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Allemagne : Près de 60 % disent ne pas croire en Dieu et un musulman sur sept peut s’imaginer devenir chrétien

Capture Facebook
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Alors que les Églises allemandes traversent une crise profonde marquée par la perte de fidèles, les tensions internes, les errances doctrinales et les expérimentations synodales, une étude récente met en lumière des évolutions religieuses contrastées

Publié le 5 janvier 2026, l’article du quotidien catholique allemand Die Tagespost s’appuie sur une vaste étude réalisée par l’institut de sondage INSA à la demande de Die Tagespost, de l’initiative catholique Neuer Anfang et de l’agence protestante Idea. Cette enquête propose un état des lieux nuancé du christianisme en Allemagne, entre affaiblissement des structures ecclésiales et dynamiques spirituelles plus discrètes.Selon les données présentées, environ 45 % des Allemands sont aujourd’hui membres d’une Église chrétienne, tandis que 73 % déclarent avoir été baptisés. L’écart demeure considérable et souligne que la sortie des institutions ne correspond pas nécessairement à un effacement de la référence chrétienne. Le baptême reste un marqueur religieux largement répandu dans la société allemande.

Sur le plan confessionnel, l’Église catholique romaine compte encore légèrement plus de membres que les Églises protestantes régionales. En revanche, le nombre de baptisés protestants reste supérieur à celui des baptisés catholiques. Cette situation évolue toutefois chez les générations les plus jeunes, où les baptisés catholiques sont proportionnellement plus nombreux.L’étude met en évidence une forte intention de départ : 22 % des personnes appartenant à une Église chrétienne envisagent de la quitter dans les deux prochaines années. Chez les catholiques, cette proportion approche un quart des fidèles. Les jeunes générations apparaissent particulièrement concernées, confirmant une fragilisation durable du lien ecclésial dans un contexte de sécularisation avancée et de débats internes persistants.

Parallèlement, l’enquête révèle des perspectives d’entrée rarement mises en avant. Parmi les Allemands n’appartenant à aucune Église chrétienne, 8 % peuvent s’imaginer y entrer ou y revenir. Chez les 18-29 ans, cette proportion atteint 16 %, soit près d’un jeune sur six.

Le chiffre le plus marquant concerne les personnes musulmanes interrogées : 14 %, soit environ un musulman sur sept, déclarent pouvoir envisager une entrée dans une Église chrétienne.

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L’étude souligne également une dissociation croissante entre identification chrétienne et foi en Dieu. Si 44 % des Allemands se définissent comme chrétiens, seuls 42 % affirment croire en Dieu, tandis que 45 % déclarent ne pas y croire. En incluant les personnes indécises ou ne se prononçant pas, près de 60 % des Allemands ne se reconnaissent pas dans une foi en Dieu.La foi apparaît plus affirmée chez les moins de 30 ans, dont une majorité se dit croyante, avant de reculer sensiblement dans les générations plus âgées. Cette évolution interroge la transmission de la foi et la cohérence du témoignage chrétien.

Parmi ceux qui se définissent comme des chrétiens croyants, près de la moitié déclarent parler de leur foi avec des non-chrétiens. Cette proportion atteint 65 % dans les Länder de l’Est, contre 46 % à l’Ouest, suggérant une parole chrétienne plus directe dans des régions pourtant longtemps marquées par l’athéisme d’État.Les éléments constitutifs du christianisme varient selon l’âge. L’amour de Dieu et du prochain demeure central, tandis que les 18-29 ans citent plus fréquemment la confession de foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, un marqueur doctrinal fort rarement mis en avant dans le discours ecclésial contemporain.Enfin, l’étude met en évidence le rôle croissant d’Internet et des réseaux sociaux comme lieux de recherche religieuse. Près d’un Allemand sur quatre a déjà consulté des contenus religieux en ligne, une proportion qui atteint 61 % chez les jeunes adultes et concerne tout particulièrement les personnes musulmanes.

Malgré la méconnaissance massive du Chemin synodal allemand, y compris parmi les catholiques, une majorité d’Allemands continue d’attendre des Églises une orientation spirituelle et une parole ayant une « portée sociale. » Plus de la moitié souhaitent que le christianisme demeure présent en Allemagne, et près d’un sur deux reconnaît encore l’importance du message chrétien de Noël.Dans un contexte de recomposition religieuse accélérée, l’étude INSA invite ainsi à dépasser une lecture exclusivement décliniste. Derrière l’affaiblissement visible des structures ecclésiales subsistent des attentes, des interrogations et parfois des ouvertures inattendues, qui constituent autant de défis et de responsabilités pour l’Église d’outre-Rhin.

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