Chaque année, la publication des ressources financières de l’Église catholique en France suscite des lectures rapides, souvent réduites à un chiffre global. L’exercice 2024 mérite pourtant une analyse plus attentive, car il éclaire non seulement la situation économique de l’Église, mais aussi des enjeux pastoraux et spirituels majeurs.En France, l’Église catholique ne reçoit aucun financement public pour le culte depuis la loi de 1905. Elle ne perçoit pas davantage de soutien financier du Vatican. L’ensemble de ses missions repose donc exclusivement sur la générosité des fidèles. La rémunération de plus de dix mille prêtres en mission, les salaires des laïcs, l’entretien du patrimoine immobilier, les activités pastorales, éducatives et caritatives sont entièrement financés par les dons.
En 2024, les ressources totales de l’Église atteignent 824 millions d’euros, soit une progression de 2,4 % par rapport à l’année précédente. Cette augmentation, représentant 19 millions d’euros supplémentaires, peut donner l’impression d’une situation solide. Elle masque pourtant des évolutions contrastées.

Les ressources courantes, qui assurent le fonctionnement quotidien des diocèses et des paroisses, s’élèvent à 622 millions d’euros, tandis que les ressources exceptionnelles, constituées principalement des legs et des cessions d’actifs immobiliers, représentent 202 millions d’euros. Près d’un quart des ressources repose donc sur des éléments par nature irréguliers et non pérennes.Le denier de l’Église atteint 212 millions d’euros, en légère hausse de 0,9 %. Cette progression reste toutefois modeste et ne s’explique pas par un élargissement de la base des donateurs. Le nombre de contributeurs continue en effet de diminuer, avec une baisse de 2 % en 2024, après des reculs déjà marqués les années précédentes. L’augmentation du denier repose donc sur un phénomène clair : les donateurs existants donnent davantage pour compenser la disparition progressive d’autres contributeurs. Cette générosité est réelle, mais elle pose une question de fond sur la soutenabilité du modèle à moyen terme.

Les ressources liées à la liturgie atteignent, quant à elles, un niveau inédit depuis dix ans, avec 309 millions d’euros. Les quêtes progressent fortement, portées à la fois par l’attachement des fidèles à la célébration de l’eucharistie et par le développement des paniers de quête électroniques.
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Les dons par carte bancaire, en moyenne plus élevés que les dons en espèces, contribuent clairement à cette dynamique. Le casuel connaît une légère hausse, traduisant une relative stabilité des demandes de sacrements.
En revanche, les offrandes de messe reculent de 4 % et atteignent leur plus bas niveau depuis 2005, hors année marquée par la crise sanitaire. Ce recul, discret en apparence, interroge profondément. Il pose la question de la compréhension, par les fidèles, du sens spirituel de l’intention de messe et de sa place dans la vie chrétienne. Il peut également refléter une évolution des pratiques ou une méconnaissance croissante de cette dimension essentielle de la liturgie.Autre évolution significative, la progression marquée des campagnes de dons affectés à des projets spécifiques, en hausse de plus de 12 %. Les fidèles semblent de plus en plus enclins à soutenir des initiatives concrètes et identifiées, telles que la rénovation d’églises, le soutien aux vocations ou l’accompagnement des prêtres âgés. Cette réorientation des dons révèle un désir de visibilité et de proximité, mais aussi une certaine distance vis-à-vis du financement du fonctionnement général de l’institution diocésaine.

Les legs poursuivent leur progression pour la quatrième année consécutive, confirmant l’attachement d’une génération de fidèles âgés à l’Église et à sa mission. Les cessions d’actifs immobiliers, en revanche, diminuent, rappelant que la vente du patrimoine ne peut constituer qu’un levier ponctuel et non une solution durable.
L’exemple d’un diocèse moyen met en lumière un déséquilibre structurel préoccupant. En fonctionnement courant, 100 euros de ressources font face à 121 euros de charges. Ce déficit est comblé par les ressources exceptionnelles, principalement les legs, permettant d’aboutir à un résultat net positif. Sans ces apports, de nombreux diocèses seraient structurellement déficitaires.
Le constat final est clair. Malgré des chiffres globalement stables, le nombre de donateurs diminue et leur âge moyen se situe entre 65 et 75 ans. Si une large majorité des pratiquants donne à l’Église sous une forme ou une autre, seule une minorité contribue régulièrement au denier. L’enjeu dépasse donc largement la seule question financière. Il est profondément pastoral et spirituel.Les chiffres de 2024 posent une question centrale : comment transmettre aux nouvelles générations la culture du don comme élément constitutif de la vie chrétienne, sans la réduire à une contrainte administrative ou à une simple opération de communication ? L’Église catholique en France tient financièrement, mais elle le fait sur un équilibre fragile. À long terme, ce ne sont pas seulement les montants collectés qui détermineront son avenir, mais la capacité à renouveler l’engagement des fidèles.
Source Chiffres Eglise catholique de France


