Dans cette église située au cœur d’un quartier marqué par de fortes tensions sociales, le Saint Père a dénoncé les « contradictions de notre temps » et rappelé que la liberté véritable « n’est pas recherche de son propre pouvoir, mais amour qui se donne ».En se rendant dans la paroisse du Sacré-Cœur de Jésus, à deux pas de la gare Termini, le pape Léon XIV a choisi un lieu emblématique. Carrefour humain où se croisent étudiants, travailleurs, migrants, réfugiés et personnes sans abri, ce quartier concentre les fractures et les espérances de la société contemporaine.
Dans ce contexte concret, le Saint-Père a livré une homélie profondément théologique, mais ancrée dans le réel. Le fil conducteur en était la liberté humaine, éclairée par le mystère du baptême et par la confrontation du Christ avec la tentation. Commentant le récit de la Genèse, le Pape a expliqué que l’épreuve d’Adam et Ève ne réside « pas tant » dans un interdit que dans une « possibilité », celle d’une relation. L’être humain est libre « de reconnaître et d’accueillir l’altérité du Créateur ».
Mais le serpent insinue « la présomption de pouvoir annuler toute différence entre les créatures et le Créateur », nourrissant « l’illusion de devenir comme Dieu ».
Cette analyse met en lumière ce qu’il a appelé le « drame de la liberté ». À travers une question directe, il a formulé l’alternative fondamentale : « Puis-je accomplir pleinement ma vie en disant “oui” à Dieu ? Ou bien, pour être libre et heureux, dois-je me libérer de Lui ? »
Dans une culture marquée par l’exaltation de l’autonomie individuelle, cette interrogation rejoint un débat central de notre époque. Pour Léon XIV, la réponse se trouve dans le Christ tenté au désert, « l’homme nouveau, l’homme libre, épiphanie d’une liberté qui s’accomplit en disant “oui” à Dieu ». Le Saint-Père a invité les fidèles à redécouvrir la grâce baptismale en ce temps de Carême. Le baptême, a-t-il souligné, « est dynamique », car « ce qu’il offre ne s’épuise pas dans l’espace et le temps du rite ». Il demeure « une grâce qui accompagne constamment toute la vie ».
Cette grâce agit comme « une voix intérieure qui nous pousse à nous conformer à Jésus », libérant la liberté humaine « afin qu’elle trouve son accomplissement dans l’amour de Dieu et du prochain ». Ainsi, la liberté chrétienne « n’est pas recherche de son propre pouvoir, mais amour qui se donne ».À rebours d’une conception dominatrice de la liberté, le Pape a rappelé l’enseignement de saint Paul : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ».
Évoquant la réalité immédiate autour de la paroisse, Léon XIV a décrit « les contradictions de notre temps » :
« l’insouciance de ceux qui partent et arrivent avec tout le confort et ceux qui n’ont pas de toit », « le désir de travailler honnêtement et les commerces illicites de la drogue et de la prostitution ».
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Le constat est sans détour. En quelques mètres, se côtoient prospérité et précarité, mobilité et exclusion, aspirations légitimes et dérives morales. Dans ce contexte, la paroisse est appelée à être « levain d’Évangile » et « signe de proximité et de charité ».Enfin en saluant l’œuvre des Salésiens, le Pape a encouragé la communauté à demeurer « une petite flamme de lumière et d’espérance ». Loin d’un discours abstrait, son homélie articule la profondeur doctrinale et la réalité concrète d’un territoire marqué par des tensions sociales fortes.En ce début de Carême, Léon XIV a ainsi rappelé que la liberté humaine ne trouve son accomplissement que dans la relation à Dieu. Face aux séductions de l’autosuffisance, il a proposé un chemin exigeant, celui du « oui » filial qui ouvre à la fraternité et à la communion.
Texte intégral de l’homélie du pape Léon XIV
« Chers frères et sœurs,
Il y a quelques jours, avec le rite des Cendres, nous avons commencé le chemin du Carême. Le Carême est un temps liturgique intense, qui nous offre l’occasion de redécouvrir la richesse de notre Baptême, afin de vivre comme des créatures pleinement renouvelées grâce à l’incarnation, à la mort et à la résurrection de Jésus.
