Après la révélation d’une relation entretenue avec une femme mariée, mère de quatre enfants, le père Gaultier de Chaillé a annoncé qu’il quittait le sacerdoce. Le 8 février 2026, dans une lettre adressée à « Chère famille, chers amis », il justifie sa décision. Figure connue du Padreblog depuis 2016, auteur de nombreuses interventions sur le sacerdoce, la fidélité conjugale ou encore le divorce, ancien aumônier du FRAT, il représentait pour beaucoup un prêtre engagé et solidement ancré dans la pastorale diocésaine. Il faut le redire d’emblée, il n’est pas question ici de juger une âme. Le jugement appartient à Dieu. Mais il est légitime de critiquer publiquement une manière de se justifier lorsque celle-ci concerne un engagement public et sacramentel.
Dans sa lettre, il écrit que son choix est « le fruit d’une longue réflexion » fondée sur « une souffrance apparue au cours de [son] ministère de vicaire il y a environ huit ans ». Il ajoute avoir senti peu à peu « l’impression de n’être pas à [sa] place et de ne tirer plus aucune joie dans le sacerdoce ».Huit années de malaise. Huit années durant lesquelles il a exercé son ministère, prêché, accompagné des couples, formé des jeunes, assumé des responsabilités croissantes. Huit années pendant lesquelles il affirme aujourd’hui ne plus se sentir à sa place.
Une crise vocationnelle peut exister. L’Église connaît ces drames intérieurs. Mais lorsque l’on découvre que l’on n’est pas à sa place, la probité commande des actes clairs. Se retirer. Demander un discernement sérieux. Ne pas prolonger une situation intérieurement contradictoire.Or la justification donnée donne l’impression d’un discours centré presque exclusivement sur le ressenti personnel. Comme si l’on parlait d’un changement de cap individuel. Mais le sacerdoce n’est pas une expérience que l’on ajuste au gré des états d’âme. Il est un engagement public, définitif, prononcé devant Dieu et devant l’Église.
Plus grave encore est la dimension concrète de cette affaire. Car derrière la crise personnelle, il y a une famille atteinte, un couple brisé un mari trompé et quatre enfants exposée à une situation plus que douloureuse
S’il y avait huit ans de malaise, il fallait partir avant. Mais surtout, il ne fallait pas briser la vie d’un couple. Le ministère sacerdotal implique une responsabilité morale particulière.
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Dans sa lettre, il affirme : « Quelles que soient mes faiblesses et mes fautes, sachez que j’ai à cœur en paix de n’avoir jamais utilisé mon sacerdoce pour séduire ou abîmer qui que ce soit. » Cette phrase, sans doute destinée à apaiser, heurte certains fidèles. Non parce qu’ils voudraient condamner, mais parce que les faits semblent objectivement contredire l’affirmation. Lorsqu’une famille est atteinte, lorsqu’un scandale devient public, il est difficile de parler d’absence de dommage.
On peut dès lors parler de première trahison : celle de l’engagement sacerdotal. Le prêtre promet le célibat et l’obéissance. Il devient signe du don total du Christ. Rompre cet engagement est un drame personnel. Le vivre en contradiction prolongée en est un autre.
Il y a aussi deuxième trahison : celle d’une famille. Une famille concrète, un couple, des enfants. Le ministère sacerdotal donne une autorité morale particulière. Lorsque celle-ci est impliquée dans une relation qui brise un foyer, la blessure dépasse infiniment la sphère privée.
Enfin, il y a troisième trahison : celle de la confiance des fidèles. Des paroissiens ont confié leur vie spirituelle à un pasteur. Des jeunes ont reçu son enseignement sur la fidélité, le don total, l’engagement. Lorsque l’écart entre la parole proclamée et la vie réelle devient public, la confiance s’effondre.
Dans sa lettre, il écrit encore que la foi des fidèles « ne doit en aucun cas être impactée » par son choix, qui lui appartiendrait « à lui seul ». Sur le plan théologique, la foi repose en effet sur le Christ. Mais dans la réalité pastorale, les actes d’un prêtre ne sont jamais purement privés. Ils ont une dimension publique et ecclésiale. Ils font du mal à l’Église, aux diocèses, aux familles. Ils ébranlent les plus fragiles. Ils nourrissent le soupçon généralisé. Ils découragent des vocations.
Certains trouveront la critique sévère mais l’indignation est vive, il n’y a ni rancœur, ni haine , il y a une blessure.
