À l’approche de l’examen par l’Assemblée nationale, à partir du 16 février, de la proposition de loi n° 2401 relative au droit à l’aide à mourir, le Conseil national de l’Ordre des médecins a pris l’initiative d’écrire aux députés. Le courrier, daté du 10 février 2026, est signé par le professeur Stéphane Oustric, président du Conseil national, et par le docteur Christine Louis-Vahdat, présidente de la section Éthique et Déontologie. Le message est clair. À travers cette lettre, l’Ordre interpelle directement les parlementaires sur les conséquences profondes d’un tel texte pour la nature même de l’acte médical.
Le Conseil réaffirme « l’absolue nécessité d’un accès effectif à des soins palliatifs de qualité, pour tous et sur tout le territoire ». Avant d’ouvrir un nouveau droit, l’institution souligne qu’il est indispensable d’assurer pleinement ce qui relève déjà du devoir collectif : soulager, accompagner, entourer.Le courrier précise la mission du médecin :
« accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments, assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage. Il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort ».
Cette phrase constitue le cœur de la position ordinale. Elle rappelle que la vocation du médecin est de soigner et de soulager, jamais de donner la mort.Le texte est explicite. Si les travaux législatifs devaient aboutir à l’adoption d’un droit à l’aide à mourir, l’Ordre « maintient être défavorable à l’administration d’un produit létal par un médecin ». Confier au médecin un geste destiné à provoquer la mort reviendrait à modifier en profondeur son rôle et à brouiller la frontière entre soin et suppression de la vie.
Rappelons qu’il y a un mois, dans une tribune solennelle intitulée « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », les évêques du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France ont averti que « légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social » et ont dénoncé « l’instrumentalisation de notions essentielles telles que la dignité, la liberté ou la fraternité ». Ils ont également rappelé avec force que « la dignité d’une personne humaine n’est pas variable » et que « on ne prend pas soin de la vie en donnant la mort ».On note donc que, sur des registres différents, médical pour les uns, moral et religieux pour les autres, le constat converge : une telle loi introduirait une rupture éthique majeure.
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Par ailleurs, le conseil rappelle également son opposition « à toute possibilité de mettre en place une procédure d’assistance à mourir pour les mineurs et les personnes hors d’état de manifester leur volonté ».Cette vigilance rejoint l’inquiétude exprimée par les évêques sur les pressions invisibles qui peuvent peser sur les plus fragiles. La liberté invoquée dans le débat ne peut être pensée indépendamment de la souffrance, de la peur ou du sentiment d’être un poids.
Enfin, le courrier insiste sur la nécessité d’inscrire dans la future loi « une clause de conscience spécifique, garante de son indépendance », que le médecin pourra faire valoir à toute étape de la procédure. Protéger la conscience des soignants, c’est protéger l’éthique même du soin.
Le débat parlementaire qui s’ouvre lundi prochain engage donc bien davantage qu’une réforme technique. Il touche à la définition du soin, à la compréhension de la dignité humaine et à la nature du pacte social.Si l’Ordre des médecins et l’ensemble des évêques de France convergent pour alerter sur le risque d’une telle loi, la question se pose avec gravité : comment les députés pourront-ils justifier un projet qui rencontre une opposition aussi nette du corps médical et une mise en garde aussi ferme sur le plan moral ? Rappelons que les autres grandes religions monothéistes, l’islam et le judaïsme, s’opposent elles aussi formellement à l’euthanasie et au suicide assisté, considérant la vie humaine comme un don qui ne peut être volontairement supprimé. Au-delà des appartenances confessionnelles, une constante apparaît : la protection de la vie jusqu’à son terme naturel demeure une régle éthique unanimement partagée.



