La solennité de l’Épiphanie conduit l’Église à contempler un épisode bref mais dense de l’Évangile de l’enfance. Des hommes venus d’Orient, guidés par une étoile, parviennent jusqu’à Bethléem et se prosternent devant l’Enfant Jésus. Leur reconnaissance passe par un geste précis, ils ouvrent leurs trésors et offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces présents, mentionnés sans commentaire explicite par le texte biblique, ont pourtant toujours retenu l’attention de la tradition chrétienne. Les dons des Mages ne constituent pas un simple ornement du récit, ni une scène pittoresque destinée à enrichir l’imaginaire de Noël. Ils expriment, par leur matérialité même, ce que le christianisme affirme de plus fondamental, Dieu se révèle dans l’histoire, à travers des signes concrets, et se laisse rencontrer dans le réel. À eux seuls, l’or, l’encens et la myrrhe résument cette logique de l’Incarnation, qui traverse toute la foi chrétienne.
Plusieurs auteurs se sont arrêtés sur cette scène, parmi lesquels Gilbert Keith Chesterton, écrivain et essayiste anglais du début du XXᵉ siècle. Converti au catholicisme en 1922, Chesterton n’a pas cherché à élaborer une théologie systématique, mais à éclairer, par le sens commun et l’observation, ce qui distingue le christianisme d’autres visions religieuses ou philosophiques.
Il a souvent insisté sur le fait que la foi chrétienne ne se comprend pas d’abord comme une construction intellectuelle, mais comme l’accueil d’un événement.
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Dans ses méditations sur Noël et l’Épiphanie, il souligne que les Mages ne viennent pas transmettre un enseignement ni proposer une sagesse concurrente. Ils apportent des dons matériels, précieux, visibles. Ce choix, loin d’être secondaire, manifeste que le Christ n’est pas présenté comme une idée à interpréter, mais comme une présence à reconnaître. L’Enfant de Bethléem reçoit ce que les hommes ont de plus concret à offrir.Cette lecture rejoint une intuition constante de la tradition de l’Église. Dès les premiers siècles, le christianisme a intégré des éléments culturels, artistiques et liturgiques pour exprimer le mystère de l’Incarnation. L’usage de l’or, des parfums, des couleurs et des gestes n’a jamais été pensé comme une fin en soi, mais comme un langage capable de dire ce que les mots seuls ne suffisent pas à exprimer.
La scène de l’Épiphanie en offre une illustration saisissante. Les dons les plus précieux sont déposés non dans un palais, mais dans une étable. L’encens et la myrrhe, associés aux rites et au corps, s’élèvent dans un lieu de pauvreté. Ce contraste rappelle que la foi chrétienne n’oppose pas le spirituel et le matériel, mais les articule. La grandeur du mystère se manifeste dans la simplicité des conditions.Les Mages apparaissent ainsi comme des figures de la recherche humaine parvenue à son terme. Ils se mettent en route non pour accumuler un savoir supplémentaire, mais pour reconnaître une présence. Leur geste résume ce que l’Épiphanie donne à contempler, une foi qui s’exprime par des actes concrets, parce qu’elle repose sur la conviction que Dieu s’est réellement fait proche.
En ce sens, l’or, l’encens et la myrrhe « disent l’essentiel » de la foi chrétienne. Ils rappellent que le mystère de l’Incarnation engage tout l’homme, son intelligence, ses sens, son corps et ses biens. À chaque Épiphanie, l’Église redécouvre, à travers ces dons silencieux, que le cœur du christianisme n’est pas une abstraction, mais une rencontre réelle avec Dieu entré dans l’histoire.