La première Lecture et l’Évangile que nous avons écoutés, en dialogue l’un avec l’autre, nous aident précisément à redécouvrir le don du Baptême comme grâce qui rencontre notre liberté. Le récit de la Genèse nous ramène à notre condition de créatures, mises à l’épreuve non tant par une interdiction, comme on le croit souvent, que par une possibilité : la possibilité d’une relation. L’être humain est libre de reconnaître et d’accueillir l’altérité du Créateur, lequel reconnaît et accueille l’altérité des créatures. Pour empêcher cette possibilité, le serpent insinue la présomption de pouvoir annuler toute différence entre les créatures et le Créateur, séduisant l’homme et la femme par l’illusion de devenir comme Dieu. Satan les pousse à s’emparer de quelque chose que, selon lui, Dieu voudrait leur refuser pour les maintenir dans un état d’infériorité. Cette fresque de la Genèse est un chef-d’œuvre inégalé qui représente le drame de la liberté.
L’Évangile semble répondre à l’ancien dilemme : puis-je accomplir pleinement ma vie en disant « oui » à Dieu ? Ou bien, pour être libre et heureux, dois-je me libérer de Lui ?
La scène des tentations du Christ affronte, au fond, cette interrogation dramatique. Elle nous conduit à découvrir la véritable humanité de Jésus qui, comme l’enseigne la Constitution conciliaire Gaudium et spes, révèle l’homme à lui-même : « Dans le mystère du Verbe incarné trouve véritablement lumière le mystère de l’homme » (GS, 22). Nous voyons en effet le Fils de Dieu qui, en s’opposant aux embûches de l’antique Adversaire, nous montre l’homme nouveau, l’homme libre, épiphanie d’une liberté qui s’accomplit en disant « oui » à Dieu.
Cette humanité nouvelle naît de la source baptismale. Ainsi, spécialement en ce Temps de Carême, nous sommes appelés à redécouvrir la grâce du Baptême comme source de vie qui habite en nous et qui, de manière dynamique, nous accompagne dans le respect le plus absolu de notre liberté.
Tout d’abord, le Sacrement lui-même est dynamique, car ce qu’il offre ne s’épuise pas dans l’espace et le temps du rite, mais c’est une grâce qui accompagne constamment toute la vie, soutenant notre suite du Christ. Mais le Baptême est aussi dynamique parce qu’il nous remet sans cesse en chemin, puisque la grâce est une voix intérieure qui nous pousse à nous conformer à Jésus, libérant notre liberté afin qu’elle trouve son accomplissement dans l’amour de Dieu et du prochain.
Nous comprenons ainsi la nature relationnelle du Baptême, qui appelle à vivre l’amitié avec Jésus et, par là, à entrer dans sa communion avec le Père. Cette relation pleine de grâce nous rend capables de vivre aussi une proximité authentique avec les autres, une liberté qui n’est pas recherche de son propre pouvoir, mais amour qui se donne et qui nous rend tous frères et sœurs. Saint Paul affirme en effet : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28).
Frères et sœurs, le pape Léon XIII demanda à saint Jean Bosco de construire précisément ici l’église où nous nous trouvons aujourd’hui. Il avait pressenti la centralité de ce lieu, à côté de la gare Termini et à un carrefour unique de la ville, destiné à devenir avec le temps encore plus important.
C’est pourquoi, très chers, en vous rencontrant aujourd’hui, je vois en vous un signe particulier de proximité, de présence au cœur des défis de ce territoire. On y trouve en effet de nombreux jeunes universitaires, des navetteurs qui vont et viennent pour le travail, des immigrés en quête d’emploi, de jeunes réfugiés qui ont trouvé dans le centre voisin, à l’initiative des Salésiens, la possibilité de rencontrer des jeunes Italiens de leur âge et de réaliser des projets d’intégration ; et puis il y a nos frères qui n’ont pas de maison et qui trouvent accueil dans les espaces de la Caritas de la via Marsala. En quelques mètres, on peut toucher les contradictions de notre temps : l’insouciance de ceux qui partent et arrivent avec tout le confort et ceux qui n’ont pas de toit ; les nombreuses potentialités de bien et une violence diffuse ; le désir de travailler honnêtement et les commerces illicites de la drogue et de la prostitution.
Votre paroisse est appelée à prendre en charge ces réalités, à être levain d’Évangile dans la pâte du territoire, à devenir signe de proximité et de charité. Je remercie les Salésiens pour l’œuvre inlassable qu’ils accomplissent chaque jour, et j’encourage tous à continuer d’être ici même une petite flamme de lumière et d’espérance.
Que Marie Auxiliatrice soutienne toujours notre chemin, qu’elle nous rende forts au moment de la tentation et de l’épreuve, afin de vivre pleinement la liberté et la fraternité des fils de Dieu. »


