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Assassinat du père Olivier Maire : Emmanuel Abayisenga condamné à trente ans de réclusion criminelle

Emmanuel Abayisenga - capture Facebook
Emmanuel Abayisenga - capture Facebook
« Allez voir l’aumônier de votre prison. Libérez votre conscience, demandez pardon. Un jour prochain, vous aurez à comparaître devant un tribunal autre qu’une cour d’assises. Et il n’y aura alors plus de droit au silence. »

La cour d’assises siégeant à La Roche-sur-Yon a rendu son verdict jeudi 22 janvier en fin de journée. Emmanuel Abayisenga a été condamné à trente ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers, ainsi qu’à une interdiction définitive de séjour sur le territoire français. La cour a retenu la préméditation et a écarté toute abolition ou altération du discernement au moment des faits.L’accusé est demeuré impassible à l’énoncé de la décision, fidèle au mutisme quasi total qui a caractérisé l’ensemble des débats. Ce silence, régulièrement évoqué à l’audience, a pesé sur les parties civiles, confrontées à l’absence totale d’explications sur les motivations du crime.

père Olivier Maire

Au moment des faits, Emmanuel Abayisenga était hébergé par la congrégation des missionnaires montfortains dans le cadre de son contrôle judiciaire, après l’incendie de la cathédrale de Nantes, pour lequel il avait été condamné à quatre ans de prison. Cet accueil s’inscrivait dans une démarche assumée d’hospitalité et d’accompagnement, fidèle à la mission de la communauté.Le meurtre a été commis dans la nuit du 8 au 9 août 2021. Le corps du père Olivier Maire, âgé de 61 ans, a été retrouvé au pied d’un escalier de la maison montfortaine, le visage tuméfié. L’enquête a établi qu’il était mort des suites de coups violents portés à la tête avec un objet contondant.

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Au cours de l’instruction, Emmanuel Abayisenga a livré plusieurs récits divergents des faits. Il a notamment affirmé que le prêtre voulait le « castrer » pour résoudre des troubles urinaires, ou encore qu’il l’avait frappé après avoir été volontairement poussé dans un escalier. Des explications jugées inentendables et injurieuses par les parties civiles. Il a également été rappelé à l’audience que certains coups avaient été portés alors que le prêtre était déjà à terre.La question du discernement de l’accusé est restée centrale tout au long du procès. Le ministère public a estimé qu’aucun élément ne permettait de conclure à une altération mentale, soulignant que les frères montfortains, qui partageaient le quotidien de l’accusé, n’avaient relevé aucun comportement laissant présager un trouble psychique profond. L’avocate générale a dénoncé un rapport constant au mensonge depuis son arrivée en France et s’est dite convaincue qu’Emmanuel Abayisenga était pleinement conscient de ses actes au moment du passage à l’acte.

Né au Rwanda et arrivé en France en 2012, Emmanuel Abayisenga avait vu ses demandes d’asile rejetées à plusieurs reprises. Le lendemain du meurtre, il s’était présenté de lui-même à la gendarmerie, demandant à être renvoyé en prison, sans jamais fournir d’explication sur les raisons de son geste.Lors de l’audience, la congrégation des missionnaires montfortains a tenu à rappeler, par la voix de son avocat, qu’elle ne reniait pas l’accueil accordé à l’accusé, malgré l’issue tragique. La dernière journée du père Olivier Maire a été évoquée, marquée par la célébration de la messe, des concerts d’orgue et une homélie qui avait profondément touché les fidèles.

S’adressant directement à l’accusé, l’avocat de la congrégation a relayé l’appel des frères montfortains, l’invitant à rencontrer un prêtre, à se confesser, à libérer sa conscience et à demander pardon, rappelant qu’il aurait un jour à comparaître devant un tribunal autre que celui des hommes, où le silence ne serait plus possible.

La cour a également accordé des dommages et intérêts aux deux frères du père Olivier Maire, reconnaissant le préjudice moral et matériel subi.Si la décision judiciaire est désormais rendue, les proches du père Olivier Maire repartent sans la réponse essentielle qu’ils espéraient depuis près de cinq ans, pourquoi cet homme unanimement décrit comme un homme de paix, et pourquoi un crime dont l’auteur n’aura jamais accepté de s’expliquer.

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