Le calendrier politique et éthique de ce mois de janvier 2026 est lourd de sens. Tandis que s’ouvrait une vaste consultation nationale sur les enjeux bioéthiques, le Sénat refusait, quelques heures plus tard, de franchir le pas de la légalisation de l’euthanasie. Ce rejet a rappelé l’attachement persistant à un principe fondamental, l’interdit de donner la mort. Mais il ne clôt pas le débat sur la valeur de la vie humaine. Il en déplace le centre de gravité.Car les États généraux de la bioéthique 2026, organisés par le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, constituent un moment clé de réflexion collective. Cette grande démarche de consultation publique, appelée à se déployer tout au long de l’année 2026, vise à éclairer la préparation d’une nouvelle révision des lois de bioéthique, attendue en 2028, après l’élection présidentielle de 2027.
Le cadre retenu, « science, santé, solidarités », recouvre un champ particulièrement large. Les travaux portent sur les examens génétiques et la médecine génomique, les neurosciences, les cellules souches et les organoïdes, les transplantations d’organes et les xénogreffes, la procréation, les liens entre santé, environnement et climat, le numérique et l’intelligence artificielle en santé. À ces thématiques s’ajoutent des axes nouveaux, comme la sobriété en médecine, jusqu’où traiter ?, les nouveaux enjeux de la prévention ou encore les questions sanitaires propres aux territoires d’Outre-mer.
Ces débats ne sauraient être réduits à une réflexion technique. Ils engagent une certaine vision de l’homme. Derrière les notions de progrès, d’innovation ou de liberté individuelle se dessinent des choix anthropologiques majeurs, qui touchent aux fondements mêmes de l’anthropologie chrétienne et à la reconnaissance du caractère sacré de toute vie humaine.
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Dans ce contexte, la voix de l’Église entend se faire entendre. Joint par téléphone, les responsables du Comité consultatif national d’éthique nous ont confirmé que Monseigneur Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, devait rencontrer les membres du CCNE , pour des premières discussions, d’ici le début du mois de février. Cet échange doit permettre de porter la voix de l’Église catholique sur des thématiques qui, à l’instar de l’euthanasie, engagent l’ensemble des fondements de l’anthropologie chrétienne et la place accordée au caractère sacré de la vie dans notre société.
Rappelons que la question de la procréation constitue l’un des points les plus sensibles de ces États généraux. Dans un contexte de chute de la natalité, la tentation est grande de présenter l’extension de la procréation médicalement assistée comme une réponse évidente, au nom de la liberté individuelle et de l’égalité des droits. Des prises de position politiques récentes, notamment celles de Gabriel Attal, ont illustré cette orientation, plaidant pour une légalisation accrue de la PMA et l’inscrivant dans une logique de droits individuels, toujours au nom de la liberté de chacun.Or, comme l’a montré le débat sur l’euthanasie, la liberté invoquée sans limites peut conduire à une profonde remise en cause de la dignité humaine. La marchandisation de la procréation, le tri embryonnaire, l’industrialisation des techniques reproductives interrogent frontalement le rapport de notre société à la vulnérabilité, à la filiation et à l’accueil de la vie comme un don plutôt que comme un produit.
Les États généraux doivent aboutir à un rapport de synthèse attendu en juin 2026, suivi d’un avis du CCNE à l’automne. Les conclusions législatives, elles, ne sont pas attendues avant 2028, soit à l’orée d’une nouvelle législature présidentielle. Autrement dit, le débat bioéthique va se déployer en toile de fond de la campagne présidentielle de 2027.Il faudra donc regarder de près le positionnement des différents candidats sur ces questions fondamentales. Car de l’euthanasie à la bioéthique, c’est bien un même choix de civilisation qui se dessine. La question demeure, incontournable : la vie humaine est-elle sacrée ou conditionnelle ? La réponse donnée engagera durablement le visage moral de la France.


