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Voyage du pape Léon XIV en Espagne : entre incertitudes et tensions au sein de l’Eglise espagnole

Vue de la basilique de Valle de los Caídos - DR
Vue de la basilique de Valle de los Caídos - DR
À ce jour, aucune date n’a encore été fixée pour un éventuel voyage du pape Léon XIV en Espagne. Cette perspective, évoquée ces dernières semaines, s’inscrit dans un contexte ecclésial tendu, marqué par les divisions internes de l’Église espagnole

Les controverses entourant la gouvernance de l’archidiocèse de Madrid, notamment autour du cardinal José Cobo et du dossier sensible du Valle de los Caídos, semblent à ce jour faire peser certaines incertitudes sur la venue du Saint-Père dans la péninsule Ibérique.Notons que c’est un voyage qui avait été annoncé dans des conditions inhabituelles : il y a quelques semaines, le pape Léon XIV a personnellement informé le cardinal José Cobo, archevêque de Madrid, de son intention de se rendre en Espagne dans le courant de l’année. La démarche a surpris : traditionnellement, une visite pontificale est préparée à l’issue d’un long processus diplomatique et pastoral. Ici, le pape a exprimé sa volonté avant même que l’invitation officielle ne soit formellement actée.

Or, selon le protocole espagnol, une telle invitation doit être signée par le roi et par le chef du gouvernement. Si le roi a rapidement donné son accord, le Premier ministre Pedro Sánchez a tardé à le faire, ce qui explique que les dates du voyage n’aient pas encore été confirmées.

Vue du site de la Valle de los Caídos – DR

Le Valle de los Caídos : un lieu religieux avant tout

Au cœur des tensions se trouve la Valle de los Caídos, situé près de Madrid. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas seulement d’un monument historique, mais avant tout d’une basilique catholique consacrée, creusée dans la roche et placée sous l’autorité directe du Saint-Siège. Elle est surmontée d’une croix monumentale et confiée historiquement à une communauté bénédictine.Le site abrite les dépouilles de plus de 33 000 morts de la guerre civile espagnole, issus des deux camps. À l’origine, il avait été conçu comme un lieu de prière et de réconciliation nationale, même si cette intention est aujourd’hui fortement contestée et instrumentalisée dans le débat politique contemporain.Depuis plusieurs années, le gouvernement espagnol cherche à transformer le sens du Valle de los Caídos. L’objectif affiché est d’en faire un lieu de mémoire civile centré sur la condamnation du franquisme, en marginalisant la dimension religieuse du site.

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Cette évolution pose un problème canonique majeur : en tant que basilique pontificale, le lieu ne relève pas de l’autorité des pouvoirs civils ni de l’archevêque local seul. Toute modification substantielle devrait impliquer l’accord du Saint-Siège.Or le cardinal José Cobo a accepté et signé des accords allant dans le sens des exigences gouvernementales, alors même qu’il ne disposait pas de l’autorité requise pour le faire. Cette décision est perçue par de nombreux fidèles et prêtres comme une concession grave, voire une profanation symbolique, du caractère sacré du lieu.Cette affaire s’inscrit dans un malaise plus profond autour de la figure du cardinal Cobo. Sa nomination à la tête de l’archidiocèse de Madrid est depuis l’origine contestée : il ne figurait pas parmi les candidats proposés localement et son arrivée est largement perçue comme une chose imposée par Rome ( sous le pontificat de François) .Cette fragilité de légitimité éclaire son comportement ultérieur : nervosité face à la critique, obsession de l’image et recours à des opérations de communication destinées à afficher un soutien qui peine à se manifester spontanément.

Monseigneur Cobo avec le Pape François – DR

Ce contexte espagnol, marqué par des tensions internes et des choix épiscopaux contestés, s’inscrit dans un cadre plus large où le pontificat de Léon XIV commence, pas à pas, à poser des actes observés avec attention dans plusieurs régions du monde. Ces dernières semaines, le pape a ainsi pris des décisions marquantes hors d’Espagne, notamment en destituant, sans explication publique, le cardinal indonésien Paskalis Bruno Syukur de la charge de la diocèse de Bogor. Dans le même temps, il a reçu en audience privée Oscar Sarlinga, évêque émérite mis à l’écart en 2015, un geste qui a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’épiscopat argentin.Ces gestes sont interprétés comme les signes d’une volonté de réexaminer certains « dossiers sensibles » laissés en suspens par François , d’autant plus que Léon XIV connaît personnellement ces affaires pour avoir été préfet du dicastère pour les évêques.

C’est pourquoi ce voyage, s’il se concrétise, est perçu comme un moment décisif pour l’Église espagnole, appelée à clarifier sa gouvernance, son rapport au pouvoir civil et la protection effective de ses lieux sacrés. Il constituerait également un moment important pour le Saint-Père, l’occasion d’affirmer son autorité pastorale et institutionnelle dans un contexte ecclésial marqué par de fortes tensions et par des choix épiscopaux critiquables.

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