Le 10 janvier 2026, le pape Léon XIV a rencontré les jeunes du diocèse de Rome dans la salle Paul VI, au Vatican. Certains d’entre eux ont suivi la rencontre à distance, depuis les écrans installés à l’extérieur, parfois dans le froid. Le pape a tenu à les saluer d’emblée, soulignant combien la rencontre personnelle reste essentielle à la vie chrétienne, au-delà des médiations techniques : « C’est dans la rencontre que nous nous sentons bien », a-t-il rappelé.
Prenez exemple sur Marie, la plus grande des poétesses, qui a chanté : « Mon âme exalte le Seigneur ». Il faut du courage pour témoigner aujourd’hui de cette joie, mais c’est cela qui nous fait vraiment vivre.
Dès les premières paroles, le Saint-Père a inscrit son message dans une théologie simple et accessible de la relation. Si la rencontre est source de joie, a-t-il expliqué, c’est parce que les chrétiens sont unis comme frères et sœurs « en Jésus-Christ, qui est notre meilleur ami ». Cette amitié, à la fois humaine et spirituelle, constitue le fil conducteur de l’ensemble de son intervention.Le moment le plus marquant du discours est survenu lorsque le pape a confié un échange récent avec sa nièce. Celle-ci l’interrogeait sur le poids des problèmes du monde et sur la solitude que peut ressentir celui qui doit assumer de lourdes responsabilités. La réponse du pape, livrée avec simplicité, a immédiatement trouvé un écho chez les jeunes : « La réponse, en grande partie, c’est vous ! Parce que nous ne sommes pas seuls ! ». Par cette phrase, le pape Léon XIV a exprimé une conviction profonde : la jeunesse n’est pas seulement destinataire d’un message, elle est déjà actrice et soutien vivant de la mission de l’Église.
Le discours s’est ensuite élargi à une réflexion plus globale sur la condition des jeunes aujourd’hui. Le pape a évoqué la solitude, la déception, le le sentiment de désorientation et d’ennui qui peuvent marquer cette période de la vie, y compris au cœur de sociétés très connectées.
Il a mis en garde contre l’illusion de relations réduites à des liens numériques ou à une accumulation de « likes », parlant d’« une vie de liens sans relation ou de “likes” sans affection », incapable de répondre au désir profond de vérité et de bien inscrit dans le cœur humain.
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Face à cette situation, le pape n’a pas proposé de recettes techniques ou sociologiques, mais un chemin spirituel fondé sur la foi chrétienne. Il a rappelé que l’homme est plus que ce qu’il consomme ou produit, parce qu’il porte en lui l’image de Dieu, qui est relation d’amour et de vie. Lorsque la solitude se fait sentir, a-t-il insisté, Dieu ne laisse jamais l’homme seul, et la rencontre avec le Christ devient la force qui pousse à aller vers l’autre.
Dans un passage plus méditatif, le pape a cité le poète Salvatore Quasimodo, avant d’en proposer une lecture chrétienne. Le « rayon de soleil » qui traverse l’existence humaine n’est pas une lumière passagère, mais le Christ lui-même, « Soleil de justice », capable de réchauffer le cœur et de transformer la vie. De cette rencontre naît la capacité de changer non seulement sa propre existence, mais aussi la société.Le pape Léon XIV a également replacé cette rencontre dans la continuité du Jubilé récemment vécu à Rome, rappelant la présence de milliers de jeunes venus du monde entier. Il a exhorté les jeunes Romains à être non seulement des « pèlerins de l’espérance », mais aussi des témoins, appelés à diffuser dans leurs milieux la lumière de l’Évangile. L’engagement dans la société, la politique, la famille, l’école et l’Église, a-t-il souligné, ne peut être fécond que s’il part du cœur et s’enracine en Dieu.
« Nous sommes tous appelés à la sainteté. N’ayez pas peur d’accepter cette responsabilité. Celui qui vit avec Dieu vit vraiment. Voilà comment nous pouvons être saints dans cette vie !«
Abordant la question de la sainteté, le pape a tenu à en donner une définition concrète et accessible. Être saint, a-t-il expliqué, c’est mener une vie « bonne et vraie », une vie saine, libérée des dépendances qui enferment, et soutenue par de véritables amitiés. La sainteté n’est pas réservée à quelques-uns, elle concerne tous, et elle se construit ensemble, dans l’accompagnement et la responsabilité partagée.
