Depuis 2000 ans

Saint Jean l’évangéliste

DR
DR
Au matin de Pâques, Jean court au tombeau avec Pierre. Il arrive le premier, mais laisse entrer l’autre avant lui. Le récit johannique souligne alors un point décisif, « il voit et il croit »

Apôtre et évangéliste (+ 101)

Ce samedi 27 décembre 2025, l’Église célèbre saint Jean l’évangéliste, apôtre et témoin privilégié du Christ. Cette mémoire liturgique, située dans l’octave de Noël, invite à contempler une figure fondatrice du christianisme apostolique, à la fois proche de l’événement historique de Jésus et porteuse d’une méditation théologique d’une rare profondeur.

Jean est l’un des fils de Zébédée, pêcheur sur le lac de Tibériade. Avec son frère Jacques, il appartient à ce milieu modeste de travailleurs de la mer que Jésus appellera au début de sa vie publique. Les évangiles synoptiques rapportent que les deux frères étaient surnommés « fils du tonnerre », indication d’un tempérament ardent, peut-être impétueux, mais aussi d’une énergie intérieure orientée vers la recherche de Dieu. Avant même de suivre Jésus, Jean s’était attaché à l’enseignement de Jean le Baptiste, figure de transition entre l’attente d’Israël et l’accomplissement messianique. Lorsque le Baptiste désigne Jésus comme « l’Agneau de Dieu », Jean se met à sa suite, inaugurant un chemin de fidélité qui ne se démentira plus.

L’appel définitif, sur les rives du lac, marque la rupture décisive. Jacques et Jean laissent leurs filets et leur père pour suivre le Maître. Jean apparaît alors comme le plus jeune du groupe apostolique, mais aussi comme l’un de ceux qui entrent le plus intimement dans la relation avec Jésus. L’évangile qui porte son nom le désigne, avec pudeur, comme « le disciple que Jésus aimait ». Cette expression n’établit pas une hiérarchie affective, elle signale plutôt une proximité spirituelle particulière, fruit d’une disponibilité intérieure et d’une capacité de contemplation.Cette proximité se manifeste dans les grands moments de la révélation. Jean fait partie du cercle restreint admis à la Transfiguration sur le mont Thabor, il est présent lors de l’agonie au jardin de Gethsémani, il repose contre la poitrine du Christ lors de la Cène. Surtout, il demeure au pied de la croix, seul parmi les apôtres, aux côtés de Marie. C’est là que Jésus lui confie sa mère, geste que la tradition catholique interprète comme une parole ecclésiale, Marie étant donnée non seulement à Jean, mais à l’Église tout entière.

Au matin de Pâques, Jean court au tombeau avec Pierre. Il arrive le premier, mais laisse entrer l’autre avant lui. Le récit johannique souligne alors un point décisif, « il voit et il croit ». Cette foi naissante, fondée sur les signes et ouverte au mystère, est emblématique de la démarche spirituelle que l’évangéliste proposera à ses lecteurs.

La tradition ancienne situe ensuite Jean à Éphèse, où il aurait vécu avec Marie. C’est là qu’aurait été rédigé le quatrième évangile, texte profondément méditatif, structuré autour de grands signes et de longs discours théologiques. Un séjour à Patmos est également rapporté, à l’origine du livre de l’Apocalypse, témoignage prophétique marqué par le langage symbolique et l’espérance du triomphe final de Dieu. Quant aux lettres johanniques, elles livrent le cœur de son enseignement spirituel, résumé dans une affirmation simple et exigeante, « Dieu est amour » et dans l’appel constant à l’amour fraternel.

Une tradition tardive évoque enfin un épisode romain sous l’empereur Domitien, où Jean aurait été condamné à être plongé dans l’huile bouillante près de la Porte Latine, sans y trouver la mort. Le caractère historique de ce récit demeure incertain, mais il témoigne de la conscience ecclésiale selon laquelle Jean, à l’instar de Pierre et de Paul, a été associé au témoignage rendu à Rome.La fête de saint Jean l’évangéliste rappelle ainsi une figure apostolique singulière, à la fois témoin oculaire de la vie du Christ et théologien de la contemplation. Son évangile et ses écrits ne cherchent pas d’abord à multiplier les détails narratifs, mais à conduire le lecteur à une foi mûrie, éclairée par la reconnaissance de la gloire du Verbe incarné. Dans la liturgie de l’Église, Jean demeure le disciple de la proximité, de l’écoute et de la fidélité, celui qui, jusqu’à un âge avancé , ne cessait de rappeler l’essentiel de l’Évangile, aimer parce que Dieu aime.

Recevez chaque jour notre newsletter !