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CHANT GREGORIEN : David Guetta électrise le Psaume 24 et met le sacré à l’épreuve de la techno

David Guetta - capture écran David guetta tomorrowland 2024
David Guetta - capture écran David guetta tomorrowland 2024
Sorti le premier vendredi de Carême 2026, le nouveau titre Prayer du DJ français intègre un extrait du Psaume 24 chanté en latin : “Procedamus in pace!”

Entre fascination esthétique et risque de profanation, le sacré s’invite dans la culture club. IL aura choisi le temps liturgique du Carême. Le premier vendredi de cette période consacrée à la prière, au jeûne et à la conversion intérieure, David Guetta a dévoilé un morceau intitulé Prayer. Le symbole est fort. Le DJ ne chante pas lui-même en latin. Le cœur du morceau repose sur un sample ancien et précisément identifiable, “Procedamus in pace!”, enregistré en 1976 par l’ensemble allemand Capella Antiqua de Munich, spécialisé dans l’interprétation du chant grégorien et de la musique médiévale.

Cet enregistrement avait déjà été popularisé à l’échelle mondiale en 1990 dans le titre “Sadeness (Part I)” du projet musical Enigma. David Guetta s’inscrit donc dans une filiation musicale où le patrimoine liturgique est réutilisé dans un contexte électronique. Mais le texte, lui, demeure inchangé, il s’agit du Psaume 24, psaume de supplication confiante dont l’incipit latin proclame Ad te, Domine, levavi animam meam, “Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme”.

Depuis ses débuts dans les clubs parisiens des années 1980, David Guetta a accompagné l’ascension de la musique électronique vers le sommet de l’industrie culturelle. Résidences à Ibiza, collaborations avec les plus grandes voix internationales, tournées planétaires, récompenses multiples, il a transformé la figure du DJ en icône globale. Sa musique, rythmée, énergique, structurée autour de montées et de ruptures spectaculaires, est pensée pour la communion horizontale des foules. Les bras levés face à la scène, la pulsation collective, la lumière saturée, tout concourt à créer une expérience immersive. Avec Prayer, le producteur ne renie rien de son univers sonore. Le morceau s’inscrit dans une veine deep melodic techno, plus sombre, plus introspective peut-être, mais toujours calibrée pour les clubs et les festivals. Ce qui change, c’est la source vocale.

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Le chant grégorien n’est pas une simple couleur médiévale. Il est la forme musicale propre de la liturgie romaine pendant plus d’un millénaire. Monodique, sans accompagnement instrumental, il donne la primauté absolue au texte sacré. Son nom renvoie traditionnellement au pape Grégoire le Grand, même si son élaboration s’est étendue sur plusieurs siècles. Il structure la messe et l’office, rythme l’année liturgique, accompagne la méditation des psaumes. Au XXe siècle, les moines de Solesmes ont œuvré à la restauration scientifique des manuscrits anciens, redonnant au chant grégorien sa pureté mélodique et sa place centrale dans la prière de l’Église. Le psaume n’y est pas un simple texte poétique. Il est Parole inspirée, supplication de l’homme pécheur, cri de confiance vers Dieu.

Lorsque le Psaume 24 est intégré dans une structure électronique à 125 battements par minute, le contraste est évident. Le texte qui implore la miséricorde divine devient élément d’une architecture sonore contemporaine.

Certains y verront une utilisation esthétique du sacré, détachée de son sens propre. Si un texte liturgique est réduit à un effet sonore, la question de la profanation peut légitimement être posée.

D’autres observeront que même dans une culture largement sécularisée, le patrimoine chrétien demeure une source inépuisable. Si ces mélodies continuent de toucher des millions d’auditeurs, c’est qu’elles portent une profondeur que la production moderne seule ne suffit pas à créer. La sortie du morceau au début du Carême ajoute une dimension symbolique. Hasard du calendrier ou choix assumé, le fait demeure. Le psaume traverse les siècles, des abbayes médiévales aux studios allemands des années 1970, des expérimentations électroniques des années 1990 aux scènes géantes de la techno mondiale. Il serait excessif d’y voir un réveil religieux. Mais il serait naïf d’y voir un simple décor sonore. Le sacré, même fragmentairement utilisé, rappelle une vérité persistante, l’homme continue d’élever son âme vers quelque chose qui le dépasse.

Le Psaume 24

Vers toi, Seigneur, j’élève mon âme,
vers toi, mon Dieu.
Je m’appuie sur toi, épargne-moi la honte,
ne laisse pas triompher mon ennemi.
Pour qui espère en toi, pas de honte,
mais honte et déception pour qui trahit.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.
C’est toi que j’espère tout le jour.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Les voies du Seigneur sont amour et vérité
pour qui veille à son alliance et à ses lois.
À cause de ton nom, Seigneur,
pardonne ma faute, elle est grande.

Est-il un homme qui craint le Seigneur ?
Dieu lui montre le chemin qu’il doit prendre.
Son âme habitera le bonheur,
ses descendants posséderont la terre.

Le Seigneur se confie à ceux qui le craignent,
il leur fait connaître son alliance.
J’ai les yeux tournés vers le Seigneur,
il tirera mes pieds du filet.

Regarde, et prends pitié de moi,
de moi qui suis seul et misérable.
L’angoisse grandit dans mon cœur,
tire-moi de ma détresse.

Vois ma misère et ma peine,
enlève tous mes péchés.
Vois mes ennemis si nombreux,
la haine violente qu’ils me portent.

Garde mon âme, délivre-moi,
je m’abrite en toi, épargne-moi la honte.
Droiture et perfection veillent sur moi,
sur moi qui t’espère.

Libère Israël, ô mon Dieu,
de toutes ses angoisses.

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