Elle l’est, parce que l’enjeu est grave. L’Église en France est déjà profondément blessée. Chaque nouvelle affaire fragilise un peu plus la crédibilité de sa parole. Face à cela, les explications centrées sur le mal-être personnel apparaissent insuffisantes. La miséricorde est au cœur de l’Évangile, et nul ne peut refuser à quiconque un chemin de conversion et de paix. Mais la miséricorde suppose la vérité. Et la vérité oblige à reconnaître que le sacerdoce n’est pas un engagement révisable comme un projet de vie ordinaire, et qu’aucune crise intérieure ne justifie de mettre en péril une famille ( en couple pendant 2 ans) et de trahir des fidèles, des jeunes a fortiori.
Dire cela n’est pas juger une personne mais condamner son acte. C’est rappeler l’exigence évangélique. Parce que lorsqu’un prêtre chute, ce ne sont pas seulement des choix individuels qui sont en cause, mais des vies blessées et une part de la confiance ecclésiale qui se fissure.
Lettre intégrale du père Gaultier de Chaillé
« Les Clayes-Sous-Bois, le 8 février 2026
Chère famille, chers amis,
Au moment où vous apprenez ma décision de quitter le ministère, j’ai à cœur de vous écrire quelques mots pour m’en expliquer.
Ce choix est le fruit d’une longue réflexion, mûrie dans la prière et l’échange, fondée sur une souffrance apparue au cours de mon ministère de vicaire il y a environ huit ans. Alors que j’essayais de me donner avec générosité à la tâche, j’ai senti peu à peu naître l’impression de n’être pas à ma place et de ne tirer plus aucune joie dans le sacerdoce. La proposition de la responsabilité du FRAT ainsi que la perspective de devenir curé ont alors été des projets qui m’ont semblé être à même de m’apporter un nouveau souffle pour me réinvestir dans la mission.
C’est finalement le contraire qui s’est produit. Alors que je suis arrivé dans la belle paroisse de Villepreux les Clayes, alors que le service au FRAT avait tout pour me combler, je me suis peu à peu encore plus trouvé enfermé dans un malheur qui m’a peu à peu submergé. J’ai employé les moyens à ma portée, humains et spirituels, mais je me sentais de moins en moins à ma place.
En entreprenant cette année une formation de peintre en décors, en vue d’éventuellement poursuivre mon ministère comme prêtre au travail, j’ai cru trouver une voie qui me permettrait de ne pas quitter, mais je me rends à l’évidence que j’ai besoin, pour être en vérité, de partir.
Indépendamment d’autres éléments de ma décision, ceux qui sont cités ici sont ceux qui sont déterminants dans mon choix de partir aujourd’hui. Comme toujours au départ d’un prêtre, des commentaires et des rumeurs ne manqueront pas d’accompagner ma décision et vous en serez peut-être troublés. Si vous ressentez le besoin d’en discuter, je me tiens à votre disposition pour échanger directement. Je vous répondrai avec franchise et sincérité. Quelles que soient mes faiblesses et mes fautes, sachez que j’ai à cœur en paix de n’avoir jamais utilisé mon sacerdoce pour séduire ou abîmer qui que ce soit.
Malgré ces années douloureuses, je souhaite également vous partager une profonde action de grâce pour mon ministère que je ne renie pas. Je n’oublie pas que j’ai été témoin de la grâce de Dieu puissamment à l’œuvre dans les cœurs. J’ai été témoin, en paroisse et au FRAT, de la beauté des vies et de la pureté de la foi de nombreux chrétiens, attachés au Christ et à l’écoute de l’Évangile.
Pour certains, ma décision produira de l’incompréhension et parfois de la souffrance, mais votre foi au Christ ne doit en aucun cas être impactée par mon choix, qui m’appartient à moi seul. Ne vous inquiétez pas pour moi, pour mon avenir et mon bonheur, je suis solide et bien entouré.
Je remercie les personnes qui m’ont épaulé ces dernières années, laïcs et prêtres. Je remercie le diocèse, ses prêtres et sa hiérarchie, qui m’ont soutenu tout au long de mon ministère et m’ont beaucoup aidé à discerner pour mon départ.
Enfin, je remercie mes parents et mes frères et sœurs. Après avoir accompagné mon cheminement vers la prêtrise et mes premiers pas dans le ministère, ils ont été les impuissants témoins d’un mal-être chez moi qui les a beaucoup blessés, et face auquel ils n’ont pu que m’assister avec patience et juste distance. Ces derniers temps, ils sont avec moi, avec exigence, vérité, et beaucoup d’amour. Le temps guérira ce qui doit l’être mais déjà je leur suis reconnaissant au-delà des mots pour ce qu’ils sont pour moi.
Je m’en remets avec confiance à la Miséricorde et à la Providence du Seigneur et je me recommande à votre prière.
Gaultier »


