Depuis 2000 ans

[ VIDEO ] Visite historique du Pape Léon XIV au Liban : le témoignage du père Guillaume Bruté de Rémur

Le Pape Léon XIV Liban accueilli à l'aéroport de Beyrouth par le président de la République, Josaphat Aoun - capture écran
Le Pape Léon XIV Liban accueilli à l'aéroport de Beyrouth par le président de la République, Josaphat Aoun - capture écran
Dans un Liban meurtri mais toujours porteur d’une vocation unique au Moyen-Orient, la visite du Pape Léon XIV apparaît comme un appel pressant à la mission, à la coexistence et à la fidélité. Le père Guillaume Bruté de Rémur livre, un témoignage lucide et profondément enraciné dans la tradition de l’Église

Le Pape Léon XIV Liban a été accueilli à l’aéroport de Beyrouth par le président de la République, Josaphat Aoun , dans un Liban traversé par une crise économique dévastatrice, marqué par une instabilité persistante et par les blessures encore ouvertes de la guerre, la visite du Pape Léon XIV revêt une portée résolument missionnaire. C’est ce que souligne le père Guillaume Bruté de Rémur, prêtre français installé depuis de nombreuses années au Moyen-Orient et recteur du Séminaire éparchial international Redemptoris Mater du Liban. Implanté au cœur d’un quartier majoritairement musulman de Beyrouth, le séminaire forme des jeunes provenant de différents pays et de rites catholiques variés, rappelant par son existence même la vocation de coexistence propre au Pays du Cèdre.

Pour une communauté chrétienne souvent tentée par l’émigration, le déplacement du Saint-Père apparaît comme un encouragement tangible à rester, à témoigner et à redevenir le levain de la coexistence dans une société multiconfessionnelle. Le père Guillaume voit dans le thème choisi par le Pape, « Heureux les artisans de paix », un appel à redécouvrir cette mission fondamentale.Interrogé par l’Agence Fides sur la signification de ce voyage, le père Guillaume insiste :
« Je pense que c’est une visite très importante. Certains la considèrent comme l’accomplissement du souhait du pape François, qui avait déclaré à plusieurs reprises qu’il viendrait au Liban ; puis il est monté au Ciel et cette opportunité ne s’est pas présentée. »

Il rappelle que le Saint-Siège accordait déjà une grande attention à la situation libanaise, mais que le choix du Pape Léon XIV de compter le Liban parmi les premières étapes de son pontificat possède une dimension à la fois pastorale et missionnaire. Il s’agit, selon lui, d’un signe adressé à toute la région.Le père Guillaume évoque également la vocation du Liban, chère à Saint Jean-Paul II :
« Le Liban a toujours été une terre d’accueil […] Il est fondamental de montrer ce pays comme un “message”, expression inventée par Saint Jean-Paul II, qui disait : “Le Liban, plus qu’un pays, est un message”. Et je pense que le Pape veut souligner précisément cet aspect. »

La première rencontre publique du Pape au Liban se déroulera avec les séminaristes, le clergé et les religieuses. Au Séminaire Redemptoris Mater, cette annonce suscite enthousiasme et reconnaissance. Le père Guillaume confie :
« Les séminaristes sont enthousiastes : ils sentent que la visite du Pape confirme leur vocation et leur présence ici. […] Cette année marque le trentième anniversaire de la fondation de notre séminaire […] et le pape arrive précisément le 30 novembre. Cela aussi a une grande valeur symbolique. »

Lire aussi

Dans un pays où les difficultés poussent de nombreuses familles à quitter la terre de leurs ancêtres, la parole du Pape affermit la détermination à rester et à témoigner.« La parole du Pape est très importante car elle rappelle aux chrétiens qu’être chrétien n’est pas seulement une appartenance ou une croyance, mais c’est être appelé à vivre sa vie comme un témoignage », explique le recteur.À propos du message attendu du Saint-Père, il exprime une attente claire :
« Je pense qu’aujourd’hui, il est fondamental de secouer les consciences […]. J’espère que le Pape lancera un appel à la conversion aux élites du pays. »Dans un contexte marqué par l’affaiblissement moral lié à la guerre, une parole prophétique, estime-t-il, est plus nécessaire que jamais.

Dans le prolongement de ce témoignage, la visite de Léon XIV apparaît donc comme un geste qui dépasse la seule proximité avec les communautés éprouvées du Liban. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, où le pape entend relier l’histoire longue des Églises orientales avec les urgences contemporaines d’un Proche-Orient lacéré de crises.

Le choix de cette région comme première destination véritablement intentionnelle du pontificat manifeste une volonté claire de renouer avec les racines de l’Orient chrétien tout en soutenant la stabilité d’une zone où se jouent des équilibres décisifs pour l’avenir.Cette démarche rappelle la relation ancienne qui unit le Liban au Siège apostolique. Depuis des siècles, la présence catholique, notamment à travers les Églises orientales, a contribué à la formation spirituelle, culturelle et sociale de cette nation singulière où chrétiens et musulmans coexistent dans une architecture politique unique. La visite de Pierre réaffirme l’importance de ce rôle et souligne combien la contribution chrétienne reste essentielle, non seulement dans les domaines pastoraux ou éducatifs, mais aussi dans la vie publique, la diplomatie et la recherche de la paix.

Ce voyage met également en lumière la vocation œcuménique de l’Orient. Dans une terre où les Églises sont nombreuses et proches les unes des autres, l’unité n’est plus seulement un idéal théologique mais une nécessité vitale.

Face aux défis qui menacent leur présence, les chrétiens ne peuvent se permettre la division. Leur unité, humble et quotidienne, devient un témoignage crédible rendu au Christ dans un environnement majoritairement musulman et marqué par les blessures des conflits.

Ainsi, la venue du Pape Léon XIV, en pleine fin d’année jubilaire, porte une double portée stratégique et spirituelle. Elle encourage les communautés éprouvées, appelle les responsables à la conversion, et rappelle à tous que le Liban reste ce pays-message capable d’offrir au monde un modèle de coexistence et de fidélité. À travers cette visite, le Successeur de Pierre renouvelle la mission des chrétiens du Proche-Orient : demeurer le sel qui préserve, la lumière qui éclaire et le témoignage vivant de l’espérance au cœur des tumultes de l’histoire.

Recevez chaque jour notre newsletter !

RESTEZ CONNECTÉS !

Suivez l’actualité quotidienne des chrétiens en France et dans le monde

Rejoignez nos 60 000 abonnés : inscrivez ci-dessous votre adresse mail et recevez notre newsletter tous les jours, c’est gratuit !