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« Pour Jésus, une justice minimale ne suffit pas, il faut un grand amour » : Leon XIV proclame l’absolu demandé par l’Évangile

Le Pape Léon XIV lors de l'Angelus - DR
Le Pape Léon XIV lors de l'Angelus - DR
Le Saint Père a livré une méditation exigeante sur le Sermon sur la montagne, en rappelant que l’Évangile ne se contente jamais du minimum moral ( texte intégral )

Au cours de l’Angelus du 15 février 2026, Léon XIV a proposé une lecture organique du « Discours sur la montagne », en montrant que la morale chrétienne ne consiste pas en un perfectionnement légaliste de la Loi, mais en son accomplissement dans la charité. Son commentaire, loin d’opposer l’Ancien et le Nouveau Testament, s’inscrit dans la continuité vivante de la Révélation. Dès l’ouverture, le Saint-Père rappelle que les préceptes « ne servent pas à satisfaire un besoin religieux extérieur pour se sentir en règle devant Dieu, mais à nous faire entrer dans une relation d’amour avec Lui et avec nos frères ». Cette phrase contient une véritable théologie de la Loi. La norme divine n’est pas un dispositif juridique destiné à sécuriser la conscience, elle est pédagogie de communion. Le pape rejoint ici l’enseignement paulinien, lorsqu’il évoque la Loi comme un « pédagogue » qui conduit au Christ, reprenant explicitement la perspective de l’Épître aux Galates.

Dans cette lumière, la déclaration de Jésus, « Il n’est pas venu pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir », reçoit tout son poids christologique. L’accomplissement n’est pas simple conservation ni simple dépassement. Il est plénitude. En affirmant que « l’accomplissement de la Loi, c’est précisément l’amour qui en réalise le sens profond et le but ultime », le pape identifie la charité comme la forme interne de toute la morale biblique. Ce n’est pas une interprétation secondaire, mais la clef herméneutique donnée par le Christ lui-même.

L’amour n’est pas un principe subjectif ajouté aux commandements, il en constitue la vérité ontologique.

Lorsque le Saint-Père parle d’une « justice supérieure », il ne suggère pas une intensification quantitative des obligations. Il désigne une transformation qualitative. La justice des scribes et des pharisiens pouvait être irréprochable au plan formel ; elle demeurait pourtant extérieure si elle ne procédait pas d’un cœur converti. La justice du Royaume, elle, est participation à la justice même de Dieu. Elle est théologale, parce qu’elle naît de la grâce qui fait de nous « des fils du Père ». Ici se joue un point central : la morale chrétienne n’est intelligible qu’à partir de la filiation divine.

Cette dimension filiale explique la radicalité des « antinomies » du Sermon sur la montagne. « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens… Mais moi, je vous dis… » : dans cette formule, le Christ ne contredit pas Moïse, il parle avec l’autorité même de Dieu. Le pape souligne que désormais « Lui-même est venu parmi nous en la personne de Jésus qui a accompli la Loi ». L’autorité morale du chrétien ne repose donc pas sur une tradition simplement transmise, mais sur la présence vivante du Fils qui révèle le cœur du Père.C’est dans ce cadre que s’inscrit l’affirmation décisive : « Jésus nous enseigne que la vraie justice, c’est l’amour et que, dans chaque précepte de la Loi, nous devons saisir une exigence d’amour. » Cette phrase opère un déplacement théologique majeur. Elle signifie que tout commandement possède une structure interne orientée vers la communion. L’interdit n’est jamais pur négatif ; il protège et ordonne un bien relationnel. Ainsi, l’interdiction de tuer vise ultimement la sauvegarde et la promotion de la fraternité.

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Le pape explicite cette exigence lorsqu’il déclare : « il ne suffit pas de ne pas tuer physiquement une personne si ensuite je la tue avec des mots, ou si je ne respecte pas sa dignité ». Ici apparaît clairement la dimension anthropologique de la morale chrétienne.

La personne humaine, créée à l’image de Dieu, possède une dignité qui ne dépend ni de son utilité ni de son statut. La violence verbale, le mépris, l’humiliation publique constituent déjà une atteinte à cette dignité. Théologiquement, cela signifie que le péché est d’abord rupture de communion. Le meurtre commence dans le cœur, dans la négation intérieure de l’autre comme frère.L’exemple du mariage approfondit encore cette perspective. « Il ne suffit pas d’être formellement fidèle à son conjoint et de ne pas commettre d’adultère si cette relation manque de tendresse réciproque, d’écoute, de respect, de prise en charge de l’autre et de cheminement conjoint dans un projet commun. » Cette phrase révèle que la fidélité chrétienne ne se réduit pas à l’absence de faute objective. Elle implique un don de soi positif. Le lien conjugal, dans la théologie catholique, est signe de l’alliance du Christ et de l’Église. Une fidélité purement formelle trahirait la vérité sacramentelle du mariage, qui est communion des personnes. L’exigence d’amour n’est donc pas un supplément moral facultatif, elle découle de la nature même du sacrement.

La conclusion du pape synthétise cette perspective : « une justice minimale ne suffit pas, il faut un grand amour, possible grâce à la force de Dieu ». Le terme « minimal » vise clairement une tentation permanente, celle de réduire la vie chrétienne à la ligne inférieure de l’obligation. Or la grâce élargit le cœur. Sans la grâce, cette exigence semblerait écrasante ; avec elle, elle devient chemin de liberté. La force de Dieu ne supprime pas l’effort humain, elle le rend fécond.Enfin, en invoquant la Vierge Marie, « Celle qui accomplit la Loi et le projet du salut » en donnant au monde le Christ, le pape situe la morale chrétienne dans l’économie du salut. Marie est le modèle de cette justice supérieure, non parce qu’elle aurait multiplié des actes héroïques visibles, mais parce qu’elle a laissé la grâce transformer son cœur dans l’obéissance aimante.

