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[ Editorial ] Assez de charognards : la mort de Quentin Deranque n’est pas un marchepied politique

église Saint Georges de Lyon - Depositphotos
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Dans deux jours, il n’y aura plus un tweet, plus un commentaire indigné, plus une publication solennelle. Le vent mauvais des réseaux sociaux sera passé, emportant avec lui l’odeur âcre de l’indignation automatique

Par Philippe Marie

Il y a des moments où la décence devrait s’imposer d’elle-même. La mort violente d’un jeune catholique en fait partie. Il y a eu mort d’un homme, d’un jeune homme de vingt ans. Voilà le seul drame, le seul fait brut qui devrait nous arrêter au milieu du tumulte. Un homme est tombé. Une famille est brisée. Des amis pleurent. Une communauté prie. Voilà le réel. Tout le reste devrait venir après, avec gravité, avec retenue.

Cette mort est une horreur. Une société qui laisse prospérer la violence idéologique jusqu’au passage à l’acte est une société malade. Ceux qui ont frappé devront répondre. Il n’y a pas d’excuse sociologique qui tienne, pas de pirouette intellectuelle acceptable. Tuer pour des raisons politiques ou militantes est une barbarie.Ce n’est pas seulement parce qu’il était catholique que ce drame nous bouleverse. Il aurait été juif, musulman, bouddhiste ou sans religion, le scandale serait exactement le même. La mort violente d’un jeune homme de vingt ans est un drame en soi. La dignité d’une vie humaine ne dépend pas d’une étiquette confessionnelle. Elle tient au fait qu’il s’agissait d’un homme, d’un fils, d’un ami, d’un étudiant, d’une existence unique et irremplaçable.

Mais il existe une seconde indécence, plus froide, plus calculatrice. Celle qui commence dès que les caméras s’allument et que la mécanique médiatique s’emballe

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Le corps n’est même pas encore porté en terre que déjà beaucoup s’agitent et se ruent sur l’occasion qui est trop belle pour ne pas la manquer : communiqués, visuels, appels aux dons, mises en scène, positionnements stratégiques. On parle d’hommage et de mémoire, mais derrière les mots on sent l’arrière-pensée. Qui va capter l’émotion, qui va canaliser la colère, qui va transformer la tragédie en dynamique militante. Cela est indigne. Un catholique ne transforme pas un mort en prétexte exploité à des fins partisanes, ne fait pas d’un cercueil une tribune, ne confond pas fidélité et opportunité. La mort d’un homme n’est pas un marchepied politique.

Dans deux jours, il n’y aura plus un tweet, plus un commentaire indigné, plus une publication solennelle. Le vent mauvais des réseaux sociaux sera passé, emportant avec lui l’odeur âcre de l’indignation automatique. Une autre polémique aura remplacé celle-ci.

Mais la peine, elle, restera. Le deuil, lui, restera. Le silence dans une chambre, l’absence à table, les souvenirs qui brûlent ne disparaîtront pas avec la prochaine tendance numérique. L’émotion en ligne est rapide, bruyante, spectaculaire. Le chagrin réel est lent, discret, profond. Les réseaux s’enflamment et s’éteignent. Les familles, elles, portent une absence pour le reste de leur vie. Voilà ce que beaucoup oublient dans la frénésie des commentaires et seule la prière pourra apaiser cela, seule la foi fera tenir le coup ..et non l’adhésion à tel ou tel parti.

Oui, il faut dénoncer la violence. Oui, il faut exiger la justice. Oui, il faut interroger le climat idéologique qui rend possible ce genre de drame. Mais il faut le faire avec gravité, non avec gourmandise et une certaine avidité militante à la recherche de sensationnel.

Car il y a quelque chose de profondément malsain à voir des figures politiques se précipiter pour apparaître, commenter, capitaliser, comme si chaque drame devenait un épisode de campagne permanente, comme si la douleur des proches était un carburant parmi d’autres.Ce réflexe n’est pas seulement cynique, il est révélateur : il montre que, pour beaucoup, tout est politique, même la mort, tout est matière à stratégie, même le sang versé. Or la vision chrétienne est tout autre. La mort d’un homme c’est d’abord une âme devant Dieu, un jugement, une espérance de salut, une exigence de prière, un besoin de recueillement bref une gravité vraie et une certaine pudeur à garder.

Apaiser, ce n’est pas renoncer. Appeler au calme ne signifie pas abandonner la justice, demander de la pudeur ne signifie pas relativiser la gravité, refuser la surenchère ne signifie pas capituler. Apaiser, c’est refuser que la colère devienne incontrôlable, empêcher que la légitime indignation soit confisquée par les plus bruyants et les plus violents, empêcher que la douleur soit déformée en slogan et que , de cran en cran, la violence devienne l’unique expression d ‘une indignation transformée en haine.

La force n’est pas dans la haine, elle est dans la dignité et pour les plus courageux elle est dans le pardon.

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