Le diocèse de Paris a tenu à réagir publiquement à la suite de la remise du rapport de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques, concernant les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre. Cette prise de parole intervient dans un contexte ecclésial particulièrement grave, alors que la congrégation entre, selon ses propres termes, dans « un moment décisif de son histoire ».
En recevant officiellement ce rapport, fruit de dix-huit mois de travaux de la CIASEP, les sœurs ont accepté de rendre publiques plus de quarante années de dérives, de souffrances et de silences. Le caractère exceptionnel de la démarche, commission libre dans sa composition, autonome dans sa méthode, disposant d’un accès sans restriction aux archives, confère au document une autorité particulière. Les chiffres eux-mêmes, cent cinquante-neuf entretiens, près de dix mille réponses à des questionnaires anonymes, donnent la mesure d’un travail approfondi et douloureux.À la lecture de certains passages glaçants du rapport, il est difficile de ne pas se désoler du manque d’attention et de vigilance qui a prévalu si longtemps. Le texte décrit avec précision l’installation progressive d’un système d’emprise devenu structurel, fait d’isolement, de surveillance, de silence imposé, de dépossession intérieure et parfois de violences psychologiques graves.
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C’est dans ce contexte que la réaction du diocèse prend tout son poids. En reconnaissant explicitement ne pas avoir exercé, pendant de nombreuses années, son devoir de vigilance, et ne pas avoir veillé avec suffisamment de rigueur au respect du cadre juridique de la vie religieuse, l’autorité diocésaine assume une part de responsabilité institutionnelle. Le rapport souligne en effet que certaines alertes auraient dû être prises en considération, rappelant que la vie consacrée ne peut fonctionner en vase clos et que l’absence de contrôle externe peut devenir, par omission, une forme de responsabilité partagée.
Le diocèse inscrit toutefois cette reconnaissance dans une perspective d’avenir. Il rappelle accompagner depuis plus de dix ans les changements engagés au sein de la congrégation et affirme sa volonté de poursuivre ce soutien. Le rapport lui-même reconnaît des évolutions réelles, notamment depuis 2014, tout en avertissant de la fragilité persistante d’une communauté marquée par des décennies de pratiques déviantes.
Au-delà du cas particulier des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, cette séquence ecclésiale interroge plus largement la compréhension de l’autorité dans l’Église. Elle rappelle avec force que lorsque l’autorité cesse d’être service, elle peut devenir destructrice, et que la vigilance, loin d’être une contrainte administrative, est une exigence évangélique. La vérité mise au jour, aussi douloureuse soit-elle, apparaît ici comme une condition indispensable pour espérer une reconstruction humble et durable, au service des personnes, des vocations et de la mission de l’Église.
Communiqué du diocèse de Paris
« Réaction du diocèse de Paris à la suite de la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques au sein des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre (CIASEP-BSCM)
Ayant pris le temps de recevoir le rapport de la CIASEP, le diocèse de Paris tient en premier lieu à rendre hommage au courage des religieuses et anciennes religieuses de la congrégation. Il tient à souligner le caractère déterminant de leur intervention pour alerter sur les graves manquements dont elles ont été victimes et témoins, d’une part ; pour engager, d’autre part, le travail de relecture de l’histoire douloureuse des dernières décennies et engager les changements entrepris depuis plusieurs années.
Le diocèse de Paris adresse également ses remerciements et sa reconnaissance à tous les membres de la Commission pour leur engagement, pour leur travail patient et déterminé, pour leur écoute de tant de personnes.
Le diocèse de Paris reconnait aujourd’hui que pendant de nombreuses années, il n’a pas exercé, en ses responsables, son propre devoir de vigilance à l’égard de la congrégation et des graves abus qui s’y sont déroulés. De même, il n’a pas veillé avec suffisamment de rigueur au respect, par la gouvernance de la congrégation, du cadre juridique qui régit toute vie religieuse, dont la finalité est de protéger les personnes dans leur singularité et leur liberté, et d’assurer l’épanouissement de chaque vocation.
Depuis plus de dix ans, le diocèse de Paris accompagne les changements importants engagés par la congrégation. Il continuera de la soutenir, et de progresser avec elle dans les années qui viennent sur le chemin qu’il lui reste à parcourir. »


