À Toulon, le dossier de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul, dans le quartier de Montéty, aura cristallisé pendant plusieurs mois interrogations et tensions. Finalement, l’évêque du Diocèse de Fréjus-Toulon, Monseigneur François Touvet, a annoncé sur RCF qu’il renonçait à vendre une partie de la parcelle de 3 000 m² entourant l’église, propriété de l’Eglise. Cette décision met un coup d’arrêt au projet immobilier initialement envisagé le long de la voie ferrée, boulevard du commandant Nicolas. Elle intervient après une mobilisation significative de fidèles, qui avaient publiquement interpellé l’évêque.
En décembre, une pétition avait recueilli plus d’un millier de signatures. Les signataires s’inquiétaient de la cession annoncée d’une grande partie du site paroissial, incluant des bâtiments et des terrains utilisés quotidiennement par la communauté, à un promoteur ou à un bailleur social.Dans les semaines qui ont suivi, l’évêque a été directement interpellé par des paroissiens. Le contexte diocésain, marqué par la période qui a suivi l’épiscopat de Monseigneur Dominique Rey, a contribué à donner à ce dossier une portée plus large qu’un simple arbitrage immobilier.
En décembre, Monseigneur Touvet avait expliqué que le produit de la vente permettrait de financer la rénovation des deux tiers des bâtiments restants, tout en assurant qu’il n’était pas question de toucher à l’église elle-même. Une résidence étudiante et des logements pour les prêtres figuraient parmi les hypothèses de travail.
Rappelons que la paroisse de Montéty trouve son origine au XIXᵉ siècle, lorsque Monsieur de Montéty, laïc inspiré par l’esprit de saint Vincent de Paul, finança une cité ouvrière et une chapelle destinée aux ouvriers de Toulon. Après une période de fragilité et de vieillissement, la paroisse a connu ces dernières années un regain de vitalité, notamment avec le développement d’une pastorale étudiante et de jeunes professionnels, appelée « EléVARé ». Les messes dominicales, en particulier le dimanche soir, rassemblent désormais une assemblée nombreuse. Liturgie soignée, chorale, temps d’adoration et vie fraternelle ont contribué à ce renouveau.
Beaucoup de fidèles ont vu dans la venue de Monseigneur Rey pour l’une de ses dernières messes épiscopales à Montéty un signe d’attention particulière envers cette communauté.
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Face à la perspective d’une vente, des paroissiens ont mis en avant un projet élaboré localement depuis plus de deux ans, intitulé « Rebâti Montéty ». Il prévoit une rénovation progressive du site, articulée autour du développement pastoral, de la réhabilitation des logements existants et de l’ouverture d’espaces au service du quartier.Selon les éléments avancés par les promoteurs du projet, des études techniques avaient été réalisées et ne feraient pas état de danger structurel immédiat pour l’église. Les travaux nécessaires, estimés entre 2 et 3 millions d’euros pour l’ensemble des bâtiments et de l’église, pourraient être échelonnés dans le temps, à condition de pouvoir organiser une levée de fonds.
Le père Pierre-Édouard Caussin, curé de la paroisse, avait précisé que Monseigneur Touvet n’avait pas acté la décision de la vente de la parcelle à un promoteur. Il avait ajouté que la paroisse avait construit un projet et le défendait et que, malgré les désaccords, les discussions se poursuivaient afin de déterminer ce qui était le mieux pour la paroisse et le diocèse. Il avait également appelé les fidèles à la prière pour ce dossier.Dans son entretien à RCF, Monseigneur Touvet a déclaré : « Je donne une année à la paroisse, le curé avec son équipe, pour étudier un autre projet en cohérence avec leur projet pastoral. Nous allons les soutenir et les accompagner. » Un appel aux dons sera lancé avec pour objectif de recueillir un million d’euros, notamment pour financer une maison ouverte à tous et des logements pour des disciples missionnaires.
Au-delà des aspects financiers et immobiliers, l’affaire Montéty a été perçue par certains fidèles comme révélatrice des ajustements en cours dans le diocèse. La décision de suspendre la vente ouvre désormais une année de réflexion et de travail pour la paroisse et l’évêché. Le défi reste important, trouver les ressources nécessaires à la restauration du site tout en préservant l’élan pastoral qui s’y est développé.


