Depuis 2000 ans

[ Vidéo ] Angers : le choc pour les fidèles après la révélation de la galerie contemporaine

Façade de la cathédrale d'Angers - DR
Façade de la cathédrale d'Angers - DR
« Une cathédrale n’est pas un terrain d’expérimentation pour les lubies d’un architecte starisé »

Jeudi 19 février 2026, les palissades sont tombées. La galerie contemporaine adossée à la Cathédrale Saint-Maurice d’Angers est apparue au grand jour. L’inauguration officielle est annoncée pour le 9 avril prochain.Pour de nombreux fidèles, la découverte a été un choc profond, certains parlent même d’une blessure infligée à un sanctuaire millénaire. Depuis l’annonce du projet, la controverse n’a cessé d’enfler. La révélation de la structure conçue par Kengo Kuma ravive une indignation déjà ancienne.

« Une cathédrale n’est pas un terrain d’expérimentation pour les lubies d’un architecte starisé », écrivait l’an dernier un membre de la Société Française d’Architecture Religieuse. La formule circule à nouveau dans les messages que nous recevons.Dès 2025, certains dénonçaient un « massacre architectural » en préparation. L’Association pour la Protection du Patrimoine Angevin parlait d’une « violation de l’unité visuelle du site » et d’un « caprice d’architecte déconnecté de l’histoire du monument ».Aujourd’hui, à la vue de cette galerie aux lignes étirées et épurées, réalisée notamment en béton fibré à ultra-haute performance, beaucoup estiment que le contraste avec la pierre romane et gothique est brutal. « Ce n’est pas un simple abri, c’est une signature qui s’impose à la façade », écrit un lecteur.

Fondée au XIe siècle sous l’épiscopat d’Hubert de Vendôme, incendiée en 1032 puis restaurée, enrichie au XIIe siècle par les évêques Renaud de Martigné et Ulger qui introduisent le gothique angevin, la cathédrale Saint-Maurice a traversé les siècles.Au XVIe siècle, Jean Delespine dote la façade d’une galerie de personnages et de flèches élancées. En 1806, le porche monumental gothique angevin, qui protégeait le portail, est détruit pour vétusté. Depuis, plusieurs projets de reconstruction ont été envisagés sans jamais aboutir. Classée monument historique en 1862, la cathédrale demeure un témoin majeur de la spiritualité et de l’architecture médiévale.

C’est au nom de la protection des sculptures polychromes du portail que la nouvelle galerie a été édifiée. Les restaurations récentes avaient révélé la fragilité des couleurs médiévales. Officiellement, il s’agissait de préserver.Mais pour nombre de fidèles, protéger ne signifie pas transformer radicalement la perception du sanctuaire. « Restaurer ne veut pas dire réinventer », nous écrit un historien local.

Né en 1954, Kengo Kuma s’est imposé comme une figure majeure de l’architecture contemporaine, privilégiant l’usage de matériaux naturels et le dialogue entre tradition et modernité. Son stade olympique de Tokyo a suscité des critiques pour son coût et son impact visuel jugé envahissant.

Lire aussi

À Angers, certains estiment que son intervention relève davantage d’un geste affirmé que d’une discrète protection. « Nous sommes dans une tendance où l’on veut imposer la modernité au détriment de la cohérence patrimoniale », affirme un expert en restauration d’édifices religieux.

Face à la polémique, un appel solennel avait été adressé en 2025 à la ministre de la Culture, Rachida Dati, pour suspendre le projet et ouvrir une véritable concertation. Une pétition avait circulé. Le collectif « Sauvons la cathédrale d’Angers » dénonçait « une transformation radicale imposée sans consultation ».Malgré ces démarches, le chantier s’est poursuivi, soutenu par la DRAC des Pays de la Loire et les autorités locales. La galerie est désormais achevée.

L’inauguration du 9 avril 2026 devrait célébrer la sauvegarde d’un patrimoine exceptionnel. Pourtant, dans les paroisses, le climat demeure tendu. Au-delà de l’esthétique, c’est une question spirituelle qui affleure. Une cathédrale n’est pas seulement un monument historique. Elle est un lieu de prière, un repère, une mémoire vivante.Pour beaucoup de fidèles angevins, la galerie désormais visible restera comme le symbole d’une époque qui veut absolument laisser son empreinte sur les pierres anciennes, quitte à heurter la sensibilité de ceux qui y voient d’abord une maison de Dieu avant d’y voir un terrain d’expression architecturale.

Recevez chaque jour notre newsletter !

Lire aussi :