Par Philippe Marie
C’est un paradoxe tragique qui en dit long sur l’état de notre Église et de nos institutions : ce n’est pas l’Église qui a protégé la sacralité d’un lieu de culte, mais une rappeuse de 22 ans. Théodora, artiste franco-congolaise, a annulé son concert dans la collégiale Saint-Martin d’Angers non pas par caprice, mais par conviction. Dans un message limpide et digne, elle écrivait : « En raison de mes croyances et de mon projet musical, il m’est impossible de jouer dans un lieu sacré. »
Et c’est précisément là que le scandale commence : ce n’est pas le diocèse, ni le ministère de la Culture, ni même le département du Maine-et-Loire, propriétaire des lieux, qui a jugé bon de faire respecter la sainteté d’une église encore consacrée. Non. C’est une jeune artiste, croyante, qui a su discerner ce que tant d’institutions catholiques refusent désormais de voir : on ne fait pas de tout un spectacle, surtout dans la maison du Seigneur.
Car oui, la collégiale Saint-Martin n’est pas désacralisée. Il y a toujours des crucifix accrochés aux murs. Il est toujours possible d’y célébrer la messe. Pourtant, on y accueille du jazz, des entretiens littéraires, du cirque… et des concerts de rap, sans que cela ne soulève la moindre protestation officielle. Et ce n’est pas la nature du rap qui est ici en cause – certains styles peuvent porter de vrais messages. Ce qui est en cause, c’est l’indifférence totale à la sainteté des lieux.
Plus choquant encore : le diocèse d’Angers n’a émis aucune objection. Pas un mot. Pas une mise au point. Pas un rappel à l’ordre. Rien. Silence assourdissant du clergé. Il revient donc à une artiste que d’aucuns dans l’Église auraient probablement méprisée de témoigner du respect dû à la présence de Dieu. Une inversion absolue des responsabilités, comme si les pierres elles-mêmes devaient crier devant l’abandon.
Ce silence donne tout son sens à la pétition lancée par Tribune Chrétienne en faveur du respect de la sacralité des églises. Si une collégiale peut être ainsi profanée, avec la bénédiction implicite du diocèse et de l’État, qu’en sera-t-il demain ?
Nous attendons du ministère de la Culture qu’il veille à ce que nos églises ne soient plus considérées comme de simples bâtiments disponibles à la location pour tout usage culturel. Comme cela est prévu, nous sommes impatients d’échanger avec les proches de la ministre Rachida Dati afin d’éclaicir les zones d’ombres existantes autour de l’utilisation qui est faite aujourd’hui des églises affectées ou non au culte, qu’elles soient d’avant ou d’aprés 1905.
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Et nous attendons de l’Église de France, présidée désormais par le cardinal Jean-Marc Aveline, qu’elle élève enfin la voix. Car oui, cela choque des millions de catholiques, en France et au-delà.
Qu’on se consacre aux pauvres est un devoir évangélique, mais comme l’a dit Jésus lui-même : « Les pauvres, vous en aurez toujours avec vous » (Mt 26,11). Il ajoutait cela pour rappeler que le respect du sacré n’est pas secondaire. La maison de Dieu n’est pas un décor. C’est un lieu où réside une présence réelle. Le Seigneur mérite plus que ce que nos évêques semblent disposés à lui accorder.Et que personne ne se méprenne : Théodora n’a pas fui la confrontation. Elle a agi par respect. À sa manière, elle a remis l’église au centre du village. Elle a compris ce que tant de responsables de l’Eglise ont oublié : on ne fait pas commerce de ce qui est sacré.
Oui, aujourd’hui, une rappeuse est plus catholique que certains évéques. Que cela nous fasse réfléchir.
Pour signer la pétition Tribune Chrétienne ici