Ainsi, l’Angelus du 15 février 2026 offre une synthèse théologique cohérente : la Loi est pédagogie, le Christ en est l’accomplissement, la justice véritable est charité, et cette charité est rendue possible par la grâce qui fait de nous des fils. La morale chrétienne ne se comprend ni comme simple discipline ni comme idéal vague, mais comme participation réelle à l’amour même de Dieu, source et terme de toute justice.

LÉON XIV

ANGÉLUS

Place Saint-Pierre
Dimanche 15 février 2026

« Chers frères et sœurs, bon dimanche !

Aujourd’hui encore, nous entendons dans l’Évangile une partie du « Discours sur la montagne » (cf. Mt 5, 17-37). Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus nous invite à entrer dans la nouveauté du Royaume de Dieu et, pour nous guider dans ce cheminement, il révèle la véritable signification des préceptes de la Loi de Moïse. Ceux-ci ne servent pas à satisfaire un besoin religieux extérieur pour se sentir en règle devant Dieu, mais à nous faire entrer dans une relation d’amour avec Lui et avec nos frères. C’est pourquoi Jésus dit qu’Il n’est pas venu pour abolir la Loi, « mais pour l’accomplir » (v. 17).

L’accomplissement de la Loi, c’est précisément l’amour qui en réalise le sens profond et le but ultime. Il s’agit d’acquérir une “justice supérieure” (cf. v. 20) à celle des scribes et des pharisiens, une justice qui ne se limite pas à observer les commandements, mais qui nous ouvre à l’amour et nous engage dans l’amour. Jésus examine en effet certains préceptes de la Loi qui se réfèrent à des situations concrètes de la vie, et il utilise une forme linguistique – les antinomies – précisément pour montrer la différence entre une justice religieuse formelle et la justice du Royaume de Dieu : d’un côté : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens », et de l’autre, Jésus affirme : « Mais moi, je vous dis » (cf. vv. 21-37).

Cette approche est très importante. Elle nous dit que la Loi a été donnée à Moïse et aux prophètes comme un moyen de commencer à connaître Dieu et son projet sur nous et sur l’histoire ou, pour reprendre une expression de saint Paul, comme un pédagogue qui nous a guidés vers Lui (cf. Gal 3, 23-25). Mais maintenant, Lui-même est venu parmi nous en la personne de Jésus qui a accompli la Loi, faisant de nous des fils du Père et nous donnant la grâce d’entrer en relation avec Lui comme des fils et comme des frères entre nous.

Frères et sœurs, Jésus nous enseigne que la vraie justice, c’est l’amour et que, dans chaque précepte de la Loi, nous devons saisir une exigence d’amour. En effet, il ne suffit pas de ne pas tuer physiquement une personne si ensuite je la tue avec des mots, ou si je ne respecte pas sa dignité (cf. vv. 21-22). De même, il ne suffit pas d’être formellement fidèle à son conjoint et de ne pas commettre d’adultère si cette relation manque de tendresse réciproque, d’écoute, de respect, de prise en charge de l’autre et de cheminement conjoint dans un projet commun (cf. vv. 27-28.31-32). À ces exemples, que Jésus lui-même nous offre, nous pourrions en ajouter d’autres encore. L’Évangile nous donne cet enseignement précieux : une justice minimale ne suffit pas, il faut un grand amour, possible grâce à la force de Dieu.

Invoquons ensemble la Vierge Marie, qui a donné au monde le Christ, Celui qui accomplit la Loi et le projet du salut : qu’elle intercède pour nous, qu’elle nous aide à entrer dans la logique du Royaume de Dieu et à vivre sa justice.

À l’issue de l’Angélus

Chers frères et sœurs,

je suis proche des populations de Madagascar qui ont été frappées, en peu de temps, par deux cyclones, accompagnés d’inondations et de glissements de terrain. Je prie pour les victimes et leurs familles, ainsi que pour tous ceux qui ont subi de graves dommages.

Dans les prochains jours, ce sera le Nouvel An lunaire, célébré par des milliards de personnes en Asie orientale et dans d’autres parties du monde. Que cette fête joyeuse encourage à vivre plus intensément les relations familiales et l’amitié ; qu’elle apporte la sérénité dans les foyers et dans la société ; qu’elle soit l’occasion de regarder ensemble vers l’avenir en construisant la paix et la prospérité pour tous les peuples. Avec mes vœux pour la nouvelle année, j’exprime à tous mon affection, tout en invoquant sur chacun la bénédiction du Seigneur.

Je suis heureux de vous saluer tous, Romains et pèlerins, en particulier les fidèles de la paroisse de San Lorenzo à Cadix, en Espagne, et ceux venus des Marches.

Je souhaite la bienvenue aux élèves et aux professeurs de l’All Saints Catholic School de Sheffield et du Thornleigh Salesian College de Bolton, en Angleterre, de l’école de Vila Pouca de Aguiar au Portugal, du Colegio Altasierra de Séville et de l’école Edith Stein de Schillingfürst en Allemagne.

Je salue les participants au Congrès National du Mouvement des Étudiants Catholiques – FIDAE ; les confirmands d’Almenno San Salvatore et ceux de Lugo, Rosaro, Stallavena et Alcenago ; les enfants de l’école San Giuseppe de Bassano del Grappa et ceux de l’Institut salésien Sant’Ambrogio de Milan ; les jeunes de Petosino et ceux de Solbiate et Cagno.

Je vous souhaite à tous un bon dimanche. »

Source Vatican

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