Après l’assassinat d’Alain Orsoni,l’évêque d’Ajaccio a publié un communiqué daté du 13 janvier 2026 dénonçant la banalisation de la violence en Corse. Ce texte s’inscrit dans la continuité d’un appel déjà formulé lors d’une interview, où le cardinal avait exprimé avec force son refus de voir l’île céder à une logique de vengeance et de résignation
La brutalité du crime survenu lors des obsèques de la mère du nationaliste corse , a renforcé le sentiment d’un seuil franchi dans une violence qui semble ne plus respecter ni les lieux ni les circonstances.
Ce meurtre est venu s’ajouter à une série de règlements de comptes qui, depuis plusieurs années, nourrissent un climat d’inquiétude et d’usure morale au sein de la société insulaire.Dans ce contexte, le cardinal François Bustillo a déclarait ne pas pouvoir accepter que l’assassinat devienne un fait divers de plus dans une succession tragique, appelant les Corses à rompre avec ce qu’il a qualifié de « cycle mortifère de violence ».L’évéque évoquait un crescendo de la violence et des assassinats, dénonçant une spirale de représailles résumée par la formule « œil pour œil, dent pour dent ». Une logique qu’il rejetait fermement, mettant en garde contre le danger de s’habituer à la violence et de la considérer comme une donnée presque normale de la vie sociale.
Le communiqué de l ‘Eglise catholique en Corse évoque le « paroxysme dans la montée de la violence » et de « combats fratricides », et fait référence au « syndrome de Caïn » en soulignant la rupture du lien fraternel et le basculement vers une culture qu’il qualifie de mortifère et fataliste, à laquelle lMonseigneur Bustillo refuse de céder.Dans l’un comme dans l’autre de ses messages, Monseigneur Bustillo insiste sur la responsabilité collective. Il rappelle que la violence, si elle l’emporte, conduit à la perte de l’humanité et à une forme de barbarie. Il met également en avant la mission de l’Église de Corse, engagée, selon ses termes, à travailler sans relâche pour la paix.
L’expression traditionnelle « Pace è Salute », évoquée tant dans l’interview que dans le communiqué, prend une dimension particulière, la paix est souhaitée précisément parce qu’elle n’est pas encore une réalité pleinement incarnée sur l’île.
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L’évêque a également exprimé une inquiétude particulière pour les jeunes générations. Dans son interview, il s’interrogeait sur l’avenir proposé aux enfants et aux jeunes Corses, et sur leur capacité à s’engager sereinement dans la vie publique, politique, économique, culturelle et ecclésiale. Le communiqué écrit reprend cette préoccupation en appelant à faire émerger le potentiel de bien et d’avenir de la Corse, en combattant ce qui détruit et enferme les consciences.Au fil de ses interventions, le cardinal Bustillo a aussi inscrit son appel dans l’histoire longue de l’île, marquée par la vendetta, par une justice rendue par les hommes eux-mêmes, puis par des pratiques de règlements de comptes et de violence organisée. Cette mémoire douloureuse, encore présente, entre en tension avec l’identité chrétienne profondément enracinée de la Corse, terre de confréries, de processions et de dévotions populaires. C’est ce paradoxe qu’il met en lumière lorsqu’il affirme ne pas pouvoir accepter que la Corse « cède à ses démons », appelant l’Île de beauté à manifester sa splendeur plutôt que sa laideur.
L’évêque d’Ajaccio appelle donc à un sursaut moral et spirituel, invitant la société corse à refuser la fatalité de la violence et à renouer avec une culture de la paix, du pardon et de la responsabilité. Son message s’adresse à tous, croyants ou non, et pose en filigrane une question décisive pour l’avenir de l’île, celle du choix entre la persistance d’une logique de mort et l’engagement résolu en faveur de la vie et de la paix.
Communiqué intégral de Monseigneur François Bustillo, évêque d’Ajaccio pour la Corse
LA VIOLENCE NE PEUT PAS DEVENIR UNE HABITUDE
La Corse est confrontée à une forme de paroxysme dans la montée de la violence, et dans la multiplication des assassinats. Ce sont des combats fratricides. On dirait que le syndrome de Caïn l’emporte sur l’idéal du pardon et de la réconciliation. Nous ne pouvons pas céder à une culture mortifère et fataliste. Nous ne pouvons pas nous habituer à la violence. Nous devons lutter contre la permanence de la violence dans notre société. Si la violence l’emporte, nous devenons des êtres barbares, et nous perdons notre humanité.
L’Église de Corse travaille et travaillera toujours pour la Paix. En ce mois de janvier, nous disons : « Pace è Salute ». Si le premier terme de la salutation pour commencer l’année est « Pace », c’est que cette Paix n’est pas encore un idéal en Corse. Nous devons l’incarner par des comportements pacifiques.
L’Église de Corse œuvre pour créer une culture de la paix et de l’espérance. Pourquoi ? Parce que nous pensons aux enfants et aux jeunes. Quel avenir leur préparons-nous sur cette terre ? Un avenir sombre, violent ? Non. Le devoir de l’Église, c’est de sortir de la Corse son potentiel de Bien et d’avenir, et de sortir des Corses ce qu’ils ont de meilleur. Pour cela, il faut combattre le pire.
« Heureux, les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu » (Matthieu 5, 1-12)
CARDINAL FRANÇOIS BUSTILLO
Évêque d’Ajaccio pour la Corse »



