La nuit du 2 janvier 2026 marque un tournant majeur pour le Venezuela. De violentes explosions ont été entendues à Caracas et dans plusieurs régions du pays. Le gouvernement de Nicolas Maduro a accusé les États-Unis d’une « très grave agression militaire », affirmant que des zones civiles et militaires avaient été touchées. Des médias américains ont évoqué l’implication de forces américaines, sans confirmation officielle de Washington. Dans la foulée, l’état d’urgence a été décrété sur l’ensemble du territoire et le pouvoir a appelé à la mobilisation nationale, installant un climat de peur et de tension extrême.Cette escalade intervient dans un contexte de durcissement autoritaire déjà bien ancré. L’investiture de Nicolas Maduro pour un troisième mandat, le 10 janvier 2025, avait confirmé la consolidation d’un régime reposant sur la militarisation de la vie publique et le contrôle étroit des institutions. Contesté par une large partie de la communauté internationale, ce mandat s’est accompagné d’une intensification de la répression contre les opposants, les journalistes et les acteurs de la société civile.
Arrestations arbitraires, disparitions forcées et intimidations constituent désormais des instruments ordinaires du pouvoir. Le cas de Carlos Correa, journaliste chrétien et défenseur des droits humains arrêté puis porté disparu, a suscité une mobilisation internationale, notamment de la part de Amnesty International, révélant la fragilité extrême des libertés fondamentales au Venezuela.
Dans ce climat de peur, les chrétiens se retrouvent directement exposés. Majoritaires dans le pays, ils subissent à la fois les conséquences de la répression interne et l’angoisse liée à une possible escalade militaire. Les paroisses, souvent dernier recours pour les familles les plus pauvres, voient leurs activités surveillées, restreintes ou entravées, alors même que la crise sociale s’aggrave et que les besoins humanitaires explosent.L’état d’exception et la rhétorique de la défense nationale servent désormais à justifier un contrôle accru des rassemblements, y compris religieux. Pour de nombreux fidèles, la menace d’un conflit armé s’ajoute à une réalité quotidienne déjà marquée par l’insécurité, les pénuries et l’exil forcé de proches.
Dans ce contexte, l’Église catholique demeure l’un des rares repères encore debout. Les évêques continuent de dénoncer l’injustice, la corruption et la militarisation de la vie civile, malgré les pressions croissantes et les attaques verbales du pouvoir. Leur parole, fondée sur la dignité humaine et le refus de la violence, tranche avec les discours officiels de mobilisation et de confrontation.
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Sur le terrain, les prêtres poursuivent leur mission pastorale au plus près des souffrances. Messes célébrées dans l’angoisse, écoute des familles touchées par la répression ou l’exil, aide matérielle aux plus démunis, l’Église reste présente, rappelant que l’espérance chrétienne ne nie pas la gravité de la situation mais refuse de céder au désespoir.Cette fidélité à sa mission vaut à l’Église d’être de plus en plus perçue comme un obstacle par le régime. Tentatives de division entre prêtres et évêques, entraves aux déplacements de responsables religieux, surveillance accrue des activités pastorales, tout concourt à marginaliser une institution jugée trop indépendante. L’Église n’est pas attaquée pour un rôle politique, mais parce qu’elle incarne une autorité morale échappant au contrôle du pouvoir.La situation vénézuélienne rappelle celle du Nicaragua, où le régime de Daniel Ortega a engagé une persécution directe contre l’Église catholique. Arrestations de responsables religieux, fermetures d’œuvres caritatives et répression des expressions publiques de la foi y ont montré comment un pouvoir autoritaire cherche à réduire au silence toute voix morale indépendante.
Alors que l’intervention américaine se précise et modifie les rapports de force régionaux, l’Église catholique se trouve dans une position délicate, refusant à la fois la violence armée et l’arbitraire politique. Elle continue pourtant d’accompagner un peuple éprouvé, rappelant que ni la peur ni la force ne peuvent fonder une paix durable.Dans un Venezuela suspendu entre répression intérieure et incertitude géopolitique, l’Église reste pour beaucoup de chrétiens un refuge essentiel. Sa présence discrète mais constante rappelle que la foi peut encore offrir un espace de liberté intérieure et de résistance pacifique, à l’heure où l’avenir du pays demeure profondément incertain.


