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Le Vatican aurait tenté d’offrir une porte de sortie à Nicolás Maduro avant l’intervention américaine

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D’après les documents cités par le Washington Post, le cardinal aurait reconnu que « Nicolás Maduro devait partir », tout en exhortant les autorités américaines à « lui offrir une porte de sortie »

C’est un long article du Washington Post, publié le vendredi 9 janvier, qui avance une hypothèse lourde de conséquences diplomatiques, celle d’une tentative discrète mais insistante du Saint-Siège pour éviter une intervention armée des États-Unis au Venezuela, en facilitant une sortie négociée du président Nicolás Maduro.

Selon cette enquête, fondée sur des documents gouvernementaux confidentiels et près de vingt témoignages recueillis sous couvert d’anonymat, une réunion tenue la veille de Noël au Vatican aurait constitué l’un des tout derniers efforts en ce sens. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, aurait convoqué « en urgence » l’ambassadeur des États-Unis près le Saint-Siège, Brian Burch, afin d’obtenir des clarifications immédiates sur les intentions de Washington : visaient-elles uniquement les réseaux de narcotrafic ou s’agissait-il clairement d’un changement de régime voulu par Donald Trump ?

D’après les documents cités par le Washington Post, le cardinal aurait reconnu que « Nicolás Maduro devait partir », tout en exhortant les autorités américaines à « lui offrir une porte de sortie »

L’objectif affiché était d’éviter un embrasement violent et une déstabilisation durable du pays, déjà profondément fragilisé. Durant plusieurs jours, le chef de la diplomatie vaticane aurait également cherché à joindre le secrétaire d’État américain Marco Rubio, dans ce que le quotidien décrit comme « une tentative désespérée d’éviter des effusions de sang et une déstabilisation au Venezuela ».Le journal américain affirme par ailleurs que, lors de cet échange avec Brian Burch, le cardinal Parolin aurait indiqué que la Russie se disait prête à accorder l’asile à Nicolás Maduro, appelant les Américains à faire preuve de patience afin d’encourager cette option. Un interlocuteur cité par le journal rapporte ainsi : « Ce qui lui a été proposé, c’est qu’il parte et qu’il puisse profiter de son argent. Une partie de la proposition prévoyait que Vladimir Poutine garantirait sa sécurité. » Cette piste, jugée sérieuse à l’époque, n’aurait toutefois pas été retenue par le chef de l’État vénézuélien.

Quelques jours plus tard, Nicolás Maduro et son épouse étaient arrêtés lors d’un raid des forces spéciales américaines, une opération qui, selon le Washington Post, aurait coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes avant le transfert du dirigeant à New York pour y être jugé pour trafic de drogue. Le quotidien précise que la démarche du Vatican s’inscrivait dans un ensemble plus large de tentatives impliquant « les Américains et divers intermédiaires, les Russes, les Qataris, les Turcs, l’Église catholique et d’autres », toutes restées infructueuses.

Le Saint-Siège a réagi avec retenue à ces révélations. Dans un commentaire cité par le journal, la salle de presse du Vatican déplore qu’« il est décevant que des parties d’une conversation confidentielle aient été divulguées sans refléter fidèlement le contenu réel de cette conversation, qui a eu lieu pendant la période de Noël ». Cette mise au point n’efface toutefois pas la constance de l’engagement diplomatique du Vatican sur le dossier vénézuélien.

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Car, en réalité, les relations entre le Saint-Siège et le régime de Nicolás Maduro étaient particulièrement tendues. Le Washington Post rappelle que, le 10 décembre encore, les autorités vénézuéliennes avaient confisqué le passeport diplomatique du cardinal Baltazar Enrique Porras Cardozo, archevêque émérite de Caracas, alors qu’il s’apprêtait à quitter l’aéroport de Maiquetía pour se rendre à Madrid, sans qu’aucune explication ne lui soit fournie. Le cardinal est depuis resté sans passeport et n’a pu se rendre à Rome pour le consistoire, illustrant la dégradation profonde du dialogue institutionnel.Malgré ces gestes hostiles, le Vatican n’a cessé de plaider pour une solution diplomatique. Le Washington Post replace ainsi ces initiatives dans la ligne des prises de position répétées du pape Pope Leo XIV. Le 3 décembre, de retour du Liban, le Souverain Pontife déclarait aux journalistes, à propos des menaces d’opération militaire américaine : « Je crois vraiment qu’il vaut mieux chercher des voies de dialogue, peut-être des pressions économiques, mais chercher d’autres moyens de changement, si c’est ce que les États-Unis décident de faire. »

Plus récemment encore, s’adressant aux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, le pape Léon XIV a déploré la « faiblesse du multilatéralisme » et la montée d’une diplomatie fondée sur la loi du plus fort. « La guerre est redevenue à la mode et un climat belliciste est en train de se répandre », a-t-il averti, ajoutant que le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, interdisant le recours à la force pour violer les frontières d’un autre État, « a été brisé ». Une dérive qui, selon lui, « compromet gravement l’État de droit, à la base de toute coexistence civile pacifique ».

L’enquête du Washington Post souligne enfin que, parallèlement à ces efforts de médiation, Washington préparait une transition politique autour de la vice-présidente Delcy Rodríguez, au détriment de l’opposition traditionnelle. Elle décrit les occasions manquées, les refus successifs d’une sortie négociée et l’isolement croissant d’un pouvoir qui, jusqu’au dernier moment, aurait rejeté les offres d’exil.À travers cette reconstitution minutieuse, le quotidien américain pose une question centrale : le sort de Nicolás Maduro aurait-il pu être différent si une issue diplomatique, encouragée notamment par le Vatican, avait été acceptée à temps ? Une hypothèse qui, selon le journal, s’est heurtée à l’entêtement du régime et à la décision finale des États-Unis de recourir à la force, malgré les appels répétés à la prudence venus de Rome.

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