Enfin, le pape est revenu sur un thème qui lui est cher, celui de l’amitié avec le Christ. Reprenant ses paroles prononcées lors de la grande veillée jubilaire, il a rappelé que cette amitié n’est pas un soutien parmi d’autres, mais une « étoile polaire » capable d’orienter toute l’existence. Lorsque les relations humaines reflètent ce lien vivant avec Jésus, a-t-il affirmé, elles deviennent sincères, généreuses et vraies, et peuvent réellement contribuer à bâtir la paix. Enfin , Léon XIV a exprimé son affection pour les jeunes et pour l’Église de Rome, qu’il a dite « vivante ». En les remerciant de leur présence et de leur engagement, il a laissé transparaître une confiance claire et exigeante : loin d’être seuls ou démunis face aux défis de leur temps, les jeunes sont appelés à être, ensemble, une réponse vivante et crédible, parce que, avec le Christ, ils ne sont jamais seuls.
Discours du Saint-Père
Traduction française Tribune Chrétienne
« Très chers jeunes, bienvenue !
Je salue aussi tous ceux qui sont dehors, dans le froid, et qui suivent notre rencontre sur les écrans, sur la place et à l’extérieur du Saint-Office. Vraiment, bienvenue à tous ! Je suis très heureux d’être avec vous, d’avoir cette occasion de partager un peu cette recherche, ce désir de répondre non seulement aux questions que nous venons d’entendre, mais aussi à tant de réalités de la vie.
Je vous confie qu’un peu avant de venir ce soir, j’ai reçu un message d’une de mes nièces, elle aussi jeune, qui me disait : « Oncle, comment fais-tu avec tant de problèmes dans le monde, avec tant de préoccupations ? » Et elle posait la même question : « Ne te sens-tu pas seul ? Comment fais-tu pour aller de l’avant avec tout cela ? » Et la réponse, en grande partie, c’est vous ! Parce que nous ne sommes pas seuls !
Je vous raconterai ensuite un peu ce que signifie se retrouver ensemble et vivre cet esprit, cet enthousiasme, et surtout cette foi, même dans les moments difficiles, lorsque nous nous sentons seuls, lorsque nous ne savons pas comment faire. Si nous nous rappelons la beauté de la foi, la beauté de la joie d’être jeunes, de nous retrouver ensemble, de chercher ensemble, alors nous pouvons vraiment savoir dans notre cœur que nous ne sommes jamais seuls, parce que Jésus est avec nous !
Je voudrais aussi dire un mot, comme le cardinal Baldo l’a déjà évoqué, sur la grande tristesse et la douleur que nous avons tous vécues pour ces quarante jeunes de Crans-Montana qui ont perdu la vie. Nous devons nous rappeler que la vie est si précieuse et que nous ne pouvons jamais oublier ceux qui souffrent. Ces familles, encore dans la douleur, doivent maintenant chercher comment surmonter cette épreuve. C’est aussi pour cela que notre prière et notre unité sont importantes : restons toujours unis, comme amis, comme frères.
Un grand salut également à tous les prêtres et aux religieuses qui nous accompagnent cet après-midi. Merci à vous, merci vraiment !
Comme nous l’avons rappelé dans la vidéo au début, durant l’Année Sainte, nous avons vécu ici à Rome un moment très fort, avec des milliers et des milliers de jeunes venus de toutes les parties du monde. Des personnes de toutes langues et de toutes cultures se sont unies dans une même prière, élevant vers Dieu une louange joyeuse et demandant avec insistance la paix entre les peuples.
Aujourd’hui, dans ce rendez-vous « à vous » avec le pape, vous, les jeunes Romains, vous renouvelez l’esprit de ces journées mémorables, en vous engageant à être non seulement des pèlerins de l’espérance, mais aussi ses témoins. Et comment l’être vraiment ?
Pour proposer une réponse, je reprends un peu les paroles de Matteo, qui a mis en lumière la solitude de nombreux jeunes, avec les sentiments de déception, de désorientation et d’ennui qui l’accompagnent. Lorsque cette grisaille ternit les couleurs de la vie, on peut être isolé même au milieu de nombreuses personnes. C’est précisément ainsi que la solitude montre son visage le plus dur : on n’est pas écouté, parce qu’on est plongé dans le vacarme des opinions ; on ne regarde plus rien, parce qu’on est ébloui par des images fragmentées.
Une vie de liens sans relation, ou de « likes » sans affection, nous déçoit, parce que nous sommes faits pour la vérité : lorsqu’elle manque, nous en souffrons. Nous sommes faits pour le bien, mais les masques d’un plaisir jetable trahissent notre désir profond.
Pourtant, dans ces moments de découragement, nous pouvons affiner notre sensibilité. Si nous tendons l’oreille et ouvrons les yeux, la création nous rappelle que nous ne sommes pas seuls : le monde est fait de liens entre toutes les choses, entre les éléments et les êtres vivants. Et pourtant, même si nous respirons l’air prêt pour nous, nous restons essoufflés ; même si nous mangeons une nourriture bonne, elle ne nous rassasie pas ; l’eau ne nous désaltère pas pleinement. La disponibilité de la nature ne nous suffit pas, parce que nous ne sommes pas seulement ce que nous mangeons, buvons et respirons.
