C’est dans un texte intitulé « Silence » que Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh et membre des Missions étrangères de Paris, livre son analyse de la situation actuelle au Cambodge. Cette réflexion, rendue publique le 7 janvier 2026 , exprime la préoccupation persistante d’un pays toujours marqué par les conséquences du conflit frontalier avec la Thaïlande, malgré l’annonce d’un cessez-le-feu.L’évêque y décrit une réalité faite de destructions matérielles et de déplacements forcés. « Les bulldozers thaïlandais rasent les maisons des civils cambodgiens sur des kilomètres », écrit-il, évoquant également « des barbelés et des conteneurs [qui] bloquent l’accès aux villages ». À ces atteintes s’ajoute, une absence de réaction internationale.
Dans un texte repris par l’agence Fides, le prélat mentionne aussi la destruction des édifices religieux et culturels, rappelant que « les temples, lieux sacrés par excellence pour la vénération des dieux et la mémoire de l’humanité, ont été réduits en poussière ». Malgré la trêve, souligne-t-il encore, « des centaines de milliers de civils et d’enfants vivent toujours dans des camps sordides ».Dans ce contexte, Mgr Olivier Schmitthaeusler affirme que « le Cambodge veut lui aussi faire entendre sa voix, en demandant justice et réparation sur la scène mondiale où le pouvoir de la force semble être devenu la nouvelle règle ».
S’il rappelle l’importance de la prière, il précise aussitôt que celle-ci ne saurait conduire à l’inaction : « ce à quoi nous assistons aujourd’hui nous invite certes à la prière, mais pas au silence ».
La réflexion s’élargit ensuite au cadre international. L’évêque fait également référence à plusieurs conflits actuels, notamment en Ukraine et à Gaza, et s’interroge sur l’évolution des relations entre États : « Le pouvoir appartient-il uniquement aux plus forts ? Des philosophes grecs aux penseurs chrétiens, 2 500 ans de travail pour construire les valeurs de la démocratie, de la liberté et de la souveraineté des peuples peuvent-ils être balayés en quelques mois au nom d’intérêts géopolitiques et au mépris du droit international, et plus encore au mépris des gens ordinaires, les nouveaux martyrs de ce XXIe siècle ? »
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Dans son texte, l’évêque relit la situation à la lumière du mystère de Noël. « Noël est le renversement des certitudes de l’humanité : le pouvoir au plus fort, la richesse au plus cruel, la vie au plus sanguinaire », écrit-il, rappelant que Dieu se fait « un nouveau-né, fragile et sans défense ». Il évoque également la croix, « signe de la violence et de l’inhumanité du cœur humain », d’où naissent pourtant « la vie, la vie éternelle et le salut pour tous ceux qui aiment par leurs actes et dans la vérité ».Le silence, précise-t-il, trouve son sens lorsqu’il devient prière, « pour prier Dieu de nous éclairer, de nous accorder la sagesse et le discernement », en particulier pour les dirigeants du monde. Mais il en souligne clairement les limites :
« nous ne pouvons rester silencieux et permettre que des innocents soient méprisés et humiliés, comme s’il existait une hiérarchie des valeurs, même dans la vie humaine ».
Cette prise de parole s’inscrit dans le parcours missionnaire d’un évêque profondément enraciné au Cambodge. Né le 26 juin 1970 à Strasbourg, Olivier Schmitthaeusler est formé au Grand séminaire de Strasbourg, puis connaît une première expérience internationale au Japon entre 1991 et 1994. Entré aux Missions étrangères de Paris ( MEP) , il est ordonné prêtre en 1998 et rejoint le Cambodge la même année. Depuis plus de vingt-cinq ans, il y exerce son ministère, d’abord dans la pastorale de terrain, puis dans la formation, l’éducation et la gouvernance ecclésiale.Nommé vicaire apostolique de Phnom Penh en 2010, il préside depuis 2014 la Conférence épiscopale du Laos et du Cambodge. Sa devise épiscopale, Caritas Christi urget nos (« L’amour du Christ nous presse »), éclaire une parole qui articule fidélité évangélique et attention constante aux réalités humaines. En rappelant les exigences de justice, de droit et de dignité humaine, Mgr Olivier Schmitthaeusler inscrit l’expérience cambodgienne dans une réflexion plus large sur la paix, rejoignant ainsi l’appel du Pape Léon XIV à faire de chaque communauté humaine une véritable « maison de paix », fondée sur le dialogue, la justice et le pardon.


