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Provocation ou malentendu ? Un évêque espagnol relance le débat sur les bénédictions homosexuelles

Monseigneur José Antonio Satué - DR
Monseigneur José Antonio Satué - DR
À quelques mois de la visite du Saint-Père en Espagne, prévue en juin, les déclarations de l’évêque de Málaga sur les bénédictions de couples homosexuels et sur le mariage chrétien ravivent les tensions au sein d’une Église espagnole déjà éprouvée par de profondes divisions

Dans une interview accordée à Málaga Hoy, l’évêque de Málaga, José Antonio Satué, a pris position sur plusieurs questions sensibles, notamment l’homosexualité, le mariage et la place des femmes dans l’Église. Des propos qui interviennent dans un contexte national marqué par la sécularisation accélérée, les débats sociétaux et des divergences d’approche au sein même de l’épiscopat. Sur l’homosexualité, le prélat affirme : « Être homosexuel n’est pas un péché. Effectivement, ce ne l’est pas. » Il souligne également : « Je crois que nous avons pris davantage conscience du fait qu’une personne, du seul fait d’être homosexuelle, ne peut pas être discriminée, ni que nous pouvons ajouter davantage de souffrance à des histoires qui malheureusement ont déjà connu beaucoup de souffrance. »

Ces paroles, centrées sur la dignité de la personne, sont accueillies favorablement par certains. D’autres estiment toutefois qu’elles gagneraient à être explicitement articulées avec l’enseignement moral constant de l’Église sur les actes homosexuels, afin d’éviter toute ambiguïté dans l’opinion publique.

Interrogé sur la possibilité d’un mariage entre personnes du même sexe dans l’Église, José Antonio Satué répond : « Je crois qu’il n’y aura jamais de mariage entre personnes du même sexe, parce que le mariage pour nous est entre un homme et une femme. » Il ajoute : « Le mariage pour nous sera toujours, je crois, entre un homme et une femme. »

Si l’affirmation reprend la doctrine constante de l’Église, la formulation prudente, marquée par le « je crois », a suscité des réactions contrastées dans certains milieux catholiques espagnols, où la demande de clarté doctrinale demeure forte.Dans le même entretien, l’évêque considère cependant que « la bénédiction de personnes qui ont un projet de couple du même sexe, oui, du point de vue qui est le mien, est un pas en avant ». Il précise : « Nous devrons chercher la manière d’intégrer mieux dans notre pratique cette réalité qui est indéniable. »C’est sur ce point que se concentrent les interrogations. Pour certains fidèles, qualifier ces bénédictions de « pas en avant » risque d’être interprété comme une évolution de fond, alors que d’autres y voient une simple démarche pastorale d’accompagnement.

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Concernant l’ordination féminine, le prélat reconnaît qu’elle « est une porte qui, à l’heure actuelle, est fermée ». Il insiste néanmoins sur un défi prioritaire : « Je crois que nous avons un défi préalable, à savoir que les femmes participent à tout ce à quoi il est possible qu’elles participent, et qu’elles ne participent pas encore, ou pas suffisamment. »Il ajoute : « C’est encore une nouvelle qu’une femme soit à la tête d’un Dicastère, il y en a une. Cela doit devenir naturel. Dans nos diocèses, il doit y avoir davantage de femmes dans des domaines de responsabilité. »

Ces déclarations interviennent dans une Église en Espagne confrontée à de multiples défis : recul de la pratique religieuse, débats bioéthiques, gestion des abus, pressions culturelles et politiques sur la famille chrétienne. Les évêques espagnols ne s’expriment pas toujours d’une seule voix sur la manière de conjuguer fidélité doctrinale et adaptation pastorale.À quelques mois de la venue du Saint-Père, ces propos posent à nouveau la question de l’unité et de la clarté du témoignage ecclésial. Provocation ou malentendu ? Pour beaucoup de fidèles, l’enjeu n’est pas polémique, il touche au cœur même de la mission de l’Église : annoncer sans confusion la vérité sur le mariage tout en accompagnant avec charité chaque personne.

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