Ce Mercredi 25 février 2026, par 299 voix POUR et 226 voix CONTRE, l’Assemblée nationale a adopté la deuxième lecture du texte de loi instaurant ce que ses promoteurs appellent un « droit à l’aide à mourir » : dans tous les cas de figure le texte final sera aligné sur ce vote. Derrière cette expression feutrée, il faut nommer la réalité : la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie.On nous parle d’humanité, d’apaisement, de liberté. Mais une société qui choisit la mort plutôt que la solidarité cesse d’être une société humaine. Une loi qui organise la mort ne peut pas être une loi de progrès.
Dans l’hémicycle, beaucoup ont adopté le ton grave. Certains se sont drapés dans une dignité étudiée, invoquant la compassion, la modernité, l’écoute des « attentes sociétales ». Puis sont venues les félicitations, les références aux sondages favorables, les satisfactions discrètes d’avoir accompagné « l’évolution des mentalités ». Cette mise en scène est une caricature de dignité. La dignité ne se proclame pas au micro, elle se prouve dans la protection des plus vulnérables.
La forme a été policée, le vocabulaire soigneusement choisi. Mais le fond demeure dramatique : la loi permet qu’un médecin administre ou fasse administrer une substance létale avec l’intention directe de provoquer la mort.Le texte assimile le suicide assisté et l’euthanasie à un « soin ». Cette bascule sémantique est capitale. Ce qui relevait hier encore de l’interdit absolu devient un acte médical intégré au parcours thérapeutique. La frontière entre « laisser mourir » et « faire mourir » est brouillée.
L’interdit de tuer, socle de toute civilisation juridique, est relativisé au nom d’une liberté redéfinie.
La liberté invoquée ici est une liberté amputée. Elle est présentée comme l’autonomie ultime, le pouvoir de décider de sa mort. Mais dans un pays où l’accès aux soins palliatifs reste inégal, où la souffrance psychologique peut être fluctuante, où les personnes handicapées vivent déjà dans une fragilité sociale réelle, peut-on parler d’un choix pleinement libre ? Quand l’accompagnement manque, quand les structures font défaut, la « liberté » peut devenir un choix par défaut. La vraie liberté suppose des alternatives réelles, une solidarité effective, une présence fidèle jusqu’au terme naturel de la vie.
Lire aussi
Ce vote ne dit pas seulement quelque chose de la fin de vie. Il dit quelque chose de notre conception de l’homme. Si la réponse ultime à la souffrance devient l’injection létale, alors la société reconnaît implicitement que certaines vies peuvent devenir indignes d’être vécues. Ce basculement est profond. Il engage la médecine, la conscience des soignants, la protection des plus fragiles, et l’image que la France donne d’elle-même.
« une instrumentalisation de la dignité, de la liberté ou de la fraternité »
Dans leur tribune solennelle intitulée « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », les évêques de France ont mis en garde contre ce qu’ils nomment explicitement « une instrumentalisation de la dignité, de la liberté ou de la fraternité ». Leur parole s’enracine dans une expérience concrète d’accompagnement des malades, des personnes handicapées, des familles et des soignants.
La liberté, ne peut être pensée abstraitement, comme si la pression sociale, la solitude ou la fatigue d’exister n’influençaient pas le discernement. Quant à la fraternité, elle ne consiste jamais à hâter la mort de celui qui souffre, mais à ne jamais l’abandonner.
La République touche à ce socle anthropologique, la notion sacrée de la vie ; elle rejoint la folie des idéologies les plus dévastatrices comme le nazisme qui supprimait par sélection des races, ou les Incas par sacrifices humains faits à un dieu qui n’en était pas un. Nous sommes entrés dans l’ère de la barbarie. La France peut marquer cette date comme un jour de deuil national.


