Lui.Léon XIV l’a exprimé avec clarté : « En vivant dans l’Église, on apprend que la Sainte Écriture est totalement relative à Jésus Christ, et l’on fait l’expérience que telle est la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. » L’expression « totalement relative » doit être comprise dans son sens théologique fort : toute l’Écriture est ordonnée au Christ, elle converge vers Lui, elle reçoit de Lui sa cohérence ultime.Cette christologie biblique trouve son sommet dans cette déclaration : « Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. » L’Écriture n’est pas une fin en soi, elle conduit à la Personne du Verbe incarné. « Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence qui sauve, pour chacun de nous et pour l’humanité entière. » La dimension universelle du salut est ici explicitement affirmée.

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Le Saint Père a également développé une théologie du dialogue : « Connaître le Christ et, à travers lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. » Il a rappelé que Dei Verbum présente la Révélation « comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis ».

Cette perspective met en lumière la dimension personnelle de la foi. La Révélation n’est pas seulement transmission de vérités, elle est initiative d’amour. Dieu parle pour entrer en communion. « Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous. » La lecture priante devient ainsi lieu d’expérience vivante, enracinée dans la Tradition et nourrie par la liturgie.Léon XIV a enfin rappelé : « Tous les fidèles sont appelés à s’abreuver à cette source, avant tout dans la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements. » L’Écriture proclamée dans la liturgie n’est pas un simple préambule, elle prépare et accompagne la rencontre sacramentelle avec le Christ.« Ce que l’Église désire ardemment, c’est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et nourrir son chemin de foi », a-t-il ajouté. Mais cette nourriture intérieure ne conduit pas au repli. « La Parole de Dieu pousse aussi l’Église au-delà d’elle-même, elle l’ouvre continuellement à la mission envers tous. »

Ainsi, la catéchèse du 11 février offre une synthèse cohérente : la Parole révèle le Christ, fonde l’Église, nourrit la vie sacramentelle et ouvre à la mission. Face aux paroles humaines souvent fragiles, demeure cette certitude : seule la Parole vivante du Père, incarnée en Jésus Christ, est capable d’atteindre la destinée ultime de l’homme et de le conduire au dialogue salvifique avec Dieu.

Catéchèse. Les documents du Concile Vatican II. Constitution dogmatique Dei Verbum. 5. La Parole de Dieu dans la vie de l’Église

« Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous nous arrêterons sur le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l’Église, lien exprimé par la Constitution conciliaire Dei Verbum, au chapitre six. L’Église est le lieu propre de la Sainte Écriture. Sous l’inspiration de l’Esprit Saint, la Bible est née du peuple de Dieu et elle est destinée au peuple de Dieu. Dans la communauté chrétienne, elle a, pour ainsi dire, son habitat : dans la vie et dans la foi de l’Église, elle trouve en effet l’espace où révéler sa signification et manifester sa force.

Le Concile Vatican II rappelle que « l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle l’a fait pour le Corps même du Seigneur, ne manquant jamais, surtout dans la sainte liturgie, de se nourrir du pain de vie à la table tant de la Parole de Dieu que du Corps du Christ et de le présenter aux fidèles ». En outre, « avec la Sainte Tradition, elle les a toujours considérées et les considère comme la règle suprême de sa foi » (Dei Verbum, 21).

L’Église ne cesse jamais de réfléchir à la valeur des Saintes Écritures. Après le Concile, un moment très important à cet égard fut l’Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église », en octobre 2008. Le pape Benoît XVI en a recueilli le fruit dans l’Exhortation post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), où il affirme : « Le lien intrinsèque entre Parole et foi met en lumière que l’herméneutique authentique de la Bible ne peut être que dans la foi ecclésiale, qui a dans le “oui” de Marie son paradigme. […] Le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église » (n. 29).

Dans la communauté ecclésiale, l’Écriture trouve donc l’espace où accomplir sa tâche propre et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. « L’ignorance de l’Écriture, en effet, est ignorance du Christ ». Cette célèbre expression de saint Jérôme nous rappelle le but ultime de la lecture et de la méditation de l’Écriture : connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. La Constitution Dei Verbum nous a d’ailleurs présenté la Révélation précisément comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis (cf. DV, 2). Cela se réalise lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous.

La Sainte Écriture, confiée à l’Église et par elle gardée et expliquée, joue un rôle actif : en effet, par son efficacité et sa puissance, elle soutient et fortifie la communauté chrétienne. Tous les fidèles sont appelés à s’abreuver à cette source, avant tout dans la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements. L’amour des Saintes Écritures et la familiarité avec elles doivent guider ceux qui exercent le ministère de la Parole : évêques, prêtres, diacres, catéchistes. Précieux est le travail des exégètes et de ceux qui pratiquent les sciences bibliques ; centrale est la place de l’Écriture pour la théologie, qui trouve dans la Parole de Dieu son fondement et son âme.

Ce que l’Église désire ardemment, c’est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et nourrir son chemin de foi. Mais la Parole de Dieu pousse l’Église aussi au-delà d’elle-même, elle l’ouvre constamment à la mission vers tous. En effet, nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien sont vides ! Il nous arrive d’entendre aussi des paroles sages, qui pourtant ne touchent pas notre destinée ultime. La Parole de Dieu, en revanche, vient à la rencontre de notre soif de sens, de vérité sur notre vie. Elle est la seule Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d’offrir ses richesses.

Très chers, en vivant dans l’Église, on apprend que la Sainte Écriture est totalement relative à Jésus-Christ, et l’on fait l’expérience que c’est là la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence qui sauve, pour chacun de nous et pour l’humanité entière. Ouvrons donc notre cœur et notre esprit pour accueillir ce don, à l’école de Marie, Mère de l’Église. »

Source Vatican

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