Nous sommes des créatures uniques, parce que nous portons en nous l’image de Dieu, qui est relation de vie, d’amour et de salut.
Alors, lorsque tu te sens seul, souviens-toi que Dieu ne t’abandonne jamais. Sa compagnie devient la force pour faire le premier pas vers celui qui est seul, et pourtant tout proche de toi. Chacun reste seul s’il ne regarde que lui-même. Au contraire, s’approcher du prochain te fait devenir image de ce que Dieu est pour toi. Comme Il apporte l’espérance dans ta vie, toi aussi tu peux la partager avec l’autre. Vous vous retrouverez alors ensemble à être des chercheurs de communion et de fraternité.
Je voudrais aussi souligner combien l’accueil que vous avez offert, comme Église de Rome, à tant de jeunes venus du monde entier pour le Jubilé a été beau. Cela a été vraiment grand !
Mais la solitude existe, et beaucoup souffrent. En parlant de la solitude, le poète Salvatore Quasimodo a écrit ces vers célèbres :
« Chacun est seul sur le cœur de la terre,
transpercé par un rayon de soleil :
et c’est soudain le soir. »
Ce qui pourrait sembler un destin sans issue nous appelle en réalité à nous réveiller : une seule terre soutient tous les êtres humains, et un même soleil éclaire toute chose. Le rayon qui nous transperce n’est pas une lumière intermittente, mais le Soleil de justice, le Christ lui-même. Il réchauffe notre cœur et l’embrase de son amour.
C’est de cette rencontre avec Jésus que vient la force de changer de vie et de transformer la société. La lumière de l’Évangile éclaire nos relations et, par des paroles et des gestes quotidiens, elle se diffuse, transformant le monde gris et anonyme en un lieu accueillant, à taille humaine, parce qu’habité par Dieu.
Je suis heureux que vous fassiez l’expérience de relations authentiques dans vos paroisses, dans les oratoires et les associations. Mais ne gardez pas cela pour vous ! N’attendez pas que le monde vous accueille à bras ouverts : la publicité, qui vend quelque chose à consommer, a plus d’audience que le témoignage, qui construit des amitiés sincères.
Agissez donc avec joie et persévérance, sachant que pour changer la société, il faut d’abord se changer soi-même. Et vous m’avez déjà montré que vous en êtes capables. Ainsi, nous pouvons changer le monde, ainsi nous pouvons construire un monde de paix.
Vous m’avez demandé ce que je souhaite pour vous : dans mes prières, je demande pour chacun une vie bonne et vraie, selon la volonté de Dieu. En bref, je souhaite pour tous une vie sainte. Le mot « sainte » a la même racine que « saine » : si nous voulons être saints, nous devons commencer par une vie saine, en nous aidant les uns les autres à éviter les dépendances qui emprisonnent tant de jeunes.
Nous sommes tous appelés à la sainteté. N’ayez pas peur d’accepter cette responsabilité. Celui qui vit avec Dieu vit vraiment. Voilà comment nous pouvons être saints dans cette vie !
Le Seigneur rend la vie bonne non en enseignant des idéaux abstraits, mais en donnant sa vie pour nous. Devant ce don, le poète Clemente Rebora s’écriait :
« Voici l’espérance certaine : la Croix… »
L’amour de Dieu est vrai, fidèle, sans calcul. Il libère notre cœur de la peur, et la paix est le fruit qu’il fait mûrir en nous. Cette paix, nous pouvons la partager avec ceux qui ne se sentent pas aimés, avec les plus petits, avec ceux qui attendent un geste de pardon.
Très chers jeunes, que votre engagement dans la société, dans la politique, dans la famille, à l’école et dans l’Église parte du cœur, et il sera fécond. Qu’il parte de Dieu, et il sera saint.
Je vous invite à vous souvenir de ce que je vous disais lors de la grande veillée du Jubilé : l’amitié avec le Christ n’est pas une aide parmi d’autres, elle est notre étoile polaire. Lorsque nos amitiés reflètent ce lien avec Jésus, elles deviennent sincères, généreuses et vraies. Ainsi, l’amitié peut vraiment changer le monde et devenir un chemin vers la paix.
Prenez exemple sur Marie, la plus grande des poétesses, qui a chanté : « Mon âme exalte le Seigneur ». Il faut du courage pour témoigner aujourd’hui de cette joie, mais c’est cela qui nous fait vraiment vivre.
Regardons les saints : comme ils sont libres ! Avec eux, avançons sur le chemin, sachant que le vrai bien de la vie ne s’achète pas et ne se conquiert pas par la force, mais se donne, parce que Dieu le donne à tous par amour.
Merci à vous tous d’être venus ! Merci d’aimer avec moi cette Église de Rome, qui est vivante ! Et maintenant, je vous bénis tous, ainsi que vos proches et vos amis.
Au revoir, et bon chemin ! »
Source Vatican


