La polémique suscitée par les déclarations d’Austen Ivereigh,journaliste britannique, biographe du pape François, à propos de la bénédiction des agneaux lors de la fête de sainte Agnès dépasse largement le cadre d’un débat sur le bien-être animal. Elle s’inscrit dans une logique de mise en accusation systématique de la Tradition catholique dès lors que celle-ci n’est plus filtrée par les catégories idéologiques dominantes d’un certain catholicisme médiatique occidental.

Sur les réseaux sociaux, Austen Ivereigh a publiquement mis en cause ce rite en l’opposant explicitement à l’encyclique Laudato Si’. Il a écrit, à propos de la bénédiction des agneaux : « Mais à l’ère de Laudato Si’, est-il juste de traiter les animaux de cette manière ? Ils seraient absolument terrorisés… » (But in the era of #LaudatoSi is it right to treat animals in this way? They would be utterly petrified …)
Par cette phrase, présentée comme une simple interrogation morale, Ivereigh suggère une faute éthique grave. Il insinue une forme de maltraitance et laisse entendre que le pape lui-même cautionnerait une pratique incompatible avec l’enseignement écologique de l’Église. Cette mise en cause publique, formulée sans précaution, sans vérification et sans fondement factuel, constitue une accusation implicite dirigée contre le pape Léon XIV.En opposant ainsi un rite liturgique multiséculaire à Laudato Si’, Austen Ivereigh opère un contresens théologique manifeste. L’encyclique de 2015 appelle à une responsabilité morale de l’homme envers la création, elle ne condamne ni la symbolique chrétienne ni les bénédictions liturgiques enracinées dans la Tradition vivante de l’Église. L’utiliser pour disqualifier un geste paisible et profondément symbolique relève d’une instrumentalisation idéologique.
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Les faits contredisent frontalement cette accusation. La cérémonie montre deux agneaux calmes, brièvement placés dans des paniers décoratifs, bénis selon un usage ancien, puis rendus à leurs soigneurs. Aucun signe de panique, aucune violence, aucune atteinte réelle à leur intégrité. La laine issue de ces animaux est ensuite utilisée pour confectionner les palliums, symboles de la charge pastorale et de la communion avec le Siège de Pierre. La réalité observable est radicalement étrangère au tableau alarmiste dressé sur les réseaux sociaux.
En réalité, l’attaque ne vise pas les animaux mais le geste même de restauration d’un rite interrompu sous le pontificat précédent. Le retour assumé à une continuité liturgique vivante dérange un courant pour lequel toute tradition doit être soupçonnée, relativisée ou soumise aux catégories idéologiques du moment. La Tradition n’est tolérée que lorsqu’elle est neutralisée, folklorisée ou vidée de sa portée théologique.
La rhétorique employée est désormais bien connue. Elle consiste à invoquer une prétendue « nouvelle conscience morale » pour délégitimer l’héritage bimillénaire de l’Église, comme si la foi catholique devait en permanence se justifier devant des critères idéologiques extérieurs à sa propre logique spirituelle et doctrinale. Cette démarche ne protège ni la création ni la dignité humaine. Elle affaiblit la foi en la réduisant à une morale fluctuante.Il n’est pas indifférent que cette polémique émane d’un commentateur dont l’influence s’est construite dans un contexte ecclésial désormais révolu. Lorsque la proximité avec le pouvoir disparaît, la nostalgie se transforme parfois en indignation morale, et la perte d’influence en accusation publique.
Le pape Léon XIV, en restaurant la bénédiction des agneaux avec simplicité et sérénité, n’a provoqué personne. Il a rappelé que la foi catholique est incarnée, symbolique et enracinée dans une continuité vivante. Ceux qui dénoncent aujourd’hui une cruauté imaginaire ne défendent pas les animaux. Ils révèlent leur malaise face à une Église qui refuse désormais que sa Tradition soit jugée et condamnée par des critères idéologiques étrangers à sa foi.Rappelons enfin qu’en France, des voix issues du même courant idéologique développent une vision tout aussi critique de la Tradition catholique, positions régulièrement relayées et amplifiées par certains médias catholiques dits « progressistes », plus enclins à juger l’héritage liturgique de l’Église à l’aune des catégories idéologiques contemporaines qu’à le recevoir dans sa continuité doctrinale et spirituelle.


