Le dernier sondage de l’Ifop, réalisé pour Écran de veille, met en évidence une progression continue et profonde de la pratique religieuse chez les musulmans de France. Entre 1989 et 2025, la participation à la prière en mosquée chez les moins de 25 ans est passée de 7 à 40 pour cent. L’observance du ramadan connaît une hausse similaire, passant de 51 à 83 pour cent chez les jeunes. Les signes visibles suivent la même trajectoire. Le port du hijab chez les femmes de moins de 25 ans bondit de 16 à 45 pour cent. Ce n’est plus seulement une transmission familiale, mais un marqueur identitaire assumé. Pour nombre de jeunes musulmans, l’islam devient un cadre de sens et une manière de s’affirmer dans une société perçue comme fragilisée. Ce renouveau donne à l’islam une place plus structurante encore dans un pays où le catholicisme, lui, recule, malgré la persistance de racines chrétiennes très profondes.
L’enquête révèle également une évolution notable dans le rapport à la loi et à la société. Chez les 15 à 24 ans, 57 pour cent estiment que les lois de la République doivent s’effacer devant celles de la charia.
Le refus de la mixité progresse aussi et concerne désormais 45 pour cent des hommes et 57 pour cent des femmes de moins de 35 ans, qui refusent au moins un type de contact avec le sexe opposé, de la poignée de main aux soins médicaux. La dimension politique se renforce également, puisque 42 pour cent des jeunes musulmans interrogés expriment une sympathie pour des mouvements islamistes, contre 33 pour cent dans l’ensemble de la population musulmane, les Frères musulmans recueillant le soutien le plus élevé, en particulier chez les moins de 25 ans. La volonté de moderniser l’islam s’effondre : en 1989, 41 pour cent des jeunes interrogés souhaitaient adapter la religion au monde contemporain, ils ne sont plus que 12 pour cent en 2025.La publication de cette enquête a déclenché de vives réactions . Plusieurs députés de La France Insoumise ont accusé le travail d’être « islamophobe » et « truqué ».
À la suite d’attaques personnelles diffusées sur les réseaux sociaux, le directeur de l’Ifop, Frédéric Dabi, a porté plainte pour diffamation, dans un climat rappelant tristement des mécanismes déjà observés lors d’affaires précédentes où des accusations mensongères avaient contribué à exposer des individus.
Lire aussi
Ce renouveau religieux pourrait susciter des inquiétudes ou de la crispation. Pourtant, pour les chrétiens de France, il constitue d’abord un appel. Si une partie de la jeunesse musulmane cherche dans la religion des repères, un cadre moral ou une identité, alors il appartient aussi aux chrétiens de rendre visible la cohérence, la paix et la vérité de la foi chrétienne. Le témoignage ne doit pas être confrontation, mais disponibilité, accueil et fidélité à l’Évangile.
Là où une soif spirituelle se manifeste, l’Église peut offrir une réponse enracinée dans la charité et la vérité
Précisons que les conversions d’anciens musulmans au christianisme demeurent un phénomène difficile à quantifier de manière précise. En 2025, des estimations pastorales évoquent entre 300 et 400 baptêmes catholiques par an de personnes issues de familles musulmanes. Dans certains diocèses, entre 10 et 20 pour cent des catéchumènes adultes déclarent une origine musulmane. Mais ces chiffres, déjà significatifs, ne reflètent qu’une partie du phénomène. Beaucoup de conversions restent silencieuses, cachées ou retardées en raison de la pression familiale, de la peur de ruptures affectives ou sociales, et parfois d’un risque réel de rejet. Cette réalité discrète montre cependant qu’un chemin vers le Christ existe, souvent au terme d’un long parcours intérieur nourri de rencontres, de lectures et de témoignages.
Ajoutons qu’en France beaucoup de chrétiens sont devenus, dans les faits, presque athées. Ils se disent chrétiens sans vraiment savoir ce que cela signifie. Ils sont baptisés, et c’est tout. Leur foi ne repose plus sur une connaissance, ni sur une pratique, ni sur un engagement réel. Cette fragilité s’est installée parce qu’ils se soumettent à une laïcité oppressante, exprimée de manière tronquée, qui leur fait croire que le fait religieux doit rester strictement confiné à la sphère privée. Cette vision déformée a peu à peu réduit les chrétiens au silence, les poussant à considérer leur propre foi comme quelque chose d’intime mais sans portée publique, comme si elle n’avait plus vocation à être vécue ni transmise.
Entre cet oubli vécu du christianisme et le réveil religieux observé ailleurs, un contraste saisissant apparaît. C’est précisément ce contraste qui permet de comprendre la portée du sondage et ce qu’il révèle de la situation spirituelle du pays. L’évolution mise en lumière par le sondage de l’Ifop n’est pas un simple fait sociologique mais un véritable signe des temps. Pour les chrétiens, elle ne doit pas susciter une réaction émotive hostile , mais appeler à examiner la situation avec lucidité. La progression du fait religieux chez une partie de la jeunesse musulmane rappelle que le terrain spirituel en France n’est pas uniforme et que des dynamiques profondes, longtemps sous-estimées, sont à l’œuvre.
Face à cela, la mission de l’Église n’est ni la confrontation ni le repli, mais le témoignage en refusant d’accompagner ce que certains appellent le « déclin programmé » des catholiques Français
Il ne s’agit pas de se positionner contre ces évolutions, mais de demeurer fidèle à ce que l’Église a reçu : annoncer le Christ haut et fort, offrir la vérité de la foi chrétienne et éclairer les consciencesDans cette perspective, il convient de rappeler une vérité fondamentale de l’anthropologie chrétienne : tout homme, quelle que soit son appartenance culturelle ou religieuse, tend vers Dieu. Le cœur humain porte en lui une orientation naturelle vers la transcendance et la recherche de la vérité ultime. Cette dynamique, parfois confuse, parfois mal orientée, n’en demeure pas moins réelle. Elle explique que, dans un contexte pourtant sécularisé, la quête spirituelle continue de se manifester sous des formes diverses.Il s’agit donc d’être capable d’accompagner ceux qui s’interrogent sur le sens de la vie, sans naïveté et sans syncrétisme. La présence de l’Église doit être ferme, structurée et identifiable, capable de proposer la foi chrétienne non comme une option parmi d’autres, mais comme la réponse qu’elle croit vraie. Là où la recherche spirituelle s’intensifie, quelle qu’en soit l’origine, l’Église a le devoir d’être présente, vigilante et éclairante, pour offrir non une simple alternative culturelle, mais le Christ comme espérance et vérité pour tous.


