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Régime iranien : quand la religion est trahie au nom de Dieu

Capture Facebook
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Ce pouvoir qui prétend incarner la loi divine fait aujourd’hui tirer sur son propre peuple, exécute, emprisonne et terrorise, y compris des femmes dont le seul crime est d’avoir refusé l’humiliation imposée au nom d’une morale d’État

Tuer pour maintenir l’ordre moral. Tuer pour préserver un voile. Tuer pour sauver un régime qui se prétend religieux. Le scandale est absolu. Aucune foi authentique ne peut justifier que l’on tire sur des manifestants.Comment encore se revendiquer de Dieu lorsqu’on tue ? La question s’impose avec une gravité écrasante face à la réalité du régime de la République islamique d’Iran. Car ce pouvoir qui prétend incarner la loi divine fait aujourd’hui tirer sur son propre peuple, exécute, emprisonne et terrorise, y compris des femmes dont le seul crime est d’avoir refusé l’humiliation imposée au nom d’une morale d’État.

Le sort réservé aux femmes est le cœur battant de cette imposture religieuse. Le voile obligatoire n’y est ni un choix ni un signe de piété, mais un instrument de domination. Il est imposé par la loi, surveillé par la police des mœurs, sanctionné par la violence. En Iran, enlever son voile devient un acte de résistance morale et spirituelle. Ces femmes ne rejettent pas Dieu, elles contestent l’arbitraire d’un pouvoir qui a confondu la foi avec l’obéissance forcée.

Ce pouvoir se fonde sur une interprétation politico-religieuse du chiisme, structurée autour du principe de la velayat-e faqih (le gouvernement du juriste-théologien), selon lequel un religieux détient l’autorité suprême au nom de Dieu.Ce n’est donc pas l’islam dans son ensemble, ni même le chiisme en tant que foi vécue par des millions de croyants, mais une lecture idéologisée et étatisée de la religion, utilisée pour contrôler la société, imposer des normes par la force et légitimer la répression.C’est précisément là que réside la trahison religieuse : une foi spirituelle est transformée en instrument de domination politique, au mépris de la liberté de conscience, de la dignité humaine et de la miséricorde que la religion est censée porter.

Cette violence symbolique s’est transformée en violence meurtrière. Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 192 manifestants ont été tués en l’espace de deux semaines lors des récentes mobilisations. De nombreuses sources estiment toutefois que le bilan réel se situerait entre 200 et 650 morts, tant la répression, les coupures d’internet et l’opacité du régime empêchent toute évaluation fiable.Il serait trop long de dresser la liste exhaustive des abus commis par ce régime. Les rapports internationaux suffisent à en révéler la nature profonde. Selon Amnesty International, l’année 2024 a été marquée par une répression systémique, libertés fondamentales écrasées, arrestations arbitraires massives, torture généralisée, procès inéquitables, châtiments corporels tels que flagellations ou amputations, usage arbitraire de la peine de mort. Femmes, minorités religieuses, notamment baha’ies, minorités ethniques et personnes LGBTI y sont ciblées de manière disproportionnée, dans un climat d’impunité quasi totale.

Et pendant que le sang coule, le régime iranien continue de manœuvrer sur la scène internationale. Ce lundi 12 janvier 2026 , le président américain Donald Trump a affirmé que Téhéran cherchait à négocier tout en menaçant Israël de terribles représailles en cas d ‘intervention américaine , alors même que le nombre de morts continue d’augmenter.

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Du point de vue religieux, la faute est abyssale. Comment invoquer Dieu lorsque l’on coupe internet pour tuer dans le silence ? Comment parler de loi divine lorsque la rue devient un champ de tir ?

Le Dieu revendiqué par ce régime ressemble moins au Dieu de justice et de miséricorde qu’à une idole politique façonnée pour justifier l’injustifiable.

Cette tragédie interroge aussi l’Occident, et singulièrement la France. Comment le voile dit religieux peut-il y être présenté comme un symbole de liberté, alors qu’en Iran il est l’un des instruments centraux de l’arbitraire exercé contre les femmes ? Comment oublier que ce que certaines défendent comme un droit est ailleurs imposé sous peine de coups, de prison ou de mort ?Le même symbole ne peut être à la fois l’étendard de l’émancipation et celui d’un régime qui tue pour le faire respecter. En Iran, le voile est indissociable d’un système qui considère la femme comme coupable par nature, responsable du désordre moral, soumise par principe. Le relativiser, c’est effacer le sang de celles et ceux qui sont morts pour avoir voulu s’en libérer.

Le régime iranien ne protège pas la religion, il la trahit. Il ne défend pas Dieu, il l’instrumentalise. Il ne sanctifie pas la loi, il la pervertit. Et en tuant au nom du sacré, il se condamne lui-même sur le plan religieux.

Les femmes iraniennes et les manifestants tombés sous les balles rappellent une vérité universelle, la foi ne se construit jamais sur des cadavres, la dignité humaine ne se négocie pas, et Dieu ne se revendique jamais par le meurtre.

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