Alors que le Groenland se retrouve progressivement entraîné au cœur des rivalités géopolitiques contemporaines, avec le renforcement de la présence militaire européenne et des exercices conjoints menés avec le Danemark et plusieurs alliés de l’OTAN, l’inquiétude gagne la population de Nuuk. Face à cette situation inédite pour ce territoire longtemps perçu comme éloigné des conflits internationaux, le père Tomaž Majcen, curé catholique de la capitale groenlandaise, livre son témoignage et un appel constant à la paix.Le prêtre décrit d’abord un changement perceptible dans l’atmosphère générale. « Par rapport à il y a quelques jours, l’atmosphère est devenue plus sérieuse », confie-t-il. Cette phrase, apparemment simple, traduit une prise de conscience collective. La population reste calme, mais elle comprend désormais que la situation n’est plus seulement théorique. Lorsque le père Majcen ajoute que « la présence de forces militaires rapproche les tensions mondiales de la vie quotidienne », il met des mots sur un basculement psychologique : ce qui relevait hier encore de la diplomatie internationale est désormais visible dans les rues et dans les conversations ordinaires.
Dans son interview donnée à l’agence italienne, il précise que cette inquiétude s’exprime sans agitation. « Les Groenlandais en parlent à voix basse, souvent avec inquiétude plutôt qu’avec colère », observe-t-il. Le curé rapporte surtout une phrase qu’il entend revenir sans cesse et qui résume l’état d’esprit local :« Nous voulons vivre en paix et ne pas devenir un champ de bataille stratégique ». Cette déclaration, au cœur de son témoignage, révèle le refus profond de la population de voir le Groenland réduit à un simple enjeu militaire entre grandes puissances.L’envoi de troupes européennes par plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Suède, la Norvège et la France, à la demande du Danemark, marque une nouvelle étape. Pour le père Majcen, cette évolution « ajoute un nouveau niveau » à la situation. Il reconnaît que « les personnes comprennent la nécessité de la sécurité, surtout dans le contexte arctique », mais souligne aussitôt que « l’implication visible de plusieurs pays rend la situation plus lourde ». Son propos ne nie pas les enjeux de défense, mais il met en garde contre une militarisation excessive, exprimant « une timide espérance que les mesures militaires restent limitées et clairement focalisées sur la prévention, non sur l’escalade ». Cette nuance est essentielle, car elle articule la légitime recherche de sécurité avec le respect dû aux populations civiles et à leur culture.
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Malgré les tensions, la vie quotidienne se poursuit à Nuuk. « Les enfants vont à l’école, les gens vont travailler », raconte le prêtre, évoquant un rythme de vie encore stable en apparence. Mais il précise aussitôt que « sous ce rythme normal, il y a plus d’anxiété ». Cette inquiétude se reflète dans la vie paroissiale. « En paroisse, la prière est devenue plus focalisée », explique-t-il, ajoutant que les fidèles demandent explicitement « la paix, la modération entre les dirigeants mondiaux et la protection de la terre ». Son rôle pastoral consiste alors à rappeler que « la peur ne devrait pas dominer nos cœurs », une affirmation qui s’inscrit dans une perspective spirituelle profondément chrétienne.
Les propos du président américain Donald Trump, affirmant que les États-Unis auraient besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, suscitent une inquiétude particulière. Face à ces déclarations, le père Majcen répond : « Le Groenland n’est pas seulement un territoire ; c’est une communauté vivante ». Cette phrase condense l’essentiel de son message. Il rappelle que « toute discussion sur la sécurité doit commencer par le respect des personnes qui vivent ici », rejetant une vision purement stratégique qui ignorerait la dignité des habitants.Sa réflexion s’élargit enfin à une conception plus profonde de la sécurité. « La véritable sécurité se construit à travers le dialogue, la coopération et le respect mutuel », affirme-t-il, en opposition aux logiques de domination qui « font se sentir impuissantes les petites nations ». Cette analyse rejoint une vision chrétienne de la paix, comprise comme une responsabilité morale et spirituelle, et non comme un simple équilibre de forces.Conscient de la rapidité avec laquelle les événements évoluent, le curé de Nuuk invite à ne pas perdre « la boussole morale ». Le père Tomaž Majcen conclut par un appel à la prière « pour la sagesse, la modération et pour un avenir où la coopération sera plus forte que l’affrontement », afin que cette terre de glace demeure un lieu de vie et de paix, et non le symbole d’un nouvel affrontement mondial.


