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[ DERIVE SECTAIRE ] « Nouveau Ciel, Nouvelle Terre » : une « pseudo-église » niant la divinité du Christ, se développe en France

Bénévoles lors de dons du sang, à droite, Lee Man-hee , le fondateur  - DR
Bénévoles lors de dons du sang, à droite, Lee Man-hee , le fondateur - DR
Derrière un discours séduisant d’« étude biblique » et de retour à la pureté de l’Évangile, un mouvement religieux d’origine sud-coréenne développe une doctrine qui rompt avec le cœur même de la foi chrétienne

Négation de la divinité du Christ, salut conditionné à l’adhésion à une organisation humaine, autorité spirituelle concentrée entre les mains d’un homme présenté comme l’instrument de l’Apocalypse : autant d’éléments qui appellent à un discernement sérieux pour les chrétiens. Derrière une terminologie biblique et une apparence ecclésiale, le mouvement « Nouveau Ciel, Nouvelle Terre » diffuse en France un discours qui s’écarte radicalement de la foi chrétienne telle qu’elle est professée depuis les origines.

Se présentant comme une communauté spirituelle porteuse d’une révélation nouvelle, cette « pseudo-église » développe une doctrine et des pratiques qui soulèvent de graves questions théologiques et pastorales, au point de susciter l’inquiétude de nombreux observateurs quant à une possible dérive sectaire.Présenté comme un simple cadre d’étude biblique non confessionnelle, le mouvement connu sous le nom de Shincheonji, et actif en France sous l’appellation Nouveau Ciel, Nouvelle Terre, suscite depuis plusieurs années une attention croissante de la part d’associations de vigilance, d’anciens membres et de responsables chrétiens. Loin de se limiter à un cercle de réflexion spirituelle, ce groupe développe une doctrine structurée et exclusive, ainsi qu’une organisation hiérarchique rigide, centrée sur la figure de son fondateur, Lee Man-hee.

L’un des aspects les plus préoccupants du discours de Shincheonji réside dans sa prétention explicite à détenir la seule interprétation « correcte » et « accomplie » de la Bible. Le mouvement affirme que la majorité des Églises chrétiennes se seraient trompées pendant des siècles, incapables de comprendre le véritable sens de l’Écriture.

Ses enseignants revendiquent une connaissance cachée, opposée aux traditions chrétiennes historiques, et présentée comme indispensable au salut. Cette approche met fortement l’accent sur les paraboles, notamment celles de l’Évangile selon saint Matthieu, interprétées comme des clés secrètes du Royaume des Cieux, réservées à ceux qui acceptent l’enseignement du groupe.Sur le plan « doctrinal », les positions rapportées situent clairement Shincheonji en rupture avec la foi chrétienne. Le mouvement nie la divinité de Jésus-Christ, réduit au rang de « pasteur promis » ou de simple prophète, ce qui contredit directement la confession centrale du christianisme, selon laquelle le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Il enseigne également que Jésus ne reviendra pas corporellement à la fin des temps, mais qu’il serait revenu « en esprit », à partir de 1966, en Corée.Dans cette perspective, l’accomplissement de l’Apocalypse ne passerait plus par l’attente du retour glorieux du Christ, mais par l’action spirituelle exercée à travers Lee Man-hee, présenté comme le « serviteur fidèle et sage ».

Le salut ne serait plus compris avant tout comme un don gratuit de la grâce de Dieu, mais comme le fruit de la foi dans le témoignage de ce dirigeant et de l’appartenance à son organisation. Ceux qui refusent cette adhésion seraient, selon les termes rapportés, exclus du salut.

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Lee Man-hee est né le 15 septembre 1931 à Cheongdo, dans le sud-est de la Corée alors sous domination japonaise, Il a connu un long parcours dans des milieux religieux marginaux avant de fonder sa propre structure. Après avoir fréquenté, dans les années 1950 et 1960, plusieurs groupes protestants et sectaires, il s’implique dans des mouvements marqués par des revendications messianiques, avant de s’en séparer à la suite d’échecs prophétiques. Le 14 mars 1984, il fonde l’Église de Jésus Shincheonji, Temple du Tabernacle du Témoignage, qu’il dirige depuis lors sans partage. Ses écrits doctrinaux sont tenus pour normatifs, et son autorité spirituelle n’est pas contestée à l’intérieur du mouvement.L’organisation de Shincheonji repose sur une structure pyramidale stricte. Au sommet se trouve le fondateur, entouré de responsables doctrinaux majoritairement coréens. Viennent ensuite les « 24 anciens », puis douze « tribus » organisées à l’échelle internationale. La France dépend de la tribu dite de Simon, qui regroupe plusieurs pays et grandes villes sur différents continents. À l’échelon local, les membres sont répartis en régions et en cellules d’une dizaine de personnes, chacune dirigée par un responsable formé. Les fidèles sont fortement encouragés à accepter des missions d’enseignement, d’encadrement ou de recrutement, ce qui, selon d’anciens membres, conduit à un engagement très prenant et à un contrôle étroit de la vie personnelle.

Selon les chiffres avancés par l’organisation, Shincheonji s’est implanté en Île-de-France en 2016. Elle revendique aujourd’hui plus de 10 000 fidèles dans la région, avec des lieux identifiés à Vitry-sur-Seine et à Sucy-en-Brie, ainsi que la location régulière de salles à Paris pour des conférences et rassemblements.

Des antennes existent également dans plusieurs grandes villes françaises. Le recrutement s’appuierait largement sur des cours bibliques présentés comme neutres ou indépendants, sans mention explicite du mouvement dans un premier temps, ce qui alimente les inquiétudes des associations de vigilance. L’UNADFI ( (Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’Individu victimes de secte) ) indique ainsi avoir recueilli une dizaine de témoignages faisant état de dérives sectaires, tout en soulignant que seule une minorité des personnes concernées ose se manifester.La figure de Lee Man-hee est également associée à plusieurs scandales et affaires judiciaires. En février 2020, lors de la pandémie de COVID-19, un foyer massif de contamination lié à la communauté Shincheonji de Daegu attire l’attention nationale et internationale. Lee Man-hee est alors arrêté pour violation de la législation sanitaire et détenu pendant 104 jours avant d’être libéré sous caution. S’il est finalement acquitté sur ce volet, il est condamné pour détournement de fonds et entrave aux activités professionnelles. La condamnation définitive, confirmée en août 2022, fixe la peine à trois ans de prison avec sursis probatoire de cinq ans.À cela s’ajoute la controverse de la montre dite « Park Geun-hye ». Lors d’une conférence de presse le 2 mars 2020, Lee Man-hee apparaît portant une montre au nom de l’ancienne présidente sud-coréenne. L’objet est ensuite présenté par des sources officielles comme une contrefaçon, alimentant les critiques sur l’image du dirigeant et sur les pratiques du mouvement.

Sans amalgame ni dramatisation inutile, l’examen des faits dits doctrinaux, organisationnels et judiciaires conduit de nombreux observateurs à qualifier Shincheonji de dérive sectaire et d’église parallèlee. La négation de la divinité du Christ, la revendication d’une révélation exclusive et la centralité d’un fondateur présenté comme canal unique du salut constituent des ruptures majeures avec la foi chrétienne transmise par l’Église depuis les origines. Pour les fidèles catholiques, ces éléments appellent à une vigilance lucide et à un discernement rigoureux, en particulier lorsque le mouvement se présente sous des formes pédagogiques ou culturelles apparemment inoffensives :

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. » (Évangile selon saint Matthieu, 7,